Accueil / Culture / Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme de Stefan Zweig

La passion a bien des visages. Quelque soit celui qu’elle revêt, elle se veut à la fois puissante et destructrice. Stefan Zweig décrit de manière détaillée tous les symptômes de la passion. Il examine chaque parcelle du corps d’un jeune inconnu, il débute par ses mains, leur allure, leur mimique pour s’attarder sur le visage. Il décrit l’absence de passion qui vide le corps de l’être.

 


L’intrigue débute dans une charmante pension de famille. Une femme, mariée, avec des enfants s’éprend d’un jeune inconnu. Elle s’enfuit avec lui abandonnant toute sa famille. Les discussions vont bon train sur l’incident, chacun donne sa leçon de moral, sauf le narrateur qui se démarque de ses disciples en accordant à Mme Henriette tous les égards dus à la gente féminine. Mrs C., écoutant le discours passionné du narrateur, décide de lui raconter son histoire.

Mrs C. perd son mari très tôt, elle souffre énormément et vit à travers son deuil. Elle traverse le monde sans s’en rendre réellement compte. Lors d’une escale à Monte-Carlo, elle pénètre dans une salle de jeu et est happée par les mains d’un joueur compulsif. Inconscient, elle s’amourache de cet homme. Celui-ci est en déveine, il perd, joue et reperd. Stefan Zweig nous incite à regarder ses mains, entrer dans la spirale du jeu. Le lecteur perçoit cette adrénaline qui pousse le joueur à remiser. Il s’associe à cette pulsion, la valide. Mrs C. suit le jeune homme ruiné dans la rue, elle se doit de le sauver. Cela devient le but ultime de sa vie. Elle passera même la nuit avec lui. Elle percevra un homme charmant et en elle naîtra la passion amoureuse.

Stefan Zweig met en parallèle deux passions qui peuvent mener à la mort. Ce qui arrivera quelques années plus tard au joueur. Mrs C. sera humiliée devant d’autres joueurs comme mis à mort. Elle portera ce fardeau pendant de nombreuses années. Elle n’a pas pu sauver sa passion et elle a fui.

L’auteur est un excellent visionnaire qui maîtrise l’art du réel et de la description. Les mots sont emprunt de violence, d’amour, d’inconscience. L’irresponsabilité de l’être face à cette passion dévorante.

 

Voici quelques citations tirées du roman :

 » Vous avez parfaitement raison; la vérité à demi ne vaut rien, il la faut toujours entière. Je rassemblerai toutes mes forces pour ne rien dissimuler vis à vis de moi-même ou de vous. »

 » Jamais encore ( il faut sans cesse que je le répète), je n’avais vu un visage d’où la passion jaillissait tellement à découvert, si bestiale, dans sa nudité effronté, et j’étais tout entière à le regarder, ce visage…aussi fascinée, aussi hypnotisée par sa folie que ses regards l’étaient par le bondissement et les tressautements de la boule en rotation. »

 » La veille, ç’avait été un hasard, une ivresse, la folie démoniaque de deux êtres égarés, mais aujourd’hui il fallait me livrer à lui plus ouvertement qu’hier, parce que maintenant, à la clarté impitoyable de la lumière du jour, j’étais forcée de l’aborder avec ma personne, avec mon visage, comme quelqu’un de bien vivant. »

 » Seuls peut-être des gens absolument étrangers à la passion connaissent, en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d’une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan : alors, des années entières de forces non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d’une poitrine humaine. »

 » Et je sens de nouveau avec effroi quelle substance faible, misérable et lâche doit être ce que nous appelons, avec emphase, l’âme, l’esprit, le sentiment, la douleur, puisque tout cela, même à son plus haut paroxysme, est incapable de briser complètement le corps qui souffre, la chair torturée, – puisque malgré tout, le sang continue de battre et que l’on survit à de telles heures, au lieu de mourir et de s’abattre, comme un arbre frappé par la foudre. »

A propos Agence

A lire aussi

Martin fait des gâteaux, un album tendre et beau des éditions Larousse

Martin, l’ours gourmand et amusant, est de retour dans un nouvel album, paru aux éditions ...

Un commentaire

  1. J’ai lu ce conte il y a deux heures ..je l’ai justement adoreeeeeee le plus beau romain que j’avais jamais lu :O !!!

Lire les articles précédents :
Kubrick vu de l’intérieur à La Cinémathèque Française

L'exposition Stanley Kubrick à La Cinémathèque Française

L’énigmatique Odilon Redon au Grand Palais

L'exposition Odilon Redon "Prince du rêve" au Grand Palais à Paris

Peurs sur la ville : Paris, champ de bataille fantasmé

Le sommet de la Tour Montparnasse enfouie sous un nuage de fumée, écho perturbant au 11 septembre. Le Sacré Cœur...

Fermer