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L’Étrange Festival 2016 : les femmes c’est pas des mecs bien

Du 7 au 18 septembre, le Forum des Images accueille la 22ème édition de l’Étrange Festival. On peut mourir de différentes façons, mais celle qui vous brise le coeur est la plus fatale. « L’amour c’est une étiquette collée sur nos impératifs biologiques » affirme Holly (Ksenia Solo), enfermée dans une cage comme un animal. C’est nihiliste mais non dénué d’une certaine vérité. Mais chacun a sa propre définition de cette arme sentimentale. L’Étrange Festival vous en propose trois à l’issue identique : c’est beau, mais ça fait mal.

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Le Pitch : Steve, un snowboarder talentueux, ruine une séance photo en pleine montagne à cause d’une blague idiote. L’équipe décide de rentrer en laissant le farceur seul avec Branka, sa fiancée, et son ami Josh. La nuit tombante, le groupe trouve l’hospitalité dans une taverne. Dehors, la faune locale est victime d’une étrange mutation… 

Branka (Gabriela Marcinková) et Steve (Laurie Calvert) s’aiment. Mais Branka reproche à Steve d’être immature, alors que lui a horreur que sa copine soit toujours sérieuse.  Une situation de crise à laquelle s’ajoute une invasion de zombies qui va permettre au couple de tester leur amour. Attack of Lederhosen Zombies de Dominik Hartl ne se prend heureusement pas au sérieux, et s’essaye à la parodie Shaun of the Dead version Brice de Nice.  Hélas « ça farte » pas longtemps, puisque l’origine du virus est vite dévoilée. Un parti pris qui limite donc l’intrigue à la simple survie. Ca peut être fun à condition que les personnages soient ultra loufoques et les péripéties de plus en plus absurdes. ALZ se contente hélas d’enchaîner une succession de sketchs sanglants mais redondants, avec comme unique fil rouge les disputes du couple. Or l’animosité entre Branka et Steve manque cruellement d’intensité et s’égare dans une remise en question beaucoup trop sérieuse ! A force de jouer l’équilibriste entre un humour régressif et une love-story dramatique, le film s’apprécie avec un plaisir coupable à défaut d’être original. En amour il faut faire des concessions, mais pas à n’importe quel prix.

PatchworkLe Pitch : Ellie, Madeleine et Jennifer, trois femmes aux caractères radicalement différents, sont enlevées après une soirée particulièrement arrosée et assemblées en une seule et même personne. Elles partent à la recherche du coupable, bien décidées à se venger…

Patchwork porte bien son nom au point d’en devenir indigeste. L’Étrange Festival nous annonçait un Human Centipede féministe dans la lignée d’un Evil Dead sous acides, le résultat est un échec grand guignolesque. Dans la forme, Tyler MacIntyre fait l’erreur de découper son film en chapitres. A l’origine Patchwork était un court-métrage. Sa structure étirée manque cruellement de rythme et montre les faiblesses du concept. Dans le fond, on était en droit de s’attendre à un brûlot badass dénonçant les codes machistes de notre société consumériste qui nous vend l’image de la femme parfaite. De bien grands mots face à ce Frankestein punk destiné à dénoncer des clichés que ses propres cicatrices alimentent.

Miss Patchwork est le fruit d’une working-girl – Jennifer (Tory Stolper), d’une bimbo – Ellie (Tracey Fairaway), et d’une pseudo-introvertie qui cache son jeu – Madeleine (Maria Blasucci). La femme idéale est donc égocentrique, castratrice, et manipulatrice. Les hommes quand à eux sont tous des obsédés nombrilistes et immatures. Tyler MacIntyre cherche la frontière entre la comédie et la satire et se perd dans un grotesque sans queue ni tête. A  trop se focaliser sur les états d’âmes de son Frankestein, qui se voit comme « une junkie balafrée sans abris qui se prétend être trois femmes« , que sur sa condition fantasmée de monstre sociétal féministe.

Le pamphlet tant annoncé s’égare alors dans des contrées abscons. A l’image de cette séquence où Miss Patchwork fait l’amour : un acte teinté de SM où l’homme semble être violé par la femme idéale avant que cette dernière perde sa main mal agrafée. En moins de 30 secondes, elle passe de statut de justicière vengeresse à  simple femme objet. C’est à la fois dérangeant et risible jusqu’à donner l’impression que tout ce délire n’a aucun sens. Même le twist sur lequel repose le film est un Hara-Kiri embourbé dans un second degré digne de l’arroseur-arrosé. En amour il faut s’accepter soi-même, et respecter son prochain. Patchwork ne fait ni l’un ni l’autre.

De Carl Torrens. Avec : Dominic Monaghan, Ksenia Solo et Jennette McCurdy. Le Pitch : Seth, trentenaire maladroit et inquiétant, tente de séduire Holly, une serveuse, mais échoue lamentablement. De plus en plus obsédé par la jeune fille, Seth kidnappe Holly et l’enferme dans une cage au refuge animalier où il travaille…

Le postulat à des faux airs de série B qui peut vite déraper dans le Torture porn. Mais dès les premières images Carles Torrens déjoue les préjugés par une mise en scène qui instaure le doute. Seth (Dominic Monaghan) évolue dans un premier temps constamment dans des lieux clos. Nous sommes donc enfermés dans son quotidien à l’affut du moindre détail qui souligne un comportement ambivalent : prit d’affection pour un chien prêt à être euthanasié,  il a le choix de l’adopter ou de le condamner. Il l’abandonne à son funeste destin sans le moindre remord. Après être tombé sous le charme d’une amie enfance rencontrée dans un bus, Seth fait tout pour la retrouver. En un clic sur Facebook et Instagram, la vie de Holly (Ksenia Solo) n’a plus de secrets pour lui. Tel un intrus on l’observe répéter son approche pour draguer cette jolie serveuse. Lorsque Seth se prend une veste, la caméra s’attarde longuement sur son regard attristé. On pensait suivre un obsédé, mais en fait Carles Torrens nous a trompé, Seth est juste l’archétype du trentenaire paumé qui a du mal à se poser. Puis soudain, pour la première fois, il nous est montré à découvert. Ce n’est pas qu’une simple ballade nocturne. Seth est aux pas de Holly.

L’amour en cage, Carles Torrens dévoile une nouvelle facette du quotidien de Seth. Cette fois-ci, il sourit, paraît enjoué, épanoui. Un contraste par rapport au premier quart d’heure du film où Dominic Monaghan transpirait le mal être. A ce stade, la sentence parait irrévocable : Seth est un psychopathe. Mais l’amour rend aveugle. Et le scénario de Jeremy Slater (Lazarus Effect, la série télé L’Exorciste) vous réserve plus d’un twist qui transforme cette prétendue série B en un véritable thriller psychologique étouffant et jouissif. « Quand on aime quelqu’un, on le laisse partir » s’exclame Holly pour mettre Seth face à ses contradictions, et nous confronter à nos erreurs de perception. Dominic Monaghan incarne à la perfection cette ambivalence à paraître à la fois bourreau et victime. Ksenia Solo s’amuse elle aussi à brouiller les pistes : derrière ce magnifique visage angélique, elle nous séduit pour mieux accaparer notre attention sur ses zones d’ombres. Seth affirme vouloir sauver Holly. Holly consent que l’amour est un sacrifice. A quoi rime cette enlèvement ? Qui sont réellement Seth et Holly ? Plus Jeremy Slater abat ses cartes, plus l’horreur dévoile son véritable visage.

Contrairement à Attack of Lederhosen Zombies et Patchwork, Pet embrasse avec sincérité son sujet, autant dans la forme que dans le fond. Le final prête peut-être trop à interprétation, la surprise du chef qui retourne encore un peu plus votre cerveau, mais dont la crédibilité s’accorde avec la confusion qu’entretient tout du long la mise en scène de Carles Torrens. Le twist de trop qui donne envie de revoir le film. Et c’est dans ces moments là qu’on comprend que l’Étrange Festival nous a gratifié d’une pépite. Cet instant où quand le générique défile, il y a un lourd silence en salle, brisé par de chaleureux applaudissements. L’amour c’est beau, mais ça fait mal.

 

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