En France, rire des puissants est devenu un sport à risque. En trente ans, les humoristes les plus libres de la télévision et de la radio ont été méthodiquement neutralisés, marginalisés, censurés, voire virés.
Cette enquête d’Off Investigation, média indépendant fondé par Jean-Baptiste Rivoire, ancien rédacteur en chef adjoint de l’émission Spécial Investigation de Canal+, est une démonstration implacable que l’humour en France vit ses dernières heures de liberté d’expression. Un constat amer au vu des bouleversements médiatiques dont nous avons tous été témoins et que nous avons ignorés, considérant que la satire politique est un droit indéfectible au bon fonctionnement de notre démocratie.

« Je ne sais pas si ce film aura un impact direct sur le débat politique, mais j’espère qu’il contribuera à rendre visible une dynamique inquiétante qui passe parfois sous les radars. » L’inquiétude de Mila Branco, co-autrice de Fini de Rire, s’explique par les mécanismes de censure qui aseptisent l’humour transgressif depuis 20 ans.
De l’éviction de Stéphane Guillon de France Inter en 2010, au rachat d’UGC par Canal+ prévu en 2028, Fini de rire décrypte la collusion entre les politiques et les grands groupes industriels pour contrôler le rire. Un capitalisme de la barbichette, comme le décrit Laurent Mauduit, journaliste cofondateur de Mediapart : « Tu me tiens, je te tiens, et on va se rendre des services mutuels. »
Cette nébuleuse de clowns en col blanc, qui démantèle la liberté d’expression au profit de recettes publicitaires, conditionne les fractures de notre pays. Quand le bouffon devient trop raisonnable, chacun se réfugie dans sa paroisse du rire. L’humour se radicalise, toute blague devient conflictuelle, et la bien-pensance endort l’esprit critique.
Le plus bel exemple étant la reprise en main de l’esprit Canal par Vincent Bolloré et sa définition de l’humour en 2015 : « Je trouve que se moquer de soi-même, c’est bien. Se moquer des autres, c’est moins bien. »
« Lorsque l’on rit ensemble, on fait communauté. Et lorsque l’on ridiculise un puissant, on soude cette communauté contre lui. C’est pourquoi nos clowns préférés font tant peur aux politiques. », selon Matéo Larroque, co-auteur de Fini de Rire. Certaines vérités ne prêtent pas à sourire.
Pour autant, cette enquête donne l’espoir d’un sursaut citoyen. L’humour de demain sera mieux qu’avant, si on se marre ensemble.
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Fini de rire, en salle le 23 septembre 2026
De Jean-Baptiste Rivoire
Réalisé par Matéo Larroque, Clara Menais et Mila Branco
1h37
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