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The Revenant hante toujours les salles

Pour sa quatrième semaine consécutive dans les salles françaises, The Revenant vient de dépasser largement les 3 millions d’entrées. Succès public, et critiques partagées. Toujours est-il que le film récompensé par 3 Oscars ne laisse pas indifférent. Si vous ne l’avez pas encore vu, il est toujours possible de vous trouver une bonne salle.

The Revenant

L’histoire : en 1823, dans les plaines sauvages du Dakota du sud, un trappeur est laissé pour mort par les siens. Après avoir échappé à une averse de flèches indiennes et subi une sévère attaque par une mère grizzli, Hugh Glass, notre héros tragique, va émerger de la tombe de fortune qu’on lui avait fabriquée, pour retrouver celui qui l’a trahi et assassiné son fils. Il va parcourir un très long chemin, dans un enfer blanc et féroce qui ne cessera de lui tendre les pièges les plus redoutables.

Inutile d’ajouter que Leonardo DiCaprio, couronné par l’Oscar pour sa performance de meilleur acteur, s’est investi corps et âme pour incarner ce trappeur mort-vivant. Au long de son chemin de croix solitaire, il accroche le spectateur qui n’est plus qu’empathie, soutenu en cela par les gros plans sur un visage pétrifié. Autant ce visage reste hanté, autant les paysages peuvent être nus et blancs, provoquant un malaise, un dépaysement. La neige évoque la perdition, le linceul, le néant. Ce blanc virginal suggère aussi la lumière christique, selon le regard d’Alejandro Gonzalez Iñárritu, réalisateur mexicain dont la sensibilité religieuse baigne le film. Mais ce rayonnement, cette clarté divine n’est-elle pas celle qui jette de la poudre aux yeux des humains, celle qui rend aveugle comme la violence qu’elle va produire ?

La photographie d’Emmanuel Lubezki (récompensé par un troisième Oscar successif après Gravity et Birdman) n’est pas sans susciter une belle émotion toute de lumière fantomatique et parfois bleutée qui nous rend le voyage de Glass irréel, et en même temps hyperréaliste. C’est à partir de cette contradiction apparente que le cauchemar prend racine au beau milieu des plaines, des forêts et des rivières.

On a beaucoup reproché à Iñárritu des emprunts (Tarkovski, Jodorowsky), des influences (ambiance contemplative à la Malick), voire un plagiat avec le film de Richard C. Sarafian, Le convoi sauvage (1971) qui adapte par ailleurs, le roman de Michaël Punke : Le revenant. Ne serait-il pas plus avisé d’y voir un remake ? Les 2 films offrent des visions qui appartiennent chacune à leur temps. Sarafian dépeignait un univers sauvage qui s’inscrivait dans le mythe du retour à la nature, issu du phénomène beatnik qui venait de balayer la décennie précédente. Iñárritu propose une nature plus menaçante, plus implacable, saturant le corps de stigmates, exaltant la douleur, la mort, la renaissance. Comme si elle affirmait sa toute-puissance sur l’homme rongé par un sentiment de culpabilité d’être désaccordé avec lui-même et son environnement.

Mais l’œuvre d’Iñárritu montre ce chaos avec un lyrisme à couper le souffle. Et l’on est ravi de voir le western revenir avec autant d’ampleur et de force visuelle.

 

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A propos David Tavityan

Je suis passionné de cinéma mais aussi d'écriture et de culture en général, c'est donc à priori dans ces domaines que je me propose de rédiger. J'exerce les activités de biographe et rédacteur de vies, et suis l'auteur d'un roman : "CHIP" qui paraîtra en février 2017 chez Évidence Editions. Mes précédents titres sont parus aux éditions Sarbacane.

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Un commentaire

  1. J’ai tout simplement hâte d’aller voir ce film au cinéma! Malheureusement, la vie fait en sorte de nous priver de ce genre de plaisirs parfois 🙂

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