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Mirador, tête de mort de David Cenou : plonger dans l’univers des skins

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Dans son premier livre, intitulé « Mirador, tête de mort », David Cenou nous confie son passé de néo-nazi dans un témoignage brut, mais très documenté. Du fait de sa passion pour le dessin, c’est tout naturellement que ce livre se présente sous forme d’une BD. Un choix très malin qui invite le lecteur au cœur de l’action. Terriblement d’actualité, il permet de mieux appréhender ces groupes souvent méconnus du grand public.

Les images sont poignantes et retracent parfaitement la violence de l’ambiance au sein de ces bandes. Une voix off embarque le lecteur dans le questionnement, les peurs et le lot d’incertitudes qui accompagnent en permanence Sam alias David décrit la mouvance allant des groupuscules extrémistes au Front national.

L’histoire

« C’est l’histoire de ma descente… dans des recoins glauques de ma vie… où j’aurai pu perdre au moins la raison » David Cenou

L’histoire débute un matin presque comme les autres après une soirée trop arrosée et une nuit émaillée par un cauchemar. Le téléphone sonne, Mélanie lui demande de se rendre au commissariat où se trouve déjà Romain accusé de meurtre…

Sam revient sur son parcours. Il rentre d’ex-Yougoslavie et retrouve sa bande de potes, accros à la musique skinhead, à l’alcool et aux fêtes. Sans trop savoir pourquoi, ils sont plutôt racistes et d’extrême-droite, mais n’ont pas de vraie conscience politique. Ils trainent alors en faisant peur à tout le monde et c’est très rapidement l’escalade dans une violence incroyable. D’Agen à Paris en passant par Bordeaux, le lecteur suit ce groupe de copains qui aiment à semer la terreur.

Un premier livre très réussi, arrivé un peu par hasard, pour notre plus grand plaisir. La vie quotidienne est abordée de manière directe, sans aucune concession tout en faisant ressortir l’exaltation du moment, les craintes et les doutes. Une vue réelle et bien documentée sur les 80/90 et l’intérieur de ces mouvements.

Actualité de l’auteur

David Cenou travaille actuellement sur un autre livre en collaboration avec Amnesty International, qui abordera cette fois l’histoire des Black Panthers au travers des deux prisonniers toujours en isolement aux États-Unis. Il sera l’objet d’une collaboration qui lui permettra de se consacrer exclusivement aux dessins.
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Entretien avec l’auteur

LR : « Pourquoi avoir fait ce livre ? Était-ce dans le but de délivrer un message ? »

David Cenou : « Non, mon premier but n’était pas de délivrer un message. Lors d’une formation en BD, je devais pour mon projet professionnel présenter un projet de BD, scénario et dessins. La première idée qui s’est imposée à moi était de partir de mon expérience, d’évènements vécus.
Les images qui se sont imposées sont les souvenirs de mes années de jeunesse. Les croquis sont sortis de ma mémoire au fur et à mesure, et ensuite j’ai écrit mon ressenti de l’époque, mes sentiments, mes peurs, mes incertitudes. »

LR « Comment s’est passé cet « accouchement » ? »

DC : « Ayant cherché à occulter ce passé, il était difficile de revenir dessus, ça n’a donc pas été facile de se remémorer ces moments »

LR : « Trouver une maison d’édition n’a sans doute pas été facile, vous a-t-elle demandé des modifications avant de publier ? »

DC : « Trouver un éditeur n’a pas été simple, mais celle-ci ne m’a demandé aucune transformation sur le fond, il est donc resté brut de brut »

LR : « Comment avez-vous été amené à participer à ce mouvement que vous décrivez ? »

DC : Je vivais dans une petite ville de province, Agen, où il ne se passait pas grand-chose. Avec une bande de copains, aux allures plutôt skinheads et apolitiques, nous ne sommes pas acceptés et par les jeunes en particulier. La communauté magrébine nous rejette fermement et nous répondons en nous battant. On a du mal à comprendre comment on peut être rejetés alors qu’ils ne sont pas français. Les rencontres ont ensuite évolué en bougeant en particulier sur Bordeaux et en intégrant une bande de skins plutôt néo-nazis. On se retrouve de plus en plus impliqué politiquement en dépit de notre absence de culture politique. On développe un fétichisme vis-à-vis des symboles du nazisme faisant référence à Hitler, en utilisant la violence qui va avec.
On trouve alors une grande famille qui nous accueille et qui nous donne le sentiment d’être aimés.

LR : « Comment avez-vous réussi à sortir de ce mouvement ? »

DC : « Le plus dur pour quitter ce mouvement est de briser les liens et ce sentiment de fraternité. Si la prison n’a rien changé, en sortant je découvre que beaucoup d’anciens amis ont changé de vie. Je me retrouve seul à Bordeaux et j’intègre alors un autre groupe (les JNR) qui assurait la sécurité du MNR, mais je n’ai pas d’affinité avec eux et me retrouve isolé. Du coup, je me suis mis à réfléchir, j’ai repris le dessin et j’ai regardé les actualités. J’ai alors compris que je n’étais ni raciste, ni nazi et que j’étais même plus de gauche que de droite »

LR : « Pour revenir à l’actualité, que pensez-vous de la dissolution de ces mouvements ? »

DC : Je ne pense pas que ce soit une solution. Ils se marginaliseront encore plus. De fait cette décision conduit à une victimisation et à une radicalité encore plus forte, pouvant se traduire par des actes toujours plus extrêmes. »

LR : « Que pensez-vous de l’attitude de la justice et de la police envers votre mouvement ? »

DC : « Avec le recul, je pense qu’ils étaient assez peu sévères avec nous, les peines n’étaient pas énormes, mais nous aimions jouer aux martyrs. »

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Un commentaire

  1. David Cénou

    « (les JNR) qui assurait la sécurité du MNR » : erreur, ce ne sont pas les JNR mais le DPA (Département Protection Assistance).

    Cordialement
    l’auteur du livre

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