Et si, pour survivre à la fin du monde, l’humanité devait accepter de vivre enfermée dans une immense tour ? Avec La Tour, Jan Kounen, Omar Ladgham et leurs dessinateurs plongent les lecteurs dans un univers de science-fiction sombre, où la peur de l’extérieur se mêle aux conflits générationnels, aux dérives technologiques et à la quête de liberté. Une série de bande dessinée qui interroge autant notre avenir que notre présent.
Un monde dévasté, une humanité confinée
Bruxelles, 2042. Trente ans plus tôt, une bactérie mortelle a décimé la quasi-totalité de la population mondiale. Il ne reste plus que 2 746 survivants, contraints de se regrouper dans une immense tour pour échapper à la contamination.
Dans cet univers post-apocalyptique, la survie repose sur une organisation sociale stricte. Les habitants vivent sous la surveillance de Newton, une intelligence artificielle chargée de gérer une grande partie de leur quotidien.
Deux groupes cohabitent dans cet espace vertical : les « Anciens », qui ont connu le monde d’avant, et les « Intras », nés à l’intérieur de la tour. Les premiers conservent la mémoire d’une époque où l’humanité pouvait encore circuler librement. Les seconds n’ont jamais connu cette liberté et commencent à remettre en question les règles imposées par leurs aînés.
Au cœur de ce système, Aatami, jeune membre du groupe des chasseurs, dispose d’un privilège rare : sortir de la tour pour traquer du gibier dans les rues désertées de Bruxelles, où la nature reprend progressivement ses droits.
Mais ces sorties limitées ne lui suffisent pas. Derrière son calme apparent, Aatami nourrit un désir plus profond : découvrir ce qui se cache au-delà des murs et comprendre ce qu’il reste réellement du monde.
Une société divisée entre protection et enfermement
La grande force de La Tour réside dans son concept. Ce qui devait constituer un refuge contre une menace extérieure est progressivement devenu un espace de contrôle, de frustrations et de tensions.
La tour protège ses habitants, mais elle limite également leurs perspectives. Les inégalités entre les résidents, les différences de conditions de vie et les restrictions imposées par le système alimentent un mécontentement grandissant.
Le conflit entre les Anciens et les Intras donne à l’histoire une dimension particulièrement intéressante. Les premiers veulent préserver l’organisation qui a permis à l’humanité de survivre. Les seconds refusent de voir leur avenir défini par une génération qui a connu un monde auquel ils n’auront peut-être jamais accès.
Cette opposition dépasse le simple affrontement entre générations. Elle pose une question essentielle : jusqu’où peut-on restreindre la liberté individuelle au nom de la sécurité collective ?
À travers cette société confinée, la bande dessinée développe une réflexion sur le pouvoir, la peur et la manière dont une communauté peut progressivement accepter des contraintes au nom de sa propre survie.
Aatami, un héros en quête d’horizon
Aatami constitue l’un des moteurs de cette intrigue. Jeune chasseur, il appartient à une génération qui n’a jamais connu le monde d’avant, mais qui refuse de considérer la tour comme l’unique horizon possible.
Son désir d’exploration fait avancer le récit et ouvre la porte à de nouvelles interrogations. Que reste-t-il de la civilisation ? La nature a-t-elle réellement repris ses droits ? Et l’extérieur représente-t-il uniquement un danger, ou pourrait-il aussi offrir une possibilité de renaissance ?
Dans le deuxième tome, son départ pour une expédition au-delà des terres dévastées marque une étape importante. Coupé de Newton, il doit affronter seul un environnement dont il ignore presque tout.
En parallèle, les tensions internes s’intensifient. La destruction de la serre, seul espace vert essentiel à l’équilibre de la communauté, fragilise davantage la société et attise les rivalités.
Le récit alterne ainsi entre aventure, conflits politiques et exploration d’un monde transformé, maintenant une tension qui dépasse la seule question de la survie physique.
L’intelligence artificielle au cœur des interrogations
Newton occupe une place centrale dans l’univers de La Tour. Cette intelligence artificielle assure une partie de la gestion de la communauté et participe au maintien de l’ordre.
Mais la relation entre les humains et cette technologie soulève des questions complexes. Une IA chargée de protéger une population peut-elle réellement comprendre ses besoins ? La sécurité justifie-t-elle une surveillance permanente ? Et que se passe-t-il lorsque le système censé garantir la stabilité devient lui-même une source de tension ?
Au fil de la série, les rapports entre technologie, pouvoir et autonomie prennent une importance croissante. L’intelligence artificielle n’est pas simplement un outil : elle participe à l’organisation d’une société dont les habitants cherchent progressivement à reprendre le contrôle.
Ces interrogations donnent à la bande dessinée une résonance contemporaine. À l’heure où les technologies occupent une place grandissante dans nos vies, La Tour invite à réfléchir aux limites du contrôle automatisé et à la place que nous souhaitons accorder aux machines dans nos décisions.
Un troisième tome qui ouvre la voie à un nouvel espoir
Paru le 13 mai 2026 chez Glénat, le troisième tome poursuit cette histoire dans un contexte où les tensions atteignent leur paroxysme.
Alors que beaucoup le croyaient mort, Aatami réapparaît au cœur d’une forêt consciente, protégé par Marie, une intelligence artificielle aux motivations ambiguës. Immunisé contre la bactérie, il pourrait représenter l’espoir d’une nouvelle humanité.
Cette révélation bouleverse les équilibres établis. Ingrid, éprouvée par la disparition d’Aatami, refuse d’intervenir pour rétablir l’ordre, tandis que Caem prépare une contre-révolution. Les alliances se fragilisent et les ambitions individuelles menacent de faire basculer l’ensemble du système.
La forêt, loin d’être un simple décor, devient alors un élément mystérieux de l’intrigue. Elle ouvre de nouvelles perspectives et remet en question ce que les survivants croyaient savoir du monde extérieur.
Ce troisième volume prolonge les interrogations des précédents albums tout en donnant une nouvelle ampleur aux enjeux de la série : survivre ne suffit plus, encore faut-il savoir quel monde reconstruire.
Une bande dessinée entre anticipation et réflexion sociale
Au scénario, Jan Kounen et Omar Ladgham construisent un univers où les enjeux environnementaux, les conflits générationnels et les questions technologiques se croisent.
Jan Kounen, connu notamment pour son travail de réalisateur, apporte à ce projet une approche visuelle et narrative qui se prête particulièrement bien à la science-fiction. Les dessins de Mr Fab sur les deux premiers tomes, puis ceux de Salvo sur le troisième, contribuent à donner une identité graphique à cet univers dystopique.
La verticalité de la tour devient un symbole puissant : elle matérialise les différences sociales, l’enfermement et la difficulté de se projeter dans un avenir commun. À l’opposé, les espaces extérieurs et la nature représentent l’inconnu, mais aussi la possibilité d’une autre organisation du monde.
L’ensemble s’inscrit dans la tradition des récits d’anticipation qui utilisent un futur imaginaire pour questionner les mécanismes de nos sociétés actuelles.
Notre avis : une série qui invite à regarder au-delà des murs
Avec La Tour, Jan Kounen, Omar Ladgham et leurs collaborateurs proposent une bande dessinée de science-fiction qui ne se limite pas à un récit de survie post-apocalyptique.
Derrière son concept spectaculaire, la série aborde des thèmes universels : le besoin de liberté, la peur du changement, les rapports de pouvoir et la difficulté de faire cohabiter plusieurs visions de l’avenir.
Son univers pose également une question qui traverse les trois tomes : lorsqu’une société est bâtie sur la peur, peut-elle encore offrir un avenir à ceux qui y grandissent ?
Les amateurs de dystopies, d’intelligence artificielle et de récits d’anticipation trouveront dans cette série matière à réflexion, au fil d’une intrigue où les frontières entre refuge et prison deviennent de plus en plus floues.
Car, au fond, le véritable enjeu de La Tour n’est peut-être pas seulement de survivre à la fin du monde, mais de retrouver la liberté d’en imaginer un autre.
Informations pratiques
La Tour – Tome 1
- Scénario : Jan Kounen et Omar Ladgham
- Dessin : Mr Fab
- Éditeur : Glénat, collection Comix Buro
- Parution : 9 juin 2021
- 64 pages
- Prix indicatif : 14,95 €
La Tour – Tome 2
- Scénario : Jan Kounen et Omar Ladgham
- Dessin : Mr Fab
- Éditeur : Glénat, collection Comix Buro
- Parution : 14 septembre 2022
- 64 pages
- Prix indicatif : 15,50 €
La Tour – Tome 3
- Scénario : Jan Kounen et Omar Ladgham
- Dessin : Salvo
- Éditeur : Glénat, collection Comix Buro
- Parution : 13 mai 2026
- 64 pages
-
Prix indicatif : 16 €
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