Critique / Hitchcock et Mary Rose

Avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie, Alfred Hitchcock réunit la scénariste Jay Presson Allen et la comédienne Tippi Hedren à l’hôtel Chateau Marmont. Il souhaite faire la lecture d’un nouveau projet, inspiré de la pièce de théâtre Mary Rose de James Matthew Barrie, l’auteur de Peter Pan.

Hitchcock et Mary Rose se vit comme un film du maître du suspens. Une histoire effrayante et bouleversante qui tient en haleine, grâce à un trio de comédiens investis et à la superbe mise en scène de Christophe Lidon. Un bijou esthétique entre une muse apeurée, un ogre manipulateur et une femme de caractère.

La prestation d’Éric Prat est magistrale. Il sublime les tourments obsessionnels d’un Hitchcock acculé dans une perversité créative, sans jamais sombrer dans la caricature. Mélanie Page brille tout autant de justesse, en alternant la fébrilité combattive de Tippi et l’éternelle innocence de Mary Rose. Un duel malsain, au cours duquel Marjorie Frantz s’impose avec une ironie froide pour tempérer les ardeurs de cette lecture. 

Une histoire vraie d’un réalisateur au sommet de sa gloire et d’une île mystérieuse qui restera à jamais un fantasme. Universal Pictures refusa le projet, considérant le sujet comme trop intellectuel. Un échec créatif qui confronte Hitchcock à ses propres démons. « Dieu a inventé les blondes pour être des victimes », mais tel Icare, le maître du suspens chute devant la foi mercantile d’Hollywood. 

JP Allen perçoit cette fuite en avant et se moque de ce scénario fantastique. Pour autant, elle se délecte de la part d’ombre d’Hitchcock. Persuadée d’être la seule capable de pousser le génie dans ses retranchements et de protéger Tippie des griffes de l’ogre. Chacun pense dominer l’autre. Cette ambiguïté perverse du pouvoir trouble les motifs de ce projet avorté. Hitchcock et Mary Rose est un thriller psychologique qui va vous hanter.

Hitchcock et Mary Rose
Théâtre de l’Œuvre, jusqu’au 20 décembre 2026

De Michael Sadler
Mise en scène : Christophe Lidon
Avec : Mélanie Page, Marjorie Frantz et Éric Prat

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