Accueil / Culture / Alexis Gruss en interview : une figure paternaliste du cirque français

Alexis Gruss en interview : une figure paternaliste du cirque français

Le cirque Gruss est installé jusqu’au mois de mars sur les pelouses de la Porte d’Auteuil. L’occasion de rencontrer Alexis Gruss, une figure paternaliste du cirque français qui n’a pas sa langue dans sa poche quant à la société. Et si le cirque était le garant de la bonne santé du pays et de la famille ?

La famille en tout cas, Alexis connaît.

La famille c’est un état d’esprit. On n’existe que par les autres, pas par soi-même. Notre force c’est notre famille. D’ailleurs je porte le prénom de mon oncle Alexis, qui est aussi mon parrain. Pour arriver à tout cela aujourd’hui, il a fallu tout l’amour de mon arrière arrière grand-père, tailleur de pierre. Il a justement aidé à construire en Alsace, l’église Saint Alexis. Mon épouse et moi avons eu quatre enfants : Stéphane, Armand, Firmin et Maud. C’était le prénom de ma mère. C’est ça la transmission. Tout ce qu’on peut transmettre est bon. C’est comme pour le passage de témoin en course-relais. Pour transmettre le relais dans une course 4x 100 mètres, ou 4 x 500 mètres, si vous attendez d’être fatigué pour transmettre le témoin, c’est fini. Il faut transmettre beaucoup tant qu’on est en capacité de le faire.

Alexis Gruss
Alexis Gruss

Alexis c’est aussi l’amour des chevaux. Le spectacle équestre est à la première place. Pour lui, le cirque, est avant d’être un état d’esprit, un lieu de vie.

Les chevaux ne repartent d’ici qu’en fin de vie. Ils sont présentés tant qu’ils sont présentables, comme moi. Pour moi, le cirque est avant tout un lieu, pas un spectacle. L’espace scénique a par exemple disparu chez Bouglione. Comme chez les Chinois qui font d’avantage du théâtre acrobatique que du cirque. Or la place est un lieu de culture et d’imagination extraordinaire ! Ici, place de Passy, quand nous sommes arrivés il n’y avait rien. Et un jour après, vous avez un lieu de vie extraordinaire. Pour faire galoper nos chevaux, il faut de la terre. Même quand nous faisons des représentations au Zénith, nous mettons de la terre. La terre, c’est la vie.

Que pense Alexis du théâtre contemporain ?

Le cirque Alexis Gruss c’est le seul cirque ou vous avez dans la bouteille, ce qu’il y a sur l’enseigne. Pour des franchises comme Mac Do, on est obligé de faire du Mac Do. Mais dans le cirque, on n’a aucune garantie de ce que l’on va trouver à l’intérieur. Il n’y a pas d’organisation qui fait que le cirque soit reconnu. Jack Lang a choisi le cirque Gruss lorsqu’il était ministre de la culture mais sinon il y a une sorte de flou pour le théâtre contemporain. Un de mes palefreniers, prenant l’exemple du cirque du Soleil a déclaré : « le cirque du Soleil, c’est un cirque avec un préservatif ». Je suis assez d’accord. D’un côté on a un cirque qui donne naissance, de l’autre, un cirque qui donne la stérilité. Or la vie c’est la fertilité. La vie est la plus belle des choses que l’on puisse transmettre.

Et le cirque a une histoire !

Le cirque c’est plus de 2000 ans d’histoire. Imaginez cet exploit de faire tourner un cheval dans un espace de 13 mètres de diamètre. La force centrifuge entre alors en action. Et alors, le poids et la force augmentent. Le défi est alors de parvenir à tenir en jonglant sur un cheval.

Le cirque est un espace de vie et d’entente.

Ici, la terre, c’est moi qui l’ai mise. Il y en a 83 mètres cubes. L’espace scénique est infini. La matière est infinie et fertile. Si je jette des graines sur le sol, ça germe. Je suis un grand défenseur du lieu car depuis ma naissance j’y vis et j’y ai vu toutes les espèces d’animaux de la planète, toutes les espèces humaines, toutes les religions. Et on n’a jamais eu de problème. Nous avons fait le Festival du cirque de Monte Carlo en janvier et c’est une organisation humaine magnifique où chacun partage sa passion au travers d’exploits et de performances.

Pourquoi dans votre spectacle, au milieu de tous ces chevaux, y a t-il une éléphante ?

J’en ai toujours eu. Elle fait partie de la famille (l’éléphante,Sindha, est âgée de 45 ans ndlr). J’en ai eu jusqu’à 11 ! Certaines associations voudraient nous l’interdire. Je ne suis pas pour l’interdiction mais pour l’éducation. C’est ce qui fait marcher les neurones. L’humain est là pour sublimer la loi de la nature.

L’éducation, c’est un des piliers de la famille Gruss.

On doit aller vers l’éducation. Moi j’ai appris parce que j’ai su me soumettre (ce qui ne veut pas dire que je suis soumis). Éléphant, cheval, chien… la nature fonctionne sur l’instinct. Pour moi, instinct naturel c’est un pléonasme. Si la nature n’est pas intelligente alors l’éducation est contre-nature. Mais la nature est parfaite et intelligente. L’être humain c’est la perfection mise dans la perfection.

Les événements actuels en France ont-ils des conséquences sur la fréquentation du cirque ?

Pégase, dans la mythologie, va toujours plus loin, toujours plus haut. C’est comme nous. Nous sommes des humains mais nous cherchons à défier l’apesanteur, la vitesse, le matériel… On remplit notre vocation d’artiste qui est de faire rêver le public. On a fait le Zénith de Strasbourg, le Grand Palais puis le théâtre d’Orange et cela nous donne du courage et de la volonté dans cette période très compliquée et qui va se compliquer. Les événements ont eu des répercussions. Ici nous avons 300 personnes qui travaillent sur le cirque. Si j’avais des chevaux de bois et une clé USB pour la musique, c’est sûr que je ferais des économies mais ce n’est pas le but. On est dans une période où il faut se serrer les coudes. Je veux qu’on nous donne des perspectives autres que celles qu’on nous présente.

Quelle est votre autre actualité ?

Ici la musique est jouée en «live». Dans notre famille, tout le monde est musicien et mélomane. Le 24 Novembre, nous jouerons au Petit Journal Montparnasse à Paris. Nous avons 85 partitions !

A noter : le 24 décembre,le cirque Gruss sera ouvert également et offrira aux gens présents, une messe de Noël hors du commun.

Lire aussi notre article sur Le cirque Gruss et Les Farfadais mettent en scène « Pégase et Icare

Amélie Desrumaux

Découvrez les photos du nouveau spectacle

.

fr.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF   

A propos amelie desrumaux

A lire aussi

Léonie, le premier tome, Première en presque tout !

La meilleure ennemie de l’élève Ducobu, Léonie, arrive avec sa propre bande dessinée, dont le ...

Lire les articles précédents :
Le cirque Gruss et Les Farfadais mettent en scène « Pégase et Icare »

Féerique ! Pour les périodes de fêtes qui s'annoncent et pour oublier la période troublée que ...

Lazy Company, tome 1, Le grand sombre

Les quatre membres de l’unité la plus spéciale des forces américaines se retrouvent en bande ...

Où sont-ils cachés ?, une compilation au grand format !

Où sont-ils cachés ? est un livre amusant paru aux éditions Casterman, le 14 octobre 2015. ...

Fermer