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Festival de Cannes : La loi du marché

Aujourd’hui, deux films étaient présentés. Tout d’abord, La loi du marché, le deuxième film français en compétition après Mon Roi de Maiwenn projeté la veille.

C’est la première fois que ce réalisateur vient sur la Croisette et c’est sa troisième collaboration avec Vincent Lindon après Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps. Ici, et dès la première scène, il plonge le spectateur dans la vie de Thierry, un quinquagénaire à la recherche d’un emploi après un licenciement. Dès les premières minutes, on le voit à Pôle Emploi, faisant part de son incompréhension face au système, face à cette « loi du marché » qui oblige à avancer coûte que coûte. Presque toutes les scènes sont des huis-clos, avec des plans-sequences. Vincent Lindon a expliqué qu’il avait eu le souci de créer une empathie pour son personnage. Il s’est souvent posé la question suivante pendant le tournage : « si j’étais Thierry, qu’est-ce que je ferais ? ».

La loi du marchéHormis Vincent Lindon, tous les autres acteurs ne sont pas des professionnels. Stéphane Brizé voulait rendre un effet de réél. Dans ce film, chacun s’efforce de bien faire son travail, même s’il doit faire des choses qu’il n’a pas envie de faire. Comme l’a affirmé Vincent Lindon en conférence de presse, c’est le combat du précaire contre le précaire. Son personnage, Thierry ressemble à tellement d’hommes et de femmes qu’on a pu connaître. C’est quelqu’un de bien, de gentil, un bon père de famille qui a eu des problèmes de couple comme tout le monde, qui doit faire face avec sa femme au handicap de leur fils. On le voit assez peu dans sa vie quotidienne, hormis dans les scènes où tous les deux, ils prennent des cours de danse mais on devine que c’est un couple qui s’aime et il ne veut pas infliger à sa famille ses difficultés et sa colère engendrée par son travail. Il ne veut pas perdre sa dignité, face à sa banquière, face à cet homme qui veut lui acheter son mobile-home et qui marchande pour faire descendre le prix car lui aussi a du mal à joinder les deux bouts. La loi du marché montre la violence sourde et insidieuse dans le monde du travail, dans la société tout entière. Le système tend à susciter l’indifférence. Les scènes de huis clos dans l’hypermarché crée ce sentiment d’étouffement et c’est là que la violence est la plus forte. Thierry, devenu vigile, doit repérer les voleurs, jeunes ou vieux, et même les employées qui ont fauté une fois pour des broutilles. Jusqu’où accepter les lois du système ? Thierry ne crie pas mais se pose de nombreuses questions. Stéphane Brizé souhaitait que le spectateur s’interroge, qu’il ait un avis. C’est là toute la force de son film. Le rôle du cinéma n’est-il pas de montrer la société, comment vivent les gens ? En ce sens, ce film est réussi.

Le deuxième film du jour est celui du norvégien Joachim Trier, Louder than bombs. Il était déjà venu à Cannes à Un Certain Regard pour Oslo 31 août.  Cette fois, il s’attarde sur les conséquences et même les ravages causés par la mort d’un proche. Isabelle Huppert incarne une célèbre photographe décédée dont on va célébrer le travail lors d’une exposition. Son mari et ses deux fils sont sollicités. Dès lors, on va apprendre qu’en fait elle n’est pas morte dans un accident de la route mais qu’elle s’est suicidée. Comment survivre face à ce drame ? Son mari Gabriel Byrne acceptait parfois difficilement ses départs pour l’étranger pour les besoins d’un reportage. Son plus jeune fils ne savait pas qu’elle avait commis l’irréparable. C’est lui qui semble avoir le plus de difficultés à faire son deuil. Il rêve de sa mère, les souvenirs surgissent ça et là. A coups de flashbacks, et avec plusieurs voix off, on pénètre dans l’esprit des personnages. Les situations sont perçues à travers le point de vue des différents personnages. Dans un monologue qui donne la clé de cette photographe, épouse et mère, on voit Isabelle Huppert évoquer sa vie et surtout son quotidian à son retour de voyage avec l’impression de ne jamais être à sa place. Sa vie a oscillé entre le temps des reportages rythmé par les malheurs du monde et les souffrances d’autrui qu’il faut photographier et le temps de son retour à la vie normale à la maison, avec sa famille. Ces deux temporalités ne sont pas les mêmes. A plusieurs reprises, elle a voulu arrêter son métier mais c’était son devoir de montrer le monde. Elle n’a pas réussi à concilier ces deux temps, ces deux réalités. Elle a voulu partir et les autres sont toujours là, se sentant peut-être un peu coupables. Joachim Trier, tout en pudeur, a réussi un beau film, qui nous oblige à nous poser des questions sur nous-mêmes et sur ceux qui nous entourent, qui ont forcément une part d’ombre.

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