Le week-end dernier s’est tenue à Nice la première édition du WAIFF (World Artificial Intelligence Film Festival). Cet événement, porté par le Département des Alpes-Maritimes, a attiré un public nombreux désireux de découvrir des courts-métrages conçus avec l’aide de l’intelligence artificielle. Un véritable succès puisque plus de mille films venus de cinquante-trois pays ont présenté leur candidature à cette première édition. La comédienne,réalisatrice et productrice Julie Gayet a pris très à cœur sa fonction de membre du jury aux côtés notamment de Thomas Bidegain et d’Alexia Laroche-Joubert. Nous l’avons rencontrée sur la terrasse de l’Hôtel Aston, avant que le jury ne dévoile son palmarès au Pathé Gare du Sud.
France Net Infos : En tant qu’actrice et productrice, vous avez participé à plein de festivals depuis le début de votre carrière. Pourquoi avez-vous eu envie de faire partie du jury de la première édition du WAIFF ?
Julie Gayet : C’est vraiment très précurseur, très nouveau, ça n’existait pas jusqu’à présent. Le cinéma, c’est des nouvelles technologies aussi. On en a connu des révolutions en plusieurs années ! Et puis, il y a aussi la question de l’éthique, du droit d’auteur. En tout cas, moi, c’est vraiment ça qui m’a attirée. Comment on pourrait avoir une IA, avec des valeurs éthiques et responsables ? Qu’est-ce qu’on pourrait faire ? La France a toujours eu une position très en avance sur cette idée d’exception culturelle. On peut faire des lois différentes pour protéger la culture, les créateurs, les auteurs et le cinéma.
France Net Infos : Selon vous, l’IA ne doit pas être perçue comme une menace mais comme un outil…
Julie Gayet : Plutôt que d’être dans la peur, il vaut mieux essayer de comprendre, essayer de s’y intéresser si on veut voir ce qu’on peut en faire. Moi, j’ai toujours été curieuse : je vais dans des festivals, j’aime voir des films, j’aime découvrir de nouvelles choses, avoir un regard nouveau sur le monde. Les nouvelles technologies nous permettent aussi d’avoir un nouveau regard sur le monde, qui est différent. Ce qui m’intéresse aussi, c’est de comprendre comment l’IA peut être un outil pour la fiction.
France Net Infos : Vous êtes membre du jury du WAIFF. A quoi allez-vous être sensible plus particulièrement quand vous allez regarder ces films en compétition conçus entièrement avec l’IA ?
Julie Gayet : Je trouve important de montrer qu’il y a des femmes qui s’intéressent à ces sujets. Toutes les femmes, de tous les âges, peuvent avoir un autre point de vue, une autre façon de s’occuper de l’IA, de le gérer. Donc je trouve important d’être là, d’avoir cette représentation-là. Et puis, en tant que comédienne, toujours sur la problématique des femmes, je vois bien qu’il y a une volonté maintenant de toujours tout nettoyer, dans un souci de perfection. Alors que moi, je ne suis pas du tout pour la perfection ! Je pense que « Nobody’s perfect », la réplique finale du film de Billy Wilder, Certains l’aiment chaud, résume tout ! C’est hyper important les défauts et le fait de ne pas être parfaite. Pourquoi vouloir effacer la première petite ride, vouloir tout rendre aseptique et complètement lisse, avec des filtres ? Donc, avant de regarder des films conçus avec l’IA, je vais me poser ces questions-là : est-ce qu’il y aura des filtres? Est-ce que la façon dont les acteurs sont représentés va ressembler à ce qu’on voit dans des jeux vidéos ? Ou est-ce qu’on peut arriver à faire un mélange des deux, c’est-à-dire à garder ce grain, cette chose qui fait de nous des êtres humains imparfaits ? Je suis très curieuse de voir ça !
France Net Infos : Adrien Brody a remporté l’Oscar pour le film The Brutalist mais il n’a pas échappé à une polémique parce que l’IA a été utilisée pour modifier son accent…
Julie Gayet : Là, l’IA a été un formidable outil. Pourquoi ne pas utiliser des outils pour nous aider ? Même si on prend des cours pendant des mois, l’IA va permettre que l’accent soit vraiment parfait. C’est très bien ! Là, c’est juste une rectification du son pour rendre l’accent. Ça n’empêche pas le jeu. En tant que comédiens, il y a des petites choses qu’on utilise que les spectateurs ne voient pas. On triche. Pour un film de cinéma, vous ne mettez pas un acteur sur une pente, sur une piste noire, sans qu’il soit protégé. On ne met pas en danger les acteurs. Tout est pour de faux. Le cinéma, c’est pour de faux et c’est ça qui est fabuleux aussi ! C’est une représentation, c’est une émotion. Et c’est ce qu’on aime dans le cinéma !
France Net Infos : Le Festival de Cannes va débuter dans quelques jours. Pensez-vous que des débats, des tables rondes autour de la question de l’IA aient leurs places dans des événements de cette envergure ?
Julie Gayet : Il y en avait, l’année dernière, justement, initié par TechCannes. Les débats sont nécessaires. Il y a eu des grèves très importantes autour de cette thématique, parce qu’il n’y a pas que les sujets éthiques, il y a aussi le sujet des salaires, et du travail que ça remplace.
Les jeunes sont abreuvés d’images sur les réseaux sociaux. Certaines sont trafiquées, détournées. C’est pour cette raison que je trouve que l’éducation à l’image à l’école devient une urgence. De même que je trouve urgente l’importance du pass culture, de la part collective pour les écoles, pour pouvoir emmener les élèves au cinéma. Il faut être accompagné pour comprendre la manipulation de l’image dans la période dans laquelle nous vivons.
France Net Infos : Le mois dernier, France 2 a diffusé Olympe, une femme dans la Révolution, que vous avez réalisé. Avez-vous encore des projets de réalisation ?
Julie Gayet : Je vais co-réaliser avec Mathieu Busson un film sur Louise Michel. On connaît peu l’histoire de cette femme. Elle faisait partie de ces statues en or qui sortaient de la Seine à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Je pense que les Français devraient tous la connaître. C’est bien de mettre un peu ces femmes-là sur le devant de la scène !
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