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Bernard Hinault, une dernière fois sur le tour

Bernard Hinault
Bernard Hinault

Bernard Hinault, véritable légende du cyclisme, tournera la page du Tour de France en juillet prochain. Coureur professionnel de 1975 à 1986, chargé des relations publiques et responsable du protocole pour Amaury Sport Organisation sur le Tour depuis 1987, il est de ces visages incontournables et emblématiques de juillet que l’on n’oubliera pas de sitôt.

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Né à Yffiniac le 14 novembre 1954, Bernard Hinault s’est lancé dans la compétition en 1971 avec succès. Dès sa première année, il s’impose sur sa première course disputée à Planguenoual (22), avant d’enchaîner 20 courses et d’en remporter 12. De quoi motiver le jeune breton alors âgé de 17 ans. Il s’ensuivra une carrière qui laissera de nombreux souvenirs dans la mémoire collective, et c’est avec un réel plaisir, et non sans une certaine émotion, que nous allons retracer, à quelques semaines du départ du 103ème Tour de France, son parcours, tout en revenant sur quelques faits marquants de la carrière du plus grand cycliste français, et l’un des plus grands sportifs de tous les temps.

En mai 1974, un CAP d’ajusteur en poche et le service militaire bouclé, l’yffiniacais décide de se lancer pleinement dans le cyclisme. Après 4 années passées dans les rangs amateurs, et 36 victoires à son palmarès, Hinault passe professionnel en janvier 1975 au sein de l’équipe Gitane-Campagnolo, dirigée par Jean Stablinski, ancien coureur professionnel.

Son caractère bien trempé ne laisse pas indifférent ses coéquipiers qui lui donnent dès ses débuts le surnom de « blaireau ». Ce surnom, repris rapidement par Pierre Chany, journaliste au quotidien l’Equipe, aurait selon la légende été donné par ses coéquipiers, Maurice Le Guilloux et Georges Talbourdet, afin de remettre en place le jeune néo-pro à la nature sauvage et combative.

Bernard Hinault : 1975, une première année professionnelle prometteuse

Le blaireau confirme les attentes placées en lui, dès sa première année pro. A 20 ans seulement, il prend la 7ème place de Paris-Nice et termine premier français. C’est en revanche plus compliqué sur les classiques, où il ne fini que 54ème de Milan San Remo et abandonne sur les classiques flandriennes. Il remporte en 1975 sa première course, en s’imposant sur le Circuit de la Sarthe, passé cette année là en épreuve « open » (ouverte aux amateurs et aux professionnels). La suite de l’année est difficile, dû en partie par un calendrier trop chargé, qui engendre des tensions avec son Directeur sportif. Ce qui ne l’empêche pas de remporter le Championnat de France de poursuite et d’être récompensé du Trophée de la promotion Pernod, récompensant le meilleur coureur français de moins de 25 ans. A cause de ses différents avec Stablinsky, le blaireau pense à changer d’équipe.

1976, l’année de la révélation :

En janvier 1976, le blaireau n’a que 21 ans lorsqu’il retrouve Cyril Guimard ancien coureur et coéquipier, à la direction de l’équipe Gitane, en remplacement de Jean Stablinski. Un remplacement qui le convainc à rester dans l’équipe et qui lance le début d’une grande collaboration ainsi que le règne de Bernard Hinault. Moins sollicité, protégé par Guimard, sa deuxième année chez les professionnels marque l’avènement du champion en douceur. Il confirme en remportant une seconde fois le Circuit de la Sarthe, avant d’inscrire à son palmarès, le Tour du Limousin, le Tour de l’Aude, le Tour d’Indre et Loire, et Paris Camembert.

L’éclosion :

1977 marque le début du règne. C’est l’année de l’éclosion du champion. Le blaireau prend une toute autre dimension en s’imposant sur les plus grandes courses : Gand-Wevelgem, Liège Bastogne Liège, Dauphiné Libéré et GP des Nations.

Au tour des Tours :
Manifestation 12ème étape Tour 1978
Manifestation 12ème étape Tour 1978

En 1978, alors que l’équipe devient Renault-Gitane, Hinault impose sa supériorité sur toutes les courses en s’imposant dès sa première participation sur le Tour d’Espagne et le Tour de France. Le breton devient alors le patron du peloton avec un maillot de champion de France, qui lui va comme un gant. On le voit même en meneur (photo ci-contre), lors d’une manifestation des coureurs sur la 12ème étape de la Grande Boucle, mécontents des horaires de course. Un rôle qui lui déplaît, ayant été dit-il, forcé par d’autres coureurs.

En 1979 le breton règne en maître et s’impose de nouveau sur le Tour de France mais également sur la Flèche Wallonne, le Tour de Lombardie, le Dauphiné Libéré et le GP des Nations. Personne ne semble résister au blaireau, tant lorsque la route s’élève que sur les épreuves chronométrées. Plus la course est difficile, et plus il semble en mesure de gagner.

Bernard Hinault sur Liège Bastogne Liège 1980
Bernard Hinault sur Liège Bastogne Liège 1980

En 1980, les objectifs du blaireau tournent autour du Tour d’Italie, du Tour de France et des Championnats du Monde prévus en France à Sallanches (74). L’année débute plutôt mal avec un abandon lors de Paris-Nice, suite à une douleur au genou gauche, ainsi qu’un abandon sur Gand-Wevelgem à cause d’une douleur à la cheville et d’un début de bronchite. Il connaît pourtant cette année sa plus belle victoire dans une classique grâce à sa victoire sur Liège Bastogne Liège (photo ci-contre) remportée dans le froid. 110 coureurs abandonnent au cours des deux premières heures de courses sur 174 coureurs. Ce qui donne encore plus d’importance à l’exploit du breton, qui souffre encore aujourd’hui de deux doigts sensibles au froid et à la neige. Il remporte aussi cette année là le Tour de Romandie le plaçant grand favori du Tour d’Italie, dont il prend le départ pour la première fois. La concurrence est rude avec la présence entres autres, sur l’épreuve, de l’italien Francesco Moser. Le leader de l’équipe Gitane remporte tout de même son premier Tour d’Italie lors de sa première participation, et devient le deuxième français à inscrire son nom au palmarès du Giro après Jacques Anquetil. En juillet, il est à nouveau le grand favori du Tour. Vainqueur du contre-la-montre de Spa-Francorchamps lors de la 4ème étape, vainqueur le lendemain à Lille, le breton abandonne quelques jours plus tard à cause d’un mal au genou persistant, laissant la victoire finale au néerlandais Joop Zoetemelk. Il réussi cependant son dernier objectif de la saison, en s’imposant sur les championnats du monde à Sallanches. Son premier titre mondial.

L’année 1981 marque de nouveaux changements. L’équipe devient Renault-Elf et plusieurs de ses coéquipiers quittent l’entourage du blaireau, à l’image de Jean-René Bernaudeau parti chez Peugeot, alors que des coureurs comme Greg LeMond et Marc Madiot intègrent l’équipe. Cette année, Bernard Hinault remporte le Critérium International, l’Amstel Gold Race et Paris-Roubaix, avec le maillot de champion du monde sur le dos. Une course qu’il n’affectionne pas et qu’il présente comme « une belle cochonnerie », mais dont la victoire acquise après avoir subi trois chutes, renforce la légende. Il s’impose quelques semaines après sur le Dauphiné Libéré et remporte son troisième Tour de France avec un nouveau record, à la vitesse moyenne de 38,960 km/h, qui sera battu en 1992 par l’espagnol, Miguel Indurain.

1982 voit l’arrivée au sein de l’équipe Renault-Elf, d’une nouvelle génération de coureurs comme Laurent Fignon, Vincent Barteau et Charly Bérard. L’objectif de la saison est clair, le doublé Giro-Tour. Après une belle bataille, le blaireau remporte son deuxième Tour d’Italie et s’impose à nouveau sur le Tour de France, en concluant en beauté, par une victoire d’étape sur les Champs-Elysées, acquise au terme d’un sprint. C’est son premier doublé Giro/Tour et aussi le début de tensions avec son Directeur Sportif, Cyril Guimard, qui souhaite jouer avec la jeunesse et se séparer d’anciens coureurs. Le blaireau remporte cette année là son quatrième GP des Nations.

En 1983, Bernard Hinault n’apprécie plus l’ambiance au sein de l’équipe Renault-Elf. A 28 ans en début d’année, c’est comme s’il faisait déjà parti des anciens, et il n’apprécie guère cette tension entre jeunes et anciens. Ses objectifs tournent cette année là autour du Tour d’Espagne et du Tour de France. Il réussit le premier objectif non sans mal, qualifiant sa victoire sur la Vuelta comme la plus difficile parmi les huit Tours qu’il a remporté. Il faut dire que le blaireau souffre d’une tendinite au genou droit, et alors qu’il participe quelques semaines plus tard au Tour du Luxembourg en préparation du tour de France, le champion abandonne et déclare même forfait pour le Tour de France. Le Tour 1983 est remporté par son coéquipier, Laurent Fignon. Opéré en août, il reprend le vélo trois semaines plus tard, et ne participe à aucune course de fin d’année. Alors que les tensions règnes toujours au sein de l’équipe, la régie Renault souhaite poursuivre avec Cyril Guimard et Hinault quitte l’équipe.

Les années Tapie

Le breton rencontre Bernard Tapie, l’homme d’affaires, alors dirigeant de l’entreprise française La Vie Claire, spécialisée dans l’alimentation biologique. Il décide de lui présenté son projet, « bâtir une équipe professionnelle selon ses idées » et c’est le début d’une nouvelle collaboration et d’une aventure. Paul Köchli est le préparateur physique, Philippe Crepel, manager de l’équipe, en revanche, il n’y a pas de Directeur sportif au sein de l’équipe parce que Bernard Tapie n’en veut pas. Cette première année au sein de l’équipe La Vie Claire ne débute pas sous les meilleurs auspices, même si un néo-pro de l’équipe, Bruno Cornillet, breton lui aussi, remporte le Tour de Valence en début d’année. En mars, Hinault se fracture une côte à cause d’une bousculade lors d’une manifestation sur Paris-Nice. Quelques jours plus tard, il abandonne sur Milan San Remo, victime d’une chute. Il renoue avec la victoire en s’imposant en mai sur les Quatre Jours de Dunkerque, avant de terminer deuxième du Dauphiné Libéré, derrière le colombien Martin Ramirez, premier vainqueur colombien de l’épreuve. En juillet, le blaireau figure parmi les favoris avec Laurent Fignon, vainqueur sortant. Les deux coureurs se livrent une bataille acharnée et c’est le second qui prend le dessus à l’Alpe d’Huez, finissant avec trois minutes d’avance sur Hinault. Une avance réconfortée par une victoire sur le dernier contre-la-montre qui relègue Hinault à deux minutes. Le breton termine deuxième du Tour, à 10 minutes 32,  touché au moral par la supériorité du jeune Laurent Fignon, qui n’a pas encore 24 ans lorsqu’il remporte son deuxième Tour de France et qui relègue ses adversaires très loin. Le dixième, Phil Anderson, pointe à 29 minutes 16. La fin d’année remet le breton sur les rails, avec de belles victoires : GP des Nations, Tour de Lombardie, Trophée Baracchi.

1985 marque l’arrivée au sein de l’équipe, de l’américain Greg LeMond, vainqueur du championnat du Monde en 1983, débauché de l’équipe Renault, et 3ème du Tour 1984. C’est le début d’un superbe duo, même s’il on ne peut nier une certaine rivalité. Cette année 1985 marque un second doublé Giro/Tour pour le blaireau, qui présente LeMond, deuxième du Tour, comme son successeur. Au cours de ce Tour 1985, marqué par le forfait de Laurent Fignon souffrant d’une inflammation de la gaine du tendon d’Achille, Bernard Hinault est victime d’une chute à l’arrivée de la 14ème étape reliant Autrans à Saint Etienne. Il termine le visage en sang avec une fracture du nez. On craint un moment l’abandon. Mais c’est sans compter le courage du breton qui remonte sur le vélo et passe seul, la ligne d’arrivée, pour repartir à l’attaque le lendemain. On ne peut cacher l’importance de LeMond sur sa cinquième victoire sur la Grande Boucle. L’américain semble supérieur à plusieurs reprises, comme à Luz-Ardiden, mais le champion français promet à son successeur de l’aider à gagner sur le Tour 1986, s’il joue son rôle de coéquipier. C’est ce que fait ce dernier pour le français, qui rentre plus que jamais dans la légende, en rejoignant Anquetil et Merckx, vainqueurs, comme lui, du Tour de France à cinq reprises.

1986 est la dernière année de Bernard Hinault dans le peloton professionnel. Il l’a annoncé depuis longtemps, « j’arrêterai à 32 ans », ne souhaitant pas faire une saison de trop. Finir en beauté est la plus belle chose qu’un champion puisse faire avant de raccrocher et c’est ce qu’il fait cette année là. Le 21 janvier, il se voit remettre des mains de François Mitterrand, alors Président de la République, la Légion d’honneur. Gagner, encore gagner, le blaireau en veut toujours. Il débute la saison en remportant le Trophée Luis Puig et le Tour de Valence. En juillet, au départ du Tour de France à Boulogne-Billancourt, on se dit que Bernard Hinault pourrait devenir le premier coureur à gagner six Tours de France. Mais au départ d’autres noms figurent parmi les favoris, à l’image de son coéquipier Greg LeMond, mais aussi de Laurent Fignon, qui compte se mesurer à nouveau et pour la dernière fois au breton. La course tourne à l’avantage de l’américain alors que Fignon n’a pas le niveau de 1984 et qu’il abandonne avant le départ de la treizième étape. Hinault prend le maillot jaune à Pau lors de l’arrivée de la douzième étape. Il remporte trois étapes sur le Tour 1986 et connaît une défaillance sur l’étape de Superbagnères, victime d’une fringale dans l’ascension finale. LeMond reproche à Hinault d’avoir attaqué seul dans la descente d’Aspin, mais Hinault est un homme de parole. Celui qui a promis à l’américain de l’aider à remporter son premier Tour de France honore ses belles paroles. Le Tour nous laisse cette année de bien belles images, comme cette arrivée à l’Alpe d’Huez, où les deux coureurs, Hinault et LeMond, finissent main dans la main. Hinault termine deuxième du Tour de France 1986 et LeMond devient le premier américain à remporter la Grand Boucle. Le blaireau n’en a pas encore fini avec la compétition. Il se rend aux Etats-Unis pour courir la Coors Classic qu’il remporte. Il est le premier coureur européen et le dernier à avoir inscrit son nom au palmarès de cette course qui a vu sa dernière édition en 1988. Le 19 septembre, il remporte sa dernière course en s’imposant sur le Prix d’Angers.

Le dimanche 9 novembre 1986 lors d’un cyclo-cross diffusé sur la télévision française et organisé à Ouessoy près d’Yffiniac, sa ville natale, Bernard Hinault a levé son vélo dès l’arrivée, pour le suspendre à un crochet. Une image forte et un geste bien méritée, après une telle carrière.

Bernard face à Hinault
Bernard face à Hinault

Aujourd’hui âgé de 61 ans, le quintuple vainqueur du Tour de France, qui vient de sortir le livre « Bernard face à Hinault » (photo ci-contre), s’apprête à quitté le protocole de la mythique épreuve, lors du Tour 2016. Celui qui remettra les maillots à la fin de chaque étape aux différents vainqueurs, pour sa dernière fois avait déclaré en mars dernier aux micros d’Europe 1 : « J’ai bien donné pour plein de choses et j’espère bien profiter de la retraite. J’ai un petit-fils de 16 mois, j’ai deux enfants que je n’ai pas vu grandir, donc j’ai envie de le voir. J’ai des amis qui sont disparus, parfois plus jeunes, parfois plus vieux. Je vais essayer de profiter un peu de la vie. Même si le Tour et les courses sont passionnantes, j’ai envie d’être un peu plus proche de ma famille. »

A quelques semaines du départ du prochain Tour de France et alors qu’en 1987, après la victoire de Jean-François Bernard au Ventoux (présenté par Hinault comme étant son successeur), le journal l’équipe titrait « Bernard à la Hinault », la France attend toujours, 31 ans après la dernière victoire du blaireau, une victoire française sur la Grande Boucle !

 

 
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A propos guillaume joubert

Après avoir été rédacteur sur divers sites musicaux comme Rocknfrance, Zikannuaire, Punksociety, Zik'nblog, et animateur d'une émission de radio diffusée sur 12 radios, dont 7 FM, en France, en Belgique et en Suisse, j'ai décidé de reprendre l'écriture sur FranceNetInfos. C'est un plaisir de participer à la diffusion d'informations régionales et nationales, sur des sujets qui me tiennent à coeur comme, entres autres, la culture, le cyclisme et l'environnement.

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