Avec Montréal, publié aux éditions L’Arbre qui marche, Perrine Leblanc propose bien davantage qu’une découverte touristique de la métropole québécoise. À travers une traversée à pied, l’autrice signe un récit intime, profondément humain, où la mémoire familiale, l’identité francophone et l’attachement à une ville se rencontrent.
Il y a des villes que l’on visite et d’autres que l’on porte en soi. Montréal appartient sans doute à cette seconde catégorie pour Perrine Leblanc. Née dans cette métropole québécoise, l’écrivaine y revient aujourd’hui par les mots, avec un ouvrage qui prend une dimension toute particulière : celle d’un hommage à son père récemment disparu.
Paru en France le 8 octobre 2026, aux éditions L’Arbre qui marche, Montréal s’inscrit dans la collection « Premier voyage ». Mais ici, pas question de simplement aligner les monuments incontournables et les bonnes adresses. L’autrice nous propose une expérience plus personnelle : parcourir la ville à pied, du Vieux-Port jusqu’à la rivière des Prairies, pour comprendre ce qui fait battre le cœur de cette cité singulière.
Une promenade qui devient un voyage intérieur
Le point de départ du livre est particulièrement touchant. Alors qu’elle se trouve plongée dans une poursuite policière liée à l’Irlande, Perrine Leblanc reçoit un appel qui va bouleverser son quotidien : son père est hospitalisé. Elle prend le premier train pour Montréal et arrive à temps pour lui dire adieu.
Une dernière promenade qu’ils avaient imaginée ensemble n’aura finalement jamais lieu. C’est donc seule que l’écrivaine décide de traverser la ville, comme pour prolonger cette conversation interrompue et retrouver, au fil des rues, les traces de celui qui aimait tant Montréal.
Cette démarche donne au récit une profondeur particulière. La ville devient un territoire de mémoire, un espace où les souvenirs personnels se mêlent à l’histoire collective. Chaque quartier, chaque rue et chaque détail du quotidien peuvent alors prendre une autre signification.
Montréal, une ville imparfaite mais profondément attachante
Perrine Leblanc ne cherche pas à présenter une carte postale idéale de Montréal. Elle s’intéresse aussi bien à son histoire et à sa langue qu’à ses petites imperfections : les fameux nids-de-poule, les écureuils, les contrastes urbains et les multiples influences culturelles qui façonnent son identité.
C’est justement dans cette approche que réside l’intérêt du livre. Montréal est une ville de rencontres, de mélanges et de contradictions. Elle possède une identité nord-américaine tout en revendiquant avec force son héritage francophone.
L’autrice souligne cette singularité avec une formule évocatrice : « Montréal est une grande ville d’Amérique, mais son cœur bat en français ».
Derrière cette affirmation se dessine une véritable réflexion sur la place de la langue française en Amérique du Nord, mais aussi sur la capacité d’une ville à préserver son identité tout en accueillant les influences du monde entier.
Une invitation à prendre le temps
L’un des aspects intéressants de cet ouvrage est sa dimension itinérante. Cinq itinéraires permettent au lecteur de découvrir Montréal autrement, en prenant le temps de regarder, de comprendre et de ressentir.
On est loin du guide touristique traditionnel. Ici, la marche devient un moyen de raconter et de transmettre. Elle permet de faire dialoguer les lieux avec les souvenirs, l’histoire et les émotions.
Cette approche correspond parfaitement à l’esprit de la collection « Premier voyage », qui propose de découvrir une ville à travers le regard d’un écrivain qui la connaît intimement.
Notre regard sur le livre
Avec Montréal, Perrine Leblanc semble vouloir nous rappeler une chose essentielle : connaître une ville ne signifie pas simplement en connaître les rues ou les monuments. C’est aussi comprendre son histoire, ses habitants, ses blessures et ce qui nous rattache personnellement à elle.
Le projet est séduisant parce qu’il dépasse le simple exercice du portrait urbain. Derrière la découverte de Montréal se cache une histoire de transmission, de deuil et d’attachement familial.
On appréciera particulièrement cette manière de faire cohabiter le récit personnel et la découverte culturelle. Le livre s’adresse ainsi autant aux lecteurs curieux du Québec qu’à ceux qui aiment les récits de voyage littéraires et les histoires où les lieux deviennent presque des personnages.
Ce qui rend cette proposition intéressante, c’est précisément son regard subjectif : Montréal n’est pas seulement racontée, elle est ressentie.
Perrine Leblanc, une plume attachée aux territoires et aux histoires humaines
Cette nouvelle publication s’inscrit naturellement dans le parcours de Perrine Leblanc. L’écrivaine québécoise s’est fait remarquer dès son premier roman, L’homme blanc, récompensé notamment par le Grand Prix du livre de Montréal et le Prix littéraire du Gouverneur général du Canada.
Après Malabourg et Gens du Nord, elle poursuit une œuvre attentive aux territoires, aux identités et aux destins humains. Installée en Gaspésie depuis 2018, elle retrouve ici sa ville natale pour un projet plus personnel, marqué par la disparition de son père.
Avec Montréal, elle nous rappelle finalement que les plus beaux voyages ne nécessitent pas toujours de partir très loin. Parfois, il suffit de revenir sur ses pas pour découvrir une ville autrement, retrouver une histoire familiale et mieux comprendre ce qui nous construit.
Notre avis : une proposition littéraire qui séduira particulièrement les amoureux du Québec, les passionnés de voyages culturels et les lecteurs sensibles aux récits personnels. Une belle occasion de découvrir Montréal autrement, loin des clichés touristiques.
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