Ces 14 et 15 octobre, les Négresses Vertes sont à la Maroquinerie dans le cadre de leur nouvelle tournée, le « Zobi Tour ». Nous y étions le premier soir, mercredi 14 octobre, pour un show chaleureux et festif, entre rock, java, ska et rythmes méditerranéens. Un concentré d’énergie et de tubes, porté par des arrangements electro dance qui donnent une nouvelle jeunesse à leur répertoire populaire.
« Voilà l’été », « Zobi la mouche », « Sous le soleil de Bodega »… Depuis leur apparition sur la scène alternative française à la fin des 80’s, les Négresses Vertes ont construit une identité singulière, mêlant rock, chanson réaliste, java, rumba gitane et influences méditerranéennes. En 2018, Stéfane (chant guitare) et Iza Mellino (chant, tambourin), François « Cizzko » Tousch (accordéon), Gwen Badoux (trombone) et Michel Ochowiak (trompette, guitare, basse) accompagné de Matthieu Rabaté (batterie) s’étaient réunis pour une tournée commémorant les 30 ans de leur premier album, Mlah. Depuis huit ans maintenant, ils sillonnent l’Europe se flanquant chaque année d’un passage à la Maroquinerie. En 2026, le « Zobi Tour » témoigne aujourd’hui de cette volonté de maintenir le répertoire en mouvement, à l’approche des quarante ans du groupe, en 2027.

Mercredi, à 20 h 50, l’accordéon de François « Cizzko » Tousch entonne « La Valse », prélude désormais familier des concerts du groupe. Un à un les musiciens investissent le plateau. La mécanique est en place, les réjouissances peuvent commencer.
Le concert démarre en douceur avec « C’est pas la mer à boire » avant que « Voilà l’été » ne fasse monter la température dans une version chaloupée et finement réarrangée. Stéfane Mellino empoigne sa Gretsch rouge pour « Orane », qui prend des couleurs reggae et ska tout en conservant ses accents orientaux. Sur « L’Homme des marais », Matthieu Rabaté impressionne par son jeu, impose une frappe puissante et précise. Tout au long du show, il va devenir l’un des moteurs de cette mécanique scénique parfaitement huilée. La formation, remarquablement soudée, possède cette assise rythmique qui permet aux compositions de s’aventurer loin des arrangements originels. Vient « Hey Maria », hommage à Helno, le chanteur historique disparu en 1993. « Une chanson qu’il aimait beaucoup », rappelle Stéfane Mellino. Les cuivres s’élèvent, déploient leurs gimmicks caractéristiques et le public commence à danser. Le morceau rappelle la présence persistante d’Helno dans l’identité du groupe.

Les morceaux s’enchaînent sans temps mort. « La Faim des haricots » et « La Danse des Négresses Vertes » font reprendre les refrains en chœur. Puis arrive « Zobi la mouche », dont le motif entêtant à l’accordéon déclenche l’enthousiasme. Un beau solo de guitare arabo-andalouse de Stéfane Mellino précède une séquence électro-raï particulièrement dansante qui emporte le public. Les bras se lèvent, la fosse s’anime, la Maroquinerie se transforme peu à peu en piste de danse. Près de quarante ans après, ce titre conserve son pouvoir fédérateur. « Et maintenant, une histoire de famille… » : Stéfane Mellino introduit « Famille heureuse », dont les paroles sont reprises en chœur. Iza Mellino prend ensuite le devant de la scène sur « Les Mégots », portée par une rythmique ska bondissant et un remarquable solo de trombone. « 200 ans d’hypocrisie » rappelle ensuite la veine contestataire du groupe, avec son riff de guitare rock, haché et tranchant. Quant aux « Yeux de ton père », ils bénéficient d’un traitement plus musclé, avec une guitare électrique franchement rock. Le répertoire fonctionne comme un jukebox idéal et révèle une diversité d’influences qui ne se laissent enfermer dans aucune catégorie . Les Négresses Vertes convoquent aussi bien l’énergie du rock que la gouaille de la chanson française, la rumba gitane et les rythmes du Sud. Certaines orchestrations, enrichies de développements électro, donnent aux titres une dimension hypnotique bienvenue.
Stéfane Mellino descend dans la fosse pour danser au plus près des spectateurs. Iza apporte sa présence vocale et rythmique, tandis que les cuivres de Michel Ochowiak et Gwen Badoux soulignent les mélodies. François Tousch demeure l’un des piliers de cette architecture sonore, entre accordéon populaire et échappées festives. Derrière eux, Matthieu Rabaté maintient une tension constante. La formation fonctionne comme un collectif soudé, dont la solidité scénique garantit la circulation de l’énergie.
22h. Après une courte pause, « Face à la mer » ouvre le rappel avec ses motifs arabisants et ses inflexions chaloupées. Les quatre voix d’Iza, Stéfane Mellino, Michel Ochowiak et Gwen Badoux se mêlent, tandis que Matthieu Rabaté confirme sa maîtrise derrière ses fûts. « Bodega », ultime morceau de la soirée finit de transformer finalement en dancefloor. La version électro-dance pousse le public à l’exaltation. Aux saluts, Ritier Rota, le frère jumeau d’Helno, rejoint les musiciens sur scène et remercie la salle. Ultime clin d’œil aux origines du groupe et de l’histoire qui continue de l’accompagner.
À 22 h 30, le concert s’achève sur une salle conquise. Le groupe démontre que son répertoire conserve une réelle force scénique. En attendant de fêter leurs quarante ans en 2027, les Négresses Vertes montrent que leurs chansons peuvent encore rassembler autour d’un joyeux répertoire qui traverse les générations. Merci à Léa Gutton et aux équipes de la Maroquinerie pour leur accueil chaleureux.
Jean-Christophe Mary
Titres joués
La valse
C’est pas la mer à boire
Voilà l’été
Orane
L’homme des marais
Hey Maria
La faim des haricots
La danse des Négresses Vertes
Zobi la mouche
Famille heureuse
Les mégots
200 ans d’hypocrisie
Rappels
« Face à la mer »
« Bodega »
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