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Websérie : En 2017, soyez A l’Ouest !

Depuis l’avènement d’internet, de plus en plus de jeunes artistes profitent de cette espace de liberté pour s’exprimer sous diverses formes (chansons, sketchs, etc.). L’un des formats les plus prisés est la websérie, un format vidéo, le plus souvent court, permettant une liberté créative totale. Rencontre avec Yohann Marchand et Nils Guizerix, les créateurs de la websérie A l’Ouest. La série suit 3 scénaristes (Nathalie, Franck et Charly) qui tentent de donner vie à une série TV ambitieuse, sous le regard de leur producteur LP.

Il existe bien des formats pour raconter une histoire (série TV, court métrage, radio, ciné, etc.). Pourquoi avoir choisi le format court Web-TV ?
Nils : En premier le format web apporte une liberté de ton sans censure. Il n’y a pas cette idée de commande qu’on retrouve à la TV. Le format web permet une meilleure visibilité, on peut exister même à l’étranger et avoir en mains un projet qu’on rend crédible beaucoup plus facilement en bricolant avec peu, voir aucun moyens.
Yohann : Comme le dit Nils, le web donne l’occasion de toucher tout le monde. Le web nous a également permis de choisir, sans contrainte, la durée d’un épisode. Quand on a commencé, nous souhaitions faire des vignettes de 2-3min. Mais ce format n’était pas idéal pour faire évoluer la psychologie des personnages. On a tenté le format court de 5min, mais la dynamique narrative nous forçait à trouver des retournements de situation artificiels. On a finalement trouvé un compromis créatif idéal pour une future exploitation TV : 13min. En doublant ce temps on arriverait à un format 26 min, qui est la durée moyenne d’un serial à l’américaine. Mais on a tellement de matière que l’on peut facilement adapter la structure de l’intrigue selon le diffuseur et viser 52 minutes par épisodes.

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Vous êtes responsable de l’écriture, la réalisation, le montage (etc.) et vous avez tourné avec des acteurs pros, vous avez aussi une vie professionnelle et personnelle. Ça doit être une sacré organisation ?
Nils : Une sacré organisation bien sûr, mais c’est surtout une sacré volonté !
Yohann : C’est clair ! Et puis ça prend du temps. Il nous a fallu 3 ans pour accoucher d’un pilote dont nous sommes satisfaits. Le concept trouve son origine autour d’un verre avec Cédric Zakrzewski (actuel cadreur chef-op sur la web-série), mais c’est quand on l’a couché sur papier qu’on s’est rendu compte qu’il y avait du potentiel. J’en ai parlé à Nils qui s’est montré intéressé. On est alors reparti de zéro. La première année a été charnière.
Nils : Nous avons passé beaucoup de temps au tout début sur la bible pour définir la personnalité de chacun de nos personnages, l’arène de la série, les arcs dramatiques. Après on a écrit, réécrit plusieurs fois.
Yohann : Nils a raison, on ne voulait pas se précipiter, Internet étant un média hyper réactif, on voulait bien cadrer nos intentions, trouver le bon casting, etc. On a réussi à s’entourer de gens de confiance. D’ailleurs, pour impacter le moins possible la vie pro de chacun, le tournage s’est fait sur 3 dimanche en 2 ans à raison de 5 à 6 minutes créés sur 8 heures de tournage. Et avec une seule caméra, ce qui est énorme !
Nils : J’ajouterai que Le fait d’être deux permet à la fois une complémentarité créative indispensable qui nous fait gagner du temps. Mais notre moteur c’est nos comédiens, et tous ceux qui s’investissent à notre côté.

C’est quoi la prochaine étape ?
Yohann : La prochaine étape est de présenter le projet à une boite de production. Mais on ne met pas tous nos œufs dans le même panier, le principe du crowfunding est très séduisant et nous permettrai de réaliser 3 à 5 épisodes, ce qui permettrait de développer correctement un arc narratif et de le faire dans des conditions optimales.
Nils : Exactement, le pilote est en ligne depuis le 16 janvier de cette année. Bien entendu la suite c’est la chasse à une boîte de prod, une plateforme, un réseau pour commencer à se développer. On pensait aussi nous mettre sur des festivals de websérie.

On se rend compte, en écoutant les dialogues, que la série est pleine d’influence diverses. Si vous deviez, chacun, citer 2 sources d’inspiration qui vous ont guidés pour l’écriture, qui citeriez-vous ?
Yohann : Pas facile comme question. Pour moi, une des pierres angulaires des séries modernes c’est X-Files (Aux frontières du réel, en VF). Cette série est un pur divertissement qui traite des maux de notre société sous divers prismes : fantastique, comique, drame, horreur… Kim Manners (l’un des principaux réalisateur) a une esthétique léchée et est un adepte des décadrés et plans séquences à forte charge émotionnelle. Tout cela a marqué de manière indélébile mes premiers pas derrière la caméra.
Nils : De mon côté j’ai été très influencé par David Fincher avec sa vision fataliste et sombre de l’humain qui ressort dans la caractérisation de nos personnages. Je pense également à la série Breaking Bad que je suivais quand on écrivait A l’Ouest. L’impertinence, l’imbroglio d’arcs narratifs divers, le sentiment de frustration et de gêne à force de suivre un monstre fait que j’y pense quand j’écris. Je me dis lâche toi, ça sera jamais pire que dans Breaking Bad.
Yohann : Walter White et John Doe (tueur du film Seven) sont des personnages qui nous ressemblent (rires). Breaking Bad est un choix très pertinent. Je pense aussi beaucoup à l’approche documentaire, rugueuse et sans concession du quotidien de la Strike Team dans la série The Shield. L’écriture au cordeau qui arrive à nous faire aimer ce fils de p°°° de Vic Mackey m’a traumatisé. Ces trois séries arrivent, chacune à leur manière, à raconter une intrigue simple mais crédible sur plusieurs heures. C’est cette véracité du verbe qui m’obsède, quand tout parait fluide et que le personnage donne l’impression de vivre sa vie indépendamment du spectateur. Mais j’aurais pu aussi parler de OZ, The wire, The Leftovers, The Killing….
Nils : On n’avait pas dit deux ? 🙂

Continuons dans les influences, Demain un acteur connu frappe à votre porte et vous dit : « J’ai adoré la web série, je veux un rôle dedans ». Ce serait quel acteur ? Commençons par Nath.
Nils : Pour Nath, Nathalie Portman car je suis amoureux. Je n’ai pas choisi ce prénom par hasard
Yohann : Sara Giraudeau (« Le Bureau des Légendes »), sous ses airs de garçon manqué, elle dégage une sensualité et une féminité à fleur de peau. Une bombe à retardement de toute beauté.

Continuons avec Franck.
Yohann : Benoit Poelvoorde – le personnage lui irait comme un gant. L’un des rares acteurs capable de faire passer du rire au larme en un regard.
Nils : Vincent Cassel sans aucun doute car ce rôle ‘d’homme obstacle torturé » lui va comme un gant.
Yohann : J’en profite pour aller sur LP en citant directement Olivier Gourmet – l’acteur caméléon par excellence qui sublime le moindre rôle qu’il incarne. Quand on voit sa carrière et ses remarquables interprétations on sait que c’est un très grand acteur.
Nils : Moi j’aurai bien vu Jean-Pierre Marielle car il a un sens du verbe à nul autre pareil.

Et le meilleur pour la fin, Charly ?
Nils : Michael Lonsdale car son humanité crève toujours l’écran.
Yohann : Philippe Nahon sans hésiter ! Je l’avais croisé un soir en sortie de projection de « Seul Contre Tous », il avait prit un verre avec une quinzaine de spectateurs. Un acteur entier, à l’écoute, ouvert aux autres, au jeu millimétré.

Soyons chauvin. Quelle série française vous éclate et pourquoi ?
Yohann : 2 séries : le bureau des légendes et Engrenages car toutes deux ont digérées les codes « à l’américaine » tout en gardant une patte française. C’est hyper maîtrisé à l’écriture, à l’interprétation, à la réalisation. Quand on voit la production française, on peut les remercier d’avoir prouvé qu’on sait faire de belles séries à condition que les chaînes de TV donnent les moyens et une totale liberté d’expression.
Nils : Je regarde assez peu de série française, vous imaginez bien pourquoi.

Je vous propose un petit jeu pour définir vos influences en matière de série TV. Vous êtes plutôt Joséphine ange gardien ou Tyrion Lannister de Game of Thrones ?
Nils : Je préfère laisser Yohann répondre, il mange plus de séries que moi.
Yohann : Tyrion Lannister car les nains sont fourbes et domineront un jour le monde. J’ai aussi un côté Stannis Baratheon mais je me soigne.

Poulet à la meth à la Breaking Bad ou bœufs carottes à la Plus Belle La Vie
Yohann : Poulet à la meth car il faut toujours aller dans le sens de Gustavo Fring, sinon ça risque de mal aller pour vous. La légende veut que se soit le fils caché de Keyser Söze…

Derrick ou Navarro ?
Yohann : Entre la peste et le choléra, il reste l’option Les Cordier juge et flic que mon papa aimait regarder avec délice… Je me suis vengé car depuis il adore Breaking Bad, Homeland, The Shield

Mulder ou Scully (protagonistes de la série X-Files) ?
Yohann : Alex Krycek car lui seul connaît la Vérité. Et si quelqu’un a vraiment compris le rôle qu’il jouait dans la Conspiration qu’il me contacte de toute urgence avant l’invasion extraterrestre.


Et maintenant ? Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?
Nils : Faire la rencontre, ou les rencontres qui vont nous permettre de continuer à faire vivre ce projet. L’idéal serait d’avoir des subventions ou soutiens, pour tourner dans des conditions professionnelles le premier épisode d’A l’Ouest’. Voilà une première étape avant de voir plus grand, faisons pas après pas.
Yohann : Tout est dit. On espère que le pilote tape dans l’oeil d’un producteur, que les internautes nous soutiennent, et que A l’Ouest devienne une création française originale.

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