Charles Berling au Festival de Tragédies de Nice avec “Calek” : interview

Après Phèdre et Hélène après la chute, le Festival de Tragédies de Nice se poursuit aux arènes de Cimiez. Vendredi 28 juin, pas de héros de l’Antiquité ou de tragédies raciniennes mais le témoignage d’un homme, emporté avec sa famille dans la tragédie de la Shoah. Charles Berling, seul sur scène, face au public, lira des extraits des Mémoires de Calek Perechodnik : un texte extrêmement poignant qu’il a mis en scène pour la première fois il y a une dizaine d’années. Il l’a souvent lu, dans des lieux différents. Toujours avec la même émotion.  Dans les Arènes de Cimiez, les mots de ce Juif Polonais, déporté dans le ghetto de Varsovie avec sa femme et sa fille auxquelles il survivra, résonneront avec force. Un témoignage insoutenable mais nécessaire à notre mémoire collective. Quelques jours avant qu’il ne vienne à Nice pour le Festival de Tragédies, Charles Berling nous a accordé une interview. Il était alors à Paris, en plein tournage du dernier film de Ged Marlon avec notamment Thierry Lhermitte et François Berléand. 

France Net Infos : Comment avez-vous eu connaissance des Mémoires de Calek Perechodnik ?

Charles Berling : J’ai travaillé avec Robert Badinter sur le téléfilm “L’Abolition”. Nous sommes restés en contact et un jour il m’a donné ce texte de Calek Perechodnik, me suggérant de le faire au théâtre. Il me disait que les gens, et surtout les jeunes, étaient en train de perdre la réalité de la Shoah. Ce texte raconte le processus génocidaire de façon très concrète.  Robert Badinter me disait qu’il fallait raconter l’histoire de ces gens ordinaires. Calek n’est pas un héros ; il s’est retrouvé dans cette situation et il a été manipulé. Quand quelqu’un de la trempe de Robert Badinter vous demande de porter ce texte au théâtre, vous le faites !

France Net Infos : Comment avez-vous procédé pour adapter ce texte au théâtre ?

Charles Berling : Avec Sylvie Ballul et Paul Zawadzki, un traducteur polonais, on a sélectionné une trentaine de pages racontant le calvaire qu’a vécu Calek avec sa famille. On a choisi les passages les plus factuels. J’ai appris alors le texte, mais, face à un récit de cette nature, je ne me suis pas résolu à le jouer dans un décor et j’ai décidé de faire plutôt une lecture. Je me suis fait un point d’honneur à être juste le passeur de ce texte. A la fin de ses Mémoires, Calek Perechodnik a écrit que ce texte serait sa seule vengeance contre les nazis. Il s’était dit dit que si le Polonais à qui allait donner son journal le jetait à la poubelle, les nazis auraient réussi leur plan et il n’y aurait pas de trace de l’existence de sa famille. Chaque fois que je joue ce texte, je demande à ce qu’un maximum de jeunes soient dans la salle. Il m’est impossible de le jouer une semaine de suite. C’est compliqué mais c’est un devoir envers ces fantômes. Nous sommes face à l’horreur humaine, face à quelque chose qui n’est pas imaginable. Dans le texte, Calek passe son temps à écrire qu’il est coupable, qu’il n’a pas réussi à sauver sa famille. Ce sentiment de culpabilité est la chose la plus horrible qui soit.

France Net Infos : C’est un texte que vous avez adapté et mis en scène il y a une dizaine d’années et que vous continuez à  jouer…

Charles Berling : Il m’accompagnera toujours. Le théâtre est l’art de rendre présent les fantômes. Je n’ai jamais vu une personne rester indifférente face à ce texte. Je l’ai souvent joué devant des classes. C’est très important que les jeunes viennent entendre ce texte. Je demande toujours à ce qu’il y ait un temps de paroles après, quel que soit le public. Je l’avais joué à Nice, il y a six ou sept ans, au TNN. Dans une salle, je tiens à ce qu’il y ait trois ampoules représentant les trois personnes de cette famille. Il y a juste une chaise et une sorte de cercle tracé à la craie pour symboliser le ghetto. Pas besoin d’artifices. On n’a pas envie de faire le malin avec un texte pareil. Il faut juste être le passeur de cette mémoire et de cet écrit. On m’a demandé de le jouer au Mémorial de la Shoah, en septembre. Je m’adapte au lieu dans lequel je joue.

France Net Infos : La saison prochaine, vous serez au Théâtre de Nice et à Anthéa pour deux spectacles différents…

Charles Berling : A Anthéa, je jouerai dans Après la répétition / Persona de Bergman aux côtés notamment d’Emmanuelle Bercot. Au TNN, je serai dans Léon Blum, une vie héroïque. Je suis très heureux d’avoir créé un événement théâtral participatif, qui ne ressemble à rien de ce qu’on connaît. Il ne faut pas être effrayé par la longueur. C’est toujours un grand moment de convivialité autour de l’Histoire de France. Le public peut poser des questions à un historien. C’est une magnifique expérience que nous vivons avec Philippe Collin de France Inter. Ce qui se passe avec le public est très fort et dépasse nos espérances !

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