Hamlet à l’Opéra Bastille : Krzysztof Warlikowski plonge l’oeuvre de Shakespeare dans les labyrinthes de la folie !

À l’Opéra Bastille, la production d’Hamlet mise en scène par Krzysztof Warlikowski en 2023 revient à l’affiche. Dans un décor d’asile des années 1940, le metteur en scène renverse la chronologie du récit et transforme le drame en plongée dans les souvenirs, les obsessions et les blessures intimes du prince de Danemark. Une reprise portée par une distribution de haut vol, avec John Osborn, Adela Zaharia, Clémentine Margaine et Jean Teitgen.

Photo@Bernd Uhlig Opera national de paris Hamlet 

 Krzysztof Warlikowski est l’une des figures majeures du théâtre européen contemporain. Metteur en scène de théâtre, d’opéra et également présent dans le champ du cinéma, il appartient à cette génération de créateurs qui ont profondément renouvelé le langage scénique en Europe. Depuis sa révélation en France avec Hamlet, présenté au Festival d’Avignon en 2001, il n’a cessé d’explorer les grandes œuvres du répertoire à travers une approche où théâtre, cinéma et analyse des personnages se répondent. Extrêmement actif dans le domaine lyrique, il est depuis plus de vingt ans un artiste familier de l’Opéra national de Paris. Il y a notamment signé L’Affaire Makropoulos en 2007, Parsifal en 2008, Le Roi Roger en 2009, Don Carlos en 2017, Don Carlo en 2019, Lady Macbeth de Mzensk la même année et A Quiet Place en 2022, avant de présenter sa mise en scène d’Hamlet en 2023. Cette reprise à Bastille prolonge ainsi une histoire personnelle avec le personnage de Shakespeare. (Opéra national de Paris)

 Pour les Anglais, Shakespeare est une figure tutélaire comparable à ce que représentent Pouchkine pour les Russes, Dante pour les Italiens ou Goethe pour les Allemands. Parmi ses œuvres les plus célèbres, Hamlet occupe une place singulière : le meurtre du père, le fantôme, le désir de vengeance, l’amour impossible avec Ophélie et, surtout, les interrogations existentielles du prince de Danemark ont nourri des générations de lecteurs, de metteurs en scène et de cinéastes. Au XIXe siècle, le théâtre de Shakespeare devient une source d’inspiration majeure pour les compositeurs européens. Ambroise Thomas choisit à son tour Hamlet. Sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré, inspiré de l’adaptation française de Shakespeare par Alexandre Dumas et François-Paul Meurice, son opéra est créé le 9 mars 1868 à l’Opéra de Paris, alors Académie impériale de Musique. L’ouvrage connaît immédiatement un immense succès.

Ambroise Thomas reprend les grandes conventions du grand opéra français : cinq actes, orchestre imposant, chœurs, ballet et spectaculaire déploiement scénique. Mais il privilégie aussi le drame individuel et les tourments intérieurs de son héros. Sa musique accompagne au plus près les personnages et cherche une continuité entre les airs, les récitatifs et les scènes. La partition se distingue également par la présence de deux solos de saxophone, instrument encore inhabituel dans la fosse d’un opéra à cette époque.

Photo@Bernd Uhlig Opera national de paris Hamlet 

 Pour cette production, Warlikowski aborde Hamlet comme une pièce de théâtre. Il met l’accent sur les tensions familiales, les blessures anciennes et les mécanismes qui conduisent le prince à rejouer sans cesse les mêmes événements. L’action est déplacée vers les années 1940 où la cour d’Elseneur devient un asile. Hamlet y apparaît comme un homme enfermé depuis vingt ans dans ses souvenirs et ses obsessions. Mais Warlikowski conserve le contenu du livret tout en renversant sa narration classique : ce n’est plus le premier acte qui entraîne les suivants, mais bien l’inverse. Le meurtre du père et le remariage de Gertrude avec Claudius deviennent ainsi les traumatismes fondateurs qui ont précipité Hamlet dans une folie vengeresse. Depuis l’asile, il revit inlassablement les événements qui ont bouleversé son existence. Le passé n’est plus un simple souvenir : il devient une réalité qui recommence.  La mise en scène fonctionne alors comme une vaste boucle. Le dernier acte reprend la scénographie du premier et permet à Hamlet de se confronter aux obsessions qui le poursuivent depuis deux décennies : le mariage de sa mère avec son oncle et la disparition d’Ophélie. La frontière entre présent et passé, réalité et hallucination, devient progressivement poreuse.

Cette lecture met au premier plan le rapport au père, le lien à la mère et la difficulté de se libérer d’une histoire familiale qui continue de déterminer chaque geste. La question centrale devient alors celle d’un homme incapable de sortir du scénario qui l’a construit. Cette approche s’appuie sur l’univers scénique de Małgorzata Szczęśniak, fidèle collaboratrice de Warlikowski. Les décors dessinent un espace à la fois réaliste et mental, où l’asile devient le lieu concret du drame autant qu’un espace de représentation. Les costumes, également signés Szczęśniak, jouent sur les silhouettes et les codes des différentes époques, avec un travail particulièrement marqué dans le dernier acte. Les lumières de Felice Ross prolongent cette atmosphère entre rêve, souvenir et cauchemar, tandis que les vidéos de Denis Guéguin participent à cette mise en abyme permanente. La chorégraphie de Claude Bardouil et Sophie Laplane, enfin, donne aux mouvements collectifs une place importante dans ce spectacle où les chœurs deviennent parfois autant des personnages que des figures surgies de l’inconscient.

Photo@Bernd Uhlig Opera national de paris Hamlet 

 Pour cette reprise, l’Opéra national de Paris réunit une distribution particulièrement solide. John Osborn reprend le rôle d’Hamlet, tenu par Ludovic Tézier lors de la création de la production en 2023. Le ténor américain aborde ainsi un rôle qui, dans cette nouvelle version, est donné pour ténor alors qu’il avait été composé à l’origine pour baryton. (Opéra national de Paris). À ses côtés, Adela Zaharia incarne Ophélie, dont le parcours constitue l’un des moments les plus spectaculaires de l’ouvrage. Clémentine Margaine reprend le rôle de Gertrude, créé dans cette production par Ève-Maud Hubeaux, tandis que Jean Teitgen, déjà présent en Claudius lors de la création de 2023, retrouve le roi du Danemark. (Opéra national de Paris)

La distribution est complétée par Julien Henric en Laërte, Laurent Naouri dans le rôle du Spectre du roi défunt, Manase Latu en Marcellus, Vartan Gabrielian en Horatio, André Heyboer en Polonius, Morgan-Andrew King en premier fossoyeur et Bergsvein Toverud en deuxième fossoyeur. Les Chœurs de l’Opéra national de Paris, préparés par Ching-Lien Wu, occupent eux aussi une place essentielle dans cette fresque lyrique, avec un chant puissant et intensément dramatique. À la tête de l’Orchestre de l’Opéra national de Paris, Michael Schønwandt retrouve une maison qu’il connaît bien. Né à Copenhague en 1953, le chef danois mène depuis plusieurs décennies une carrière internationale entre opéra et répertoire symphonique. Il a notamment dirigé à Paris Alceste, Salomé, Macbeth, Elektra, Lulu, Wozzeck et Falstaff. (Opéra national de Paris)

 Avec cette reprise d’Hamlet, Krzysztof Warlikowski retrouve donc une œuvre qui accompagne son parcours depuis plus de vingt-cinq ans. En faisant de l’asile le point de départ d’un récit construit en boucle, il propose une lecture où les personnages restent confrontés aux conséquences de leurs actes et aux liens qui les enferment. Une production où la musique d’Ambroise Thomas, la puissance des voix et l’imaginaire scénique se rencontrent pour faire de Hamlet une nouvelle fois un succès annoncé.

Jean-Christophe Mary

Musique

Ambroise Thomas

(1811-1896)

Livret

Jules Barbier et Michel Carré

D’après

William Shakespeare

Hamlet

Direction musicale : Michael Schønwandt

Mise en scène : Krzysztof Warlikowski

Décors et costumes : Matgorzata Szczesniak :

Lumières : Felice Ross

Vidéo : Denis Guéguin

Chorégraphie : Claude Bardouil : Sophie Laplane

Dramaturgie : Christian Longchamp

Cheffe des Chœurs : Ching-Lien Wu

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

 

Distribution

 

Hamlet : John Osborn

Ophélie : Adela Zaharia

Gertrude : Clémentine Margaine

Claudius : Jean Teitgen

Laerte : Julien Henric

Le Spectre du roi défunt : Laurent Naouri

Marcellus : Manase Latu

Horatio : Vartan Gabrielian

Polonius : André Heyboer

Premier fossoyeur : Morgan-Andrew King

Deuxième fossoyeur : Bergsvein Toverud

 

Opéra Bastille

Première 18 sept. 2026

21, 24, 27, 30 sept. 2026

3, 6, 9 oct. 2026

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