Avec Il y a un rapace dans ma classe, Coralie Ramon et Quentin Ketelaers proposent un album jeunesse aussi drôle que pertinent, qui aborde le harcèlement scolaire à hauteur d’enfant. Publié aux Éditions Marmottons, cet ouvrage invite les jeunes lecteurs à découvrir des stratégies originales pour répondre aux moqueries et reprendre confiance en eux, sans perdre leur humour ni leur personnalité.

Un petit garçon face au rapace de la cour de récréation
À l’école, certains jours ressemblent à une véritable épreuve. Le jeune héros de cet album connaît bien cette sensation : il se sent parfois tout nu face aux regards des autres, particulièrement lorsque Griffus, le garçon qui l’intimide, est dans les parages.
Ses mollets seraient trop gros, son cerveau aurait rétréci au lavage et son odeur serait insupportable… Griffus ne manque pas d’imagination pour multiplier les remarques blessantes. Pire encore, il s’en prend à lui devant toute sa bande, transformant chaque récréation en un terrain hostile.
Le petit garçon essaie pourtant différentes techniques pour échapper à son bourreau. Se cacher, rougir de colère ou courir très vite : autant de tentatives qui ne changent malheureusement rien à la situation. Il finit même par adopter la technique de l’homme invisible, espérant passer inaperçu.
Mais comment échapper à un rapace qui semble toujours repérer sa proie ?
Emma, une alliée pour reprendre confiance
Heureusement, le héros peut compter sur Emma Pique. Cette camarade de classe accepte ses particularités et ne se moque ni de ses mollets ni de son apparence. Elle-même possède des taches de rousseur et une manière bien à elle de prononcer certains sons, sans que cela ne fasse d’elle une cible.
Emma va surtout lui transmettre une idée essentielle : il est possible de répondre aux attaques autrement qu’en se laissant déstabiliser ou en cherchant à fuir.
Pour l’aider, elle lui offre un sac contenant un costume d’Indien, un arc et trois flèches. Mais attention, ces flèches ne sont pas empoisonnées ! Elles servent à se défendre, pas à envenimer les situations.
Commence alors un entraînement aussi amusant qu’inattendu. Avec Emma, le jeune garçon apprend à préparer ses réponses, à prendre confiance et à ne plus laisser Griffus décider de la manière dont il se perçoit.
Lorsqu’il finit par affronter son intimidateur, ses répliques décalées font mouche. Face aux provocations, il choisit notamment l’humour et l’autodérision pour déstabiliser celui qui cherchait à le blesser.
Peu à peu, le rapport de force change. Le héros ne devient pas quelqu’un d’autre : il apprend à rester lui-même, sans se laisser enfermer dans le rôle de la victime.
Des flèches pour désamorcer les moqueries
L’une des originalités de cet album réside dans son approche concrète des relations entre enfants. Au fil des pages, l’histoire présente plusieurs façons de répondre aux remarques désagréables.
Le lecteur découvre notamment cinq stratégies, regroupées dans un « mémo des flèches » :
- La flèche du boomerang : répondre sur le même ton, tout en restant poli.
- La flèche de la pirouette : faire comme si la remarque n’avait pas été entendue ou comprise, puis poursuivre tranquillement la conversation.
- La flèche du compliment : surprendre son interlocuteur avec un compliment sincère, plutôt que de réagir comme il s’y attend.
- La flèche de l’autodérision : pousser la remarque plus loin avec humour, pour montrer qu’elle n’a pas l’effet escompté.
- La flèche de la question : demander à l’autre d’expliquer sa remarque afin de l’amener à réfléchir à ce qu’il vient de dire.
Ces outils sont présentés avec légèreté, sans transformer le livre en manuel scolaire. L’humour occupe une place centrale, et les exemples donnent envie d’imaginer ses propres répliques.
L’ouvrage prolonge même cette démarche avec une série de réponses imaginées par des enfants et des adultes. À « T’es bizarre ! », l’un pourra rétorquer « Pas plus que ton miroir… », tandis qu’une autre répartie détourne la moquerie sur les vêtements avec une pointe d’ironie.
De quoi montrer qu’une remarque blessante n’impose pas nécessairement de répondre par la colère ou les larmes.
Il reste toutefois important de rappeler que ces stratégies ne constituent pas une solution universelle. Le harcèlement scolaire ne repose pas sur la seule capacité de l’enfant à trouver la bonne réplique. Lorsqu’une situation persiste ou devient inquiétante, le soutien des adultes demeure indispensable.
Des illustrations expressives et pleines de fantaisie
Les illustrations de Quentin Ketelaers accompagnent parfaitement le texte de Coralie Ramon. Les personnages sont expressifs, les situations parfois absurdes et les mises en scène donnent une dimension presque fantastique aux difficultés rencontrées dans la cour de récréation.
Le rapace devient une véritable figure de l’intimidation, tandis que les flèches colorées matérialisent les réponses que le héros apprend à construire. Cette représentation imagée permet aux jeunes lecteurs de mieux comprendre les mécanismes de la provocation et les différentes manières d’y réagir.
Le contraste entre la fragilité initiale du garçon et son évolution progressive apporte également une belle dynamique au récit. L’album ne cherche pas à effacer ses particularités, mais à lui permettre de les accepter et de les assumer.
Le ton reste accessible, tendre et volontiers impertinent. Les réparties font sourire, sans minimiser pour autant la souffrance que peuvent provoquer les humiliations répétées.
Un livre pour ouvrir le dialogue entre enfants et adultes
La postface d’Emmanuelle Piquet, spécialiste du harcèlement scolaire et de ses mécanismes relationnels, souligne l’importance des relations entre camarades dans la vie des enfants. Elle rappelle également que les solutions proposées spontanément par les adultes ne sont pas toujours efficaces et peuvent parfois aggraver les difficultés.
C’est précisément là que l’album trouve son intérêt : il se place à hauteur d’enfant et propose des pistes de réflexion accessibles, sans donner de leçon.
Parents, enseignants et professionnels de l’enfance pourront s’appuyer sur cette lecture pour aborder les moqueries, les différences, la confiance en soi et les relations parfois compliquées entre élèves. Lire l’histoire ensemble, discuter des répliques ou inventer de nouvelles flèches peut devenir un moyen ludique d’engager la conversation.
L’ouvrage propose également une chanson intitulée « Rapace, tu m’auras pas ! », ainsi qu’un accès à l’histoire audio, pour prolonger l’expérience au-delà de la lecture.
Notre avis
Avec Il y a un rapace dans ma classe, Coralie Ramon et Quentin Ketelaers signent un album jeunesse qui parvient à conjuguer un sujet sérieux avec une approche pleine d’humour. Derrière les répliques amusantes et les illustrations colorées se dessine une réflexion intéressante sur l’intimidation, l’affirmation de soi et la manière de ne pas laisser les autres définir notre valeur.
On apprécie particulièrement l’idée des flèches de résistance, qui donne aux enfants des images simples pour réfléchir à leurs réactions face aux provocations. Le personnage d’Emma apporte également une dimension essentielle au récit : celle du soutien, de l’amitié et de la possibilité de ne pas affronter seul une situation difficile.
L’album ne prétend pas résoudre à lui seul toutes les situations de harcèlement. Il offre néanmoins un point de départ pertinent pour en parler, réfléchir ensemble et envisager d’autres réponses que le silence ou la fuite.
Un album à découvrir pour aborder le harcèlement scolaire avec intelligence, humour et bienveillance, et rappeler aux enfants qu’ils ont le droit d’être eux-mêmes.
Informations pratiques
- Titre : Il y a un rapace dans ma classe
- Texte : Coralie Ramon
- Illustrations : Quentin Ketelaers
- Éditeur : Éditions Marmottons
- ISBN : 978-2-931310-04-5
- Dépôt légal : août 2026
- Thèmes : harcèlement scolaire, moqueries, confiance en soi, amitié, différence et affirmation de soi.
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En complément : une chanson et une histoire audio sont proposées autour de l’album.
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