Festival de Cannes J7 : Alpha, Les aigles de la république et La femme la plus riche du monde

Après sa Palme d’Or avec « Titane » en 2021, Julia Ducournau était forcément très attendue à Cannes. Avec « Alpha », elle surprend encore, déstabilise moins mais touche davantage. Cette fois, elle nous plonge dans les années 90, au moment où une épidémie fait rage. Un soir, alors qu’elle est à une fête, Alpha, une adolescente de treize ans, s’est fait tatouer la lettre A sur le bras. De retour chez elle, sa peau est gonflée, elle saigne, et sa mère, médecin (Golshifteh Farahani) s’inquiète. Il va falloir qu’Alpha fasse un test, pour s’assurer qu’elle n’a pas été contaminée par cette maladie. Son oncle, (Tahar Rahim), toxicomane, l’a attrapée. Alpha, se souvient de lui. Elle était pourtant une enfant quand elle l’a connu. Au-delà de la métaphore avec le Sida (les malades mourants se transforment peu à peu en statue de pierre), le film est aussi un film d’amour, celui d’une sœur pour son frère, d’une mère pour sa fille. Le travail sur l’image et sur le son pour souligner le passage du passé au présent est remarquable. Alpha ne perçoit pas la réalité de la même façon que sa mère, inquiète et encore traumatisée par la maladie de son frère. Le troisième film de Julia Ducournau est bien plus complexe et plus profond qu’il n’y paraît. Intéressant, passionnant, il mérite une seconde vision pour bien percevoir toutes sessubtilités.

Autre film très attendu lundi : « Les aigles de la république » du réalisateur suédois Tarik Saleh. Déjà venu à Cannes, il avait été récompensé avec son très beau film, « La conspiration du Caire ». Avec « Les aigles de la république », il situe de nouveau l’action en Egypte, mais cette fois du point de vue d’un acteur très en vue dans le pays interprété par son comédien fétiche Farès Farès. Il est à l’affiche de films à succès, a un fils âgé d’une vingtaine d’années, une maîtresse bien plus jeune que lui (Lyna Khoudri), une actrice qui semble surtout intéressée par sa carrière. Un jour, on vient lui demander d’interpréter le président dans un film, sinon on s’en prendra à son fils. Il se retrouve alors pris dans l’engrenage d’un conflit de pouvoir, tel un pion que les deux clans utilisent. Le film, particulièrement efficace, a fait une belle impression lors de sa projection officielle. Rares sont les bons thrillers politiques au cinéma. Il serait dommage de passer à côté de celui-là.

S’il est une actrice habituée de Cannes, c’est bien Isabelle Huppert. Elle y a présenté plusieurs films en compétition, a remporté un Prix d’Interprétation et a même été présidente du jury. C’est dans le rôle de « La femme la plus riche du monde», le nouveau film de Thierry Klifa, présenté hors compétition qu’elle était là cette année. Elle interprète Marianne Farrère, une richissime femme d’affaires à la tête d’une entreprise de cosmétiques. La ressemblance avec Liliane Bettencourt est loin d’être fortuite. Thierry Klifa s’est inspirée de cette affaire qui avait défrayé la chronique dans les années 2010. Mariée à un homme politique (André marcon) dont on va exhumer le passé antisémite, elle règne avec autorité sur son empire mais sa vie manque un peu de frivolité. C’est un célèbre photographe qui va la lui apporter, en entrant dans sa vie avec fracas. Peu à peu, tel un tartuffe, il va s’installer dans la famille, ce qui va déplaire fortement à sa fille (Marina Foïs), délaissée par sa mère qui ne lui a jamais vraiment montré de marques d’affection. Si le film est réussi, on le doit surtout au formidable jeu des acteurs : Isabelle Huppert en bourgeoise, le rôle qui lui convient le mieux, Laurent Laffitte, détestable à souhait, et Marina Foïs, touchante dans le rôle de la fille en quête d’amour. Il sortira au cinéma à l’automne.

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