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Diane Arbus au Jeu de Paume (Paris), une désarmante simplicité

Le musée du Jeu de Paume de Paris présente du 18 octobre 2011 au 5 février 2012 une rétrospective consacrée à la photographe américaine Diane Arbus (1923-1971).

Avec près de 200 clichés noir et blanc, cette exposition est la plus importante jamais consacrée en France à celle que beaucoup considère comme à l’origine d’une véritable révolution dans l’univers de la photographie. Parmi toutes les photographies exposées, certaines sont aujourd’hui célèbres mais d’autres sont présentées au public pour la première fois.

Enfant jouant avec une grenade en plastique dans Central Park, New York 1962, Copyryght © The Estate of Diane Aubus
Enfant jouant avec une grenade en plastique dans Central Park, New York 1962, Copyryght © The Estate of Diane Aubus

C’est le mari de Diane Arbus, Allan Arbus, photographe épousé en 1941, qui lui offre son premier appareil en 1941.Quelques années plus tard, ils ouvrent ensemble une agence de photographie de mode. Après la publication de nombreux clichés dans Glamour ou Vogue, elle met fin à sa collaboration avec Allan et commence un travail plus personnel. A partir de ce moment, Diane Arbus travaillera sur commande sur des thèmes aussi différents que l’horreur – pour le magazine Show en 1961 – ou encore les rites et coutumes de l’Amérique pour le musée Guggenheim de New-York en 1963.

Cet éclectisme est l’un des piliers du travail de Diane Arbus. C’est également ce qui peut décontenancer le visiteur qui se rend à l’exposition. Son travail n’y est pas présenté de façon chronologique ou thématique. Sur les quelques 1000 m2 que couvre l’exposition, aucun cartel, aucune explication ou texte ne vient éclairer (certains diront plutôt distraire) le visiteur. Un parti-pris volontairement épuré afin que chaque spectateur se retrouve seul devant chacun des clichés. Pour trouver un sens, si besoin, au travail de la photographe, il faut attendre les deux dernières salles qui contiennent des éléments biographiques, documentaires et personnels comme quatre de ses appareils photos. Cela donne envie de refaire l’exposition une deuxième fois, accompagné cette fois par la personnalité et les mots de Diane Arbus que l’on vient de mieux connaître.

Jeune homme en bigoudis chez lui, 20ème Rue, N.Y.C 1966, Copyright © The Estate of Diane Arbus
Jeune homme en bigoudis chez lui, 20ème Rue, N.Y.C 1966, Copyright © The Estate of Diane Arbus

 Le travail de la photographe peut presque s’appréhender comme celui d’un anthropologue. Lorsque qu’elle doit travailler sur la ville de New-York, Diane Arbus ne photographie pas les buildings, mais ses habitants. Quelques rares célébrités mais surtout des anonymes, dans des moments de vie « ordinaire » photographiés comme autant de cérémonies. La simplicité de la réalité devient ici exceptionnelle. L’instantané que livre Diane Arbus de ces contemporains n’est pas fait pour flatter une image par trop conventionnelle de l’Amérique des années 50-60. Certains y ont vu une volonté de choquer, un goût pour l’étrange notamment lorsqu’elle photographie des handicapés, des travestis ou des gens du cirque. Tod Browning l’avait déjà fait dans son film Freaks (La Monstrueuse Parade , 1932). Le choc a certes eut lieu à l’époque, plus habituée aux images lisses. Mais le spectateur d’aujourd’hui ne l’éprouve pas de cette façon. Il est habitué à l’image (certains diront cernés). Une image retouchée, retravaillée à tel point qu’il peut parfois remettre en cause spontanément sa validité. Un flot d’images qu’il alimente lui-même, équipé de son smartphone et de ses nombreuses applications de retouches. Aujourd’hui, tout à chacun peut se revendiquer un artiste avec les moyens dont il dispose. La photographie est un medium contemporain utilisé par tous, à la différence de la peinture ou de la sculpture par exemple. Alors à chaque image de Diane Arbus il peut se dire « C’est tout ? » ou « Et alors ? ». Les plus téméraires pourront rajouter « Je peux faire mieux ».

Couple d'adolescents à Hudson Street, New York 1963, Copyright © The Estate of Diane Arbus
Couple d’adolescents à Hudson Street, New York 1963, Copyright © The Estate of Diane Arbus

Mais c’est oublier un peu vite que ce qui compte pour Diane Arbus est le sujet, sans trucage. Il est « plus important que l’image ». Cette simplicité apparente est déstabilisante, et c’est ce qui fait la force de ses clichés. Pour aborder cette exposition, le visiteur devrait presque passer par un sas de « déconnexion » et laisser son smartphone à l’entrée. Oublier pour un temps ce qu’il croit savoir de l’image et l’aborder ici avec un œil neuf. Les « minorités » photographiées par Diane Arbus sont données à voir telles qu’elles sont. Une fois encore, le visiteur, habitué à la provocation parfois assimilée à une forme d’art en elle-même, peut trouver ces images un peu fades, pas assez « trash ». Mais le but de Diane Arbus n’est pas là. Seule compte la réalité, représentée dans sa diversité la plus complète. L’étrange côtoie l’ordinaire, le bizarre côtoie le familier. Il s’agit d’un témoignage, du regard d’une femme sur son époque et sur les gens, tous les gens (au sens noble du terme) qui la composent.

Alors que beaucoup d’expositions utilisent l’opposition ou le rapprochement évident comme fil conducteur, le Jeu de Paume fait de cette rétrospective un hommage simple, mais pas simpliste, au travail d’une photographe qui arrive encore aujourd’hui, si le spectateur oublie tout parcours préconçu et balisé, à montrer l’ordinaire simplement et à faire en sorte qu’il trouve encore aujourd’hui un écho en chacun.

Plus d’informations : http://www.jeudepaume.org

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