Le Mohican – Quand la terre devient un champ de bataille

Il y a des films qui bousculent, qui nous happent dans un combat plus grand que nous. Le Mohican, de Frédéric Farrucci, en fait partie. Ce thriller rural et politique, ancré dans les sublimes paysages corses, suit Joseph, un berger réfractaire, solitaire, et dernier résistant à un vaste projet immobilier mafieux. Une traque haletante, une lutte existentielle, et une Corse à la beauté brute où le silence est parfois plus éloquent que les mots. Porté par un Alexis Manenti habité et une mise en scène sans concession, le film oscille entre drame social et thriller haletant.

Le Mohican Frederic Farrucci

Un territoire en mutation, une identité en péril

Dès l’ouverture, le film plante le décor : ces terres de bord de mer n’ont « aucune valeur », du moins aux yeux de ceux qui voudraient les raser au profit d’un projet immobilier de grande envergure. Joseph, berger solitaire campé par Alexis Manenti, est une anomalie dans ce paysage. Là où tous les autres mènent leurs troupeaux en montagne, lui reste fidèle aux terres du littoral, malgré les pressions de plus en plus fortes pour qu’il vende. « On dit pas non à ces gens-là », lui souffle-t-on.

Ce personnage trouve une résonance directe avec le réel. Frédéric Farrucci s’est inspiré d’un berger corse, Joseph Terrazzoni, rencontré lors d’un tournage documentaire. Celui-ci exprimait son sentiment d’isolement croissant et la peur de voir son métier disparaître sous la pression immobilière. Ce constat nourrit le cœur du film : Le Mohican n’est pas juste un thriller, c’est aussi une réflexion sur la dépossession d’un territoire et la disparition d’un mode de vie.

Une lutte inégale contre la mafia et les promoteurs

Quand Michel Battesti, un promoteur aux méthodes douteuses, insiste pour racheter ses terres, Joseph refuse. Un refus qui va déclencher une spirale infernale. Un coup de trop, une pulsion incontrôlée, et Battesti est tué. Joseph devient alors un homme traqué, non seulement par la police, mais aussi par ceux qui voyaient en lui un obstacle à leurs projets.

Farrucci inscrit ici son récit dans une tradition corse bien ancrée : celle d’une population politisée dès son plus jeune âge. Comme il le souligne lui-même, en Corse, « on est un animal politique très tôt », car la question de la terre et de l’identité y est omniprésente. Le film illustre cette tension permanente entre attachement aux racines et forces économiques prêtes à tout écraser sur leur passage.

Alexis Manenti et Mara Taquin, un duo de résistants

C’est Alexis Manenti qui prête ses traits à Joseph, livrant une interprétation magistrale, toute en retenue. Révélé dans Les Misérables de Ladj Ly, il incarne avec une sobriété saisissante cet homme qui refuse de plier. Une performance brute, presque animale, qui donne toute sa puissance au film.

Le Mohican Alexis Manenti

Face à lui, Mara Taquin incarne Vannina, sa nièce, qui refuse de voir disparaître l’héritage familial. Elle ne se contente pas de reprendre le troupeau : elle mène aussi une bataille médiatique, exposant la vérité sur les réseaux sociaux et déclenchant une vague d’indignation. Son enquête numérique donne une modernité inattendue à cette lutte ancestrale.

Le Mohican Mara Taquin

Une mise en scène brute et immersive

La réalisation de Farrucci frappe par son minimalisme percutant. Pas d’effets superflus, mais une caméra qui épouse la fuite désespérée de Joseph. Les plans fixes sur les routes désertes, les paysages corses sublimés mais menaçants, les longues pauses où le silence en dit plus que les mots… Tout participe à une immersion totale dans l’angoisse grandissante du personnage.

Une fin ouverte, une révolte silencieuse

Pas de résolution nette, pas de justice rendue : Le Mohican se termine comme un instant figé dans la lutte. On ne sait pas ce que deviendra Joseph, ni si son combat aura servi à quelque chose. Cette absence de conclusion renforce le sentiment d’urgence du film. Ce n’est pas qu’une histoire de fiction, c’est un fragment d’une réalité bien tangible, en Corse comme ailleurs.

Avec Alexis Manenti en force silencieuse et Mara Taquin en relève percutante, le film évite tout héroïsme surfait et nous plonge dans une réalité âpre et captivante. Un film qui ne donne pas toutes les réponses, mais laisse une trace indélébile. Parce qu’au fond, il y aura toujours un dernier Mohican pour dire non.

À découvrir au cinéma Comoedia (Lyon) et partout en France.

Bande-annonce :

A propos Victoria MARION

Rédactrice littérature, gastronomie, mode, high tech, jeux de société et tourisme/voyage.

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