Avec Mortépi ,Vilain Goret, publié aux Éditions Les Humanoïdes Associés depuis le 1er avril 2026, Florian Breuil signe un premier récit sombre, presque dérangeant, où l’amitié se fissure au contact de l’échec, de l’ego et d’un besoin viscéral d’exister… quitte à disparaître pour y parvenir.
Dans un monde noyé sous les eaux, où quelques îlots de béton servent encore de refuges précaires, deux artistes tentent de donner un sens à leur existence à travers leur création… et surtout d’atteindre cette reconnaissance qui leur échappe.

Le décor
L’eau. Partout…
Elle a englouti la ville de Porte-Béton, ne laissant que des structures à moitié vivantes, comme des squelettes de béton plantés au milieu du vide. Quelques survivants s’accrochent à ces restes, transformés en îlots suspendus entre deux mondes.
C’est là que Mortépi évolue. Sur un des ilots aujourd’hui, la caméra est braquée sur lui. Il tente encore d’y croire, parle de ses projets, de ce livre qu’il n’arrive pas à faire exister… comme si le simple fait de le dire à voix haute pouvait suffire à le rendre réel !
Un peu plus tard, une fois rentré en ville, il rencontre Niehling. Ami de toujours… ou du moins, c’est ce qu’il reste de cette relation. Lui aussi artiste, lui aussi en attente, mais quelque chose cloche. Il est distant, une irritation presque silencieuse face aux discussions désespérées de Mortépi.
Et puis il y a cette idée. Brutale. Presque froide. Se donner la mort pour donner naissance à son œuvre. Sur un pont encore debout, au-dessus de cette mer de ruines, Mortépi fait son choix. Il confie son manuscrit à celui en qui il croit encore. Et il saute, persuadé que ce geste fera enfin de lui un artiste reconnu.
Sauf que rien ne se passe comme prévu. Son œuvre ne s’élève pas. Elle coule. Littéralement …

Le point sur la BD
Florian Breuil explore le sujet assez frontal de la quête de reconnaissance artistique poussée jusqu’à l’absurde, pour sa première création en tant qu’auteur complet !
Avec Mortépi, proposé aux Éditions Les Humanoïdes Associés, on suit un personnage profondément humain dans ses failles, malgré son apparence anthropomorphe. Ce cochon rouge, presque grotesque au premier regard, devient peu à peu le miroir d’une détresse bien réelle : celle de ne pas être vu, pas entendu, pas reconnu.
Le récit joue volontairement avec la temporalité, où s’entremêlent passé, présent, futur, sans toujours chercher à être compréhensible immédiatement. Ça peut perdre, clairement. Mais ça participe aussi à cette sensation de vertige, comme si on était coincé dans la tête de quelqu’un qui se noie… lentement. Comme la ville !
Et puis il y a cette ironie cruelle. Pendant que Mortépi s’efface pour que son œuvre existe, c’est Niehling qui, dans l’ombre, semble accéder à cette reconnaissance tant désirée. Une trahison silencieuse … et du coup encore plus violente !
Graphiquement, la BD impose ! Le trait oscille entre réalisme brut et déformation organique. Les visages, humains ou non, sont souvent figés, fatigués, comme vidés de quelque chose. On plonge dans un malaise total. On est à la limite du cauchemar !
À l’inverse, d’autres scènes, notamment celles dans les décors immergés, jouent avec une lumière diffuse presque apaisante, représentant ce monde devenu silencieux, étouffé sous l’eau.
On a un contraste fort entre le calme apparent des décors noyés et la violence intérieure des personnages ! Deux questions restent suspendues : « Qu’as-tu fait de ta vie ? Qu’as tu fais de tes amis ? »

Conclusion
Mortépi, aux Éditions Les Humanoïdes Associés, propose une œuvre imparfaite, mais profondément habitée. C’est lourd, oui. Mais ça a le mérite d’aller au bout de son idée : questionner la valeur de l’art, de l’amitié, la reconnaissance, et cette envie presque maladive de laisser une trace.
Et quelque part, ça met mal à l’aise pour la bonne raison que ça vient toucher un truc très réel…cette peur de créer dans le vide. Une lecture qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui laisse une empreinte réflexive, et visuellement trés travaillée !
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