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L’impossible exil, Stefan Zweig et la fin du monde par George Prochnik

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« L’impossible exil, Stefan Zweig et la fin du monde », livre écrit par George Prochnik en 2014 et dont Cécile Dutheil De La Rochère a brillamment assuré la traduction en français, paraitra aux Editions GRASSET le 7 Septembre 2016.

George Prochnik, dont la famille a fui Vienne en 1938, est auteur d’essais, de poèmes et d’ouvrages de fiction, il a écrit, entre autres, « In Pursuit of Silence : Listening for Meaning in a World of Noise ».
Il a enseigné la littérature américaine à l’université de Jérusalem et réside aujourd’hui à New York.

Daniel Mendelsohn, écrivain et critique littéraire américain, nous dit de ce livre « … George Prochnik parvient à saisir, mieux que n’importe quel auteur, le terrible coût intellectuel et personnel de l’exil imposé par la guerre … ».
Faisant preuve d’une empathie exceptionnelle à l’égard de cette époque de la vie de Stefan Zweig, il nous livre un essai extrêmement bien documenté historiquement, et dresse un portrait original et tragique de l’auteur de Amok et du joueur d’échecs
S’appuyant sur la riche correspondance échangée entre Stefan Zweig et de nombreuses personnalités, telles que Sigmund Freud, Romain Rolland, Richard Strauss et Arthur Schnitzler …

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… ainsi que sur les nombreuses lettres entre l’auteur et Friderike son ex-femme et avec la famille de Lotte sa dernière compagne, George Prochnik nous livre l’étude d’une Europe en pleine implosion.

Ce livre est l’histoire d’un exil, l’exil impossible d’un auteur prolifique et extrêmement talentueux, symbole de l’intelligentsia juive viennoise, qui devient dès 1930 l’auteur vivant le plus traduit dans le monde, qui aime a recevoir dans sa maison de Salzbourg où il tient régulièrement des salons littéraires.

Voyageant dans toute l’Europe, sa notoriété va grandissant ainsi que sa situation financière. Il est à la fois ami avec Theodore Herzl, il ne sera pourtant pas attiré par le sionisme et proche de Richard Strauss qui ne prend pas ouvertement position contre le régime nazi.

Dès 1933, son pacifisme et son « incurable européanisme » l’empêchent de prendre parti contre l’Allemagne, il invite les pays à fraterniser entre eux plutôt que de nourrir les conflits. Il prêche pour une Europe unie, conviction qu’il défendra jusqu’à la fin de sa vie. Il espère encore que la culture peut réveiller la conscience morale des Allemands, mais plus tard il confiera  « … Nous ne pouvons pas nous permettre de tomber au niveau intellectuel de nos adversaires … » ou encore « … Si les gens savaient combien il existait d’écrivains juifs extraordinaires, aucune nation n’autoriserait que l’on maltraite ainsi les juifs … ».

« C’est le  visage d’un homme ayant perdu ses illusions, qui s’accrochait frénétiquement au mirage d’une Europe qui n’existait plus mais sur laquelle il refusait de veiller  comme si elle était morte » qui quitte l’Autriche en 1934 laissant tout derrière lui. Pendant huit années, son exil va l’emmener de Londres à Bath dans le sud-ouest de l’Angleterre, puis en Amérique à New-York et Ossining, et enfin au Brésil à Rio puis à Pétropolis, c’est là que Stefan Zweig et Lotte se donneront la mort le 22 février 1942. La veille, le manuscrit de ses mémoires Le Monde d’hier a été envoyé à son éditeur. Il paraitra deux ans plus tard.

André Maurois écrira après sa mort « Beaucoup d’hommes de coeur dans le monde entier ont dû méditer, le jour où ils ont appris ce double suicide, sur la responsabilité qui est celle de tous et sur la honte  qu’il y a, pour une civilisation, à créer un monde  où un Stefan Zweig ne peut vivre ».

Ce livre nous parle d’humanisme, d’amitié, d’éducation, de jeunesse, d’amour des Arts et des Lettres, d’amour des livres et de la culture, il disait d’ailleurs des livres « Ils sont là, ils attendent en silence … ils ne nous pressent pas, ne nous imposent aucune exigence. Ils sont muets, rangés le long du mur. … Ils attendent jusqu’à ce que vous vous montriez réceptifs ; alors ils consentent à s’ouvrir. Il faut d’abord qu’autour de nous règne le calme, en nous la paix, ensuite nous sommes prêts pour eux … ».

Cet essai m’a accompagné avec bonheur en Berry, sur les terres de George Sand dans une ambiance chaude et amicale, j’ai adoré plonger dans l’âme tourmentée de Stefan Zweig et m’imprégner de l’histoire culturelle de l’Europe de cette époque. Mon imagination a fait le reste, d’ailleurs Stefan Zweig écrit en préambule un extrait de son Journal Automne 1939 « Toujours le même défaut chez l’homme, un profond manque d’imagination ».

Je vous invite vivement a vous promener dans cet écrit si délicat et si intelligent, symbole de la fin d’une époque.

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A propos dominique iwan

Parallèlement à une vie professionnelle tournée vers le monde des matériaux polymères et un bref passage dans la sphère publicitaire en tant que maquettiste, ma vie a été guidée par deux passions, l'écriture (un livre écrit dans mes jeunes années, des nouvelles pour enfants, un second livre en chantier ... ) et la sculpture avec la création d'un blog en 2014 " entre Ciel Ether ". Je collabore au site www.francenetinfos.com depuis plus d'un an, particulièrement dans le domaine littéraire, avec déjà plus d'une trentaine de chroniques.

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4 commentaires

  1. Merci Dominique pour cet article.
    Il fut une époque où je dévorais ses oeuvres. Cet ouvrage me donnera l’occasion de découvrir un peu plus l’auteur, de par sa vie dans une époque insensée. La notre n’étant pas forcément meilleure sur certains points….

    • dominique iwan

      Merci Pierre-Alain, tant mieux si mon article te permet revenir vers Zweig surtout en ce moment, particulièrement en ce moment.

  2. Ce livre fait certainement écho au « Monde d’hier », autobiographie et oeuvre testament de Zweig, écrite juste avant son suicide et dans laquelle il décrit un monde qui est mort le 2 août 1914 sans le savoir.
    Gageons que ce livre fasse écho à l’oeuvre de Zweig.
    Il est d’autant plus d’actualité, que nous sommes également dans un monde en transition, sans que le plus grand nombre en est conscience.

    • dominique iwan

      Merci Luc de ton commentaire, tu as vu juste, ce livre nous parle de diverses façons, et évoque la face cachée de l’auteur, ses peurs, sa détresse, son non engagement. cette bio est écrite par un juif autrichien dont la famille a connu le même parcours que celle de Zweig, ce qui ajoute à l’extrême empathie développée tout au long du livre.

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