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Karl Laquit : La voix de la passion

Karl Laquit« Le calme, l’élégance, le raffinement » voilà ce qu’apprécie Karl Laquit, il aime «  ce qui est sobre et chic » .

Pas étonnant que Karl Laquit ait choisi « l’Hôtel de la Reine » à la Place Stanislas pour cet échange.

«  C’est un plaisir de manger sur l’une des plus belles places de France », m’explique Karl Laquit . J’aime cet endroit, j’y viens très régulièrement, c’est très intimiste, les meubles anciens sont magnifiques, on a l’impression que tout est à sa place sans volonté particulière, j’adore le rouge, la couleur de la passion…

Il m’interroge : Que serait-un homme sans passion ?

Le ton est donné pour Karl Laquit dont le chant a guidé sa vie depuis l’âge de 8 ans.En effet, « cette passion dévorante » est né à la découverte de son premier opéra : « Didon et Énée » d’Henry Purcell.« Cela a toujours été quelque chose, qui m’a tenu à cœur ne serait-ce que par la beauté des histoires, du son, un peu comme des rêves éveillés. Cela a toujours évoqué un imaginaire très fort, et une volonté d’avoir la chance une fois dans sa vie de pouvoir avoir cette opportunité de monter sur scène et de se retrouver face à un public de comblé.Comme toute passion, cela se développe, cela se construit sur du long terme, comme un amour premier ou une amitié, c’est une ambition qui est né, c’est un rapport intime qui s’est développé petit à petit en découvrant d’autres styles, d’autres musiques, d’autres compositeurs et des rencontres. »

Le chant a toujours guidé la vie de Karl Laquit depuis tout petit : son parcours débute par l’apprentissage du piano et du clavier à l’école de musique ainsi que par le biais de différents professeurs privés. Ses études de direction de chœur et d’orchestre ont principalement été effectuées avec divers professeurs et de manière autodidacte.

« J’ai fais énormément de chants choral entre 7 et 18-19 ans », me dit-t-il.

Sa capacité à monter dans les aigus est alors comprise: contre-mi, contre-fa, Karl possède une tessiture très longue. Rarissime ! Son potentiel vocal lié à sa présence sur scène, font de lui un chanteur à part entière.

Ses divers Masterclasses internationales, avec beaucoup de très grands du métier, l’ont amené à la rencontre de chanteurs russes.

« J’ai une très grande affinité avec la musique et l’école russe, c’est vrai que je me sens bien avec eux, ils ont toujours un certain goût du puritanisme qui me plaît énormément, et puis l’élégance… ! me confie t-il. On dit que l’élégance est à la française, mais parfois je me dis que l’on est peut-être un peu chauvin la dessus quand même, me dit-il tout sourire. Leur prestance, leur majesté naturelle, c’est quelque chose qui  m’attire énormément…oui, un charme tellement naturel, il n’y a pas de feinte, il n’y a rien c’est juste eux dans leur entièreté et je trouve cela merveilleux ! »

Karl Laquit 2
Crédit photo : Nyx Photo

Karl reconnait la difficulté de définir un chanteur lyrique : « On est sur des sentiments universels de l’être humain, originel même, à l’image de Roméo et Juliette sur la question de l’amour. Je pense que le chanteur lyrique a un goût prononcé pour l’inaccessible parce que on est un personnage, on est assujetti à une situation, un état d’esprit qui bien souvent relève de l’irréel et c’est tellement beau. Au final, être attiré par l’inaccessible, ne serait-ce pas être attiré par l’irréel ou par le beau ? Après l’on peut légitimement aussi se poser la question de savoir es-ce que le beau est-il inaccessible ? Je ne pense pas…je pense que cette phrase est valable dans un sens et pas dans l’autre… L’inaccessible peut tendre au beau mais le beau n’est pas forcément inaccessible. Il faut savoir trouver la beauté en chaque chose, en un verre de jus de fruits, l’amitié, en une situation, en la nature, dans chaque être humain, la beauté au final est universel… »

Et de conclure : « Au final le chanteur lyrique est un chanteur à la recherche de la beauté et d’une certaine perfection aussi. »

A cette émulation de pensées, de spontanéité et de profondeur, l’on ne peut rester que béa. L’on retrouve cette profondeur et cette spontanéité lors de ses interventions sur scène.

«  Je n’aime pas préparer les choses, me confirme t-il, je suis quelqu’un qui préfère la spontanéité à la préparation, puisque la préparation enlève toute spontanéité et c’est là où cela ne m’intéresse plus puisque au final l’art lyrique c’est la spontanéité, comment veux tu être sincère si tu n’es pas spontané ? Après bien sûr il faut préparer ses morceaux, connaitre ses paroles, préparer ses airs, il faut savoir ses entrées…quand on est sur scène l’on n’a pas le droit à l’erreur. Il faut être préparé mais pas trop, si la préparation annule toute spontanéité, cela manque de vrai.»

Ce qui passionne et touche Karl dans son art, c’est le fait de pouvoir chanter la musique de différents compositeurs. Pour lui, chaque compositeur a pu mettre en exergue et en avance sa propre approche des sentiments humains, à l’image de Purcell, Berlioz, Rossini, Puccini…c’est ce qui fait la beauté du chant lyrique.

«  Tchaïkovsky est celui qui pour moi a mis le mieux en valeur les sentiments humains, c’est tellement profond, magnifique, touchant, c’est au dessus de la poésie, au dessus de la musique !

Chez Wagner, l’on trouve davantage le concept d’œuvre total qui est la musique, le texte et mise en scène, il y a une immanence de tout. »

 «Ce qui me touche également c’est que l’on peut rencontrer divers partenaires parce que l’on est jamais seul, que ce soit par un orchestre, des duos, des trios, des quatuors, c’est magnifique les relations humaines que l’on peut développer dans ce milieu, on a beaucoup à apprendre de l’autre, il y a un rapport à l’altérité qui est très fort, surtout quand on est sur scène tous ensemble ; bien sûr on incarne des rôles mais notre personnalité et notre fond d’âme il est là, ce que l’on va ressentir à un instant donné..

C’est tellement beau…Et puis les voyages bien évidemment, les voyages forment la jeunesse après tout ! Voir d’autres paysages, d’autres personnes, d’autres cultures…

C’est tellement appréciable de sortir des codes et convictions pour essayer de découvrir autre chose, se laisser aller à autre chose et avoir l’opportunité de le faire bien évidemment…

Il m’explique : « On ne peut pas être un artiste accompli si on est enfermé dans des carcans sociétaux, cela me parait très difficile, je ne sais pas si mes collègues pensent de même, mais pour moi  cela me paraît très difficile. »

Crédit photo : Nyx Lafée
Crédit photo : Nyx Lafée

Sur scène, le ténor lyrique puise son inspiration de plusieurs sources, Karl se laisse énormément porter par la musique en elle-même, par l’accompagnateur ou l’orchestre, cela  l’aide à le placer dans le personnage et dans l’ambiance.

Sa source et son énergie nait de son public, le rapport est tout aussi passionné. « Nous sommes là pour eux, nous sommes totalement à leur service, il faut savoir donner énormément au public, on est à nu après tout, on est juste nous avec un instrument de 3 cm avec un corps devant des centaines de personnes,  il faut savoir les captiver, il faut savoir les amener voyager, leur donner du plaisir.. »

S’entendre chanter sur scène est  également un point qui l’anime : «  N’ayons pas peur des mots, un chanteur s’écoute chanter, on prend aussi plaisir à chanter. Je donne du plaisir mais j’en reçois énormément de la part du public, je trouve que cette relation ne peut pas être à sens unique, une artiste sans son public,  un public qui ne donne rien à l’artiste, je pense que cela peut devenir compliqué pour les deux parties bien évidemment. On est vraiment dans ce rapport à l’altérité »

Karl possède de nombreuses références musicales : Luciano Pavarotti, l’essentiel pour les ténors, une référence séculaire, Jonas Kaufmman avec sa voix veloutée et ses graves puissants, Maria Callas, l’une des plus grandes sopranos du 20ème, et  tout récemment Barbara Hannigan.

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Photo : M. F. Plissart

Une référence sort  cependant du lot : Elena Vassilieva la soprano internationale, actuellement le professeur du ténor lyrique. Il en dépeint, extrêmement ému, un portrait élogieux, affectueux, à la frontière de l’admiration :

« C’est ma plus grande inspiration et je pense que cela le restera. Depuis que l’on travaille ensemble, j’ai énormément évolué, elle a toujours été là pour moi, très protectrice à mon égard…Vraiment c’est un mentor, au-delà d’être un professeur extraordinaire, c’est un mentor, quelqu’un qui sera toujours là dès que j’ai besoin, c’est une énorme relation de partage. Je pense que c’est l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’a donnée…c’est une maman artistique…oui…Je suis très touché par ce qu’elle est .C’est une technicienne absolument redoutable, il y a cinq livres qu’elle a écrit qui paraîtront prochainement…J’espère qu’elle ne le liera pas mais c’est un monstre vocal comme j’aime à le dire… »- «  Elle le liera, lui dis-je »- « Oui…mais ce n’est pas grave, me répond t-il, souriant.C’est vrai que vocalement elle est parfaite, elle maitrise tout ce qu’elle fait à la perfection et si je peux avoir ne serait-ce que la moitié de sa carrière j’en serai déjà honoré ». achève t –il pleinement ému

Touché, l’on ne peut que l’être…  Karl Laquit est un passionné. Passionné de la voix, passionné de musique, passionné de chant lyrique et des relations humaines. « La musique c’est trop éloigné de l’humain, il faut la ramener à une vision plus simple et plus saine » me dit-il, il partage d’ailleurs la maxime de Friedrich Nietzsche « La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. »

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Crédit photo : Nyx Photo

Karl  Laquit est une pointure dans son art, un artiste talentueux,  sensible et passionné , …une voix hors du commun.

Sa voix… il la transporte au mois d’Octobre 2016, dans le cadre d’un concert prévu mélangeant psychologie et musicologie.

Sa voix…il l’a mise à disposition lors des Nuits musicales d’Uzes en interprétant« Carmina Burana, »  de Carl Off à voir, sur TF1 ses prochains mois.

Sa voix… il veut également la coucher sur le papier : « Je suis en projet d’écriture d’un livre, la psychologie de la voix m ‘intéresse … il s ‘agirait d’écrire sur l’évolution du génome vocal au travers de l’environnement et des siècles,un mélange de  génétique, d’ anthropologie, de musique…j’essaie de voir si je peux avoir des soutiens, faire du mécénat…»  L ‘appel est donc lancé !

Karl Laquit, ténor lyrique ,poursuit sa carrière au niveau national et international avec divers contrats un peu partout en Europe, remerciant ceux qui le soutiennent et « ce n’est pas anormal» me dit-il.

« Bien sûr je pourrais les remercier, bien sûr je pourrais les demander de me suivre et de m’aimer dans ma carrière future… mais c’est tellement usuel, cela ne m’intéresse pas,  ce qui m’intéresse c’est surtout de savoir si ils sont satisfait de ce que je leur offre ?»

Il s’interroge : « Êtes-vous heureux de ce qu’il vous apporte ?  A la hauteur dont il est heureux de ce que vous lui apportez ?»

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Distinction

Karl Laquit, Ténor lyrique

1er prix à l’unanimité au concours artistique d’Epinal

Mention Très bien au concours d’excellence de la Confédération Musicale de France

Diplôme d’études Musicales avec Robert Boschiero au CRD Gautier d’Épinal

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