18 octobre 1973, Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury avec Louis de Funès s’apprête à sortir au cinéma. Ce même jour, une jeune femme détourne un vol Paris-Nice. Parmi ses revendications : que toutes les bobines du film soient mises sous scellés.
Qui est cette femme ? C’est la question fil rouge de cette pièce mise en scène par Jean-Philippe Daguerre, qui adapte son roman éponyme. Le décor épouse la maxime « la réalité dépasse la fiction », composé d’écrans pour habiller les scènes et diffuser des images d’archives sur les prémices de la guerre du Kippour. Une tension dramatique à première vue incongrue, dont les enjeux vont se répercuter d’une manière sinueuse dans le quotidien du producteur Georges Cravenne, en charge de la promotion des Aventures de Rabbi Jacob.
La réalité, la fiction, la grande histoire et la petite histoire cohabitent parfaitement avec une fluidité et légèreté comique, au gréé d’une relation amoureuse de plus en plus tortueuse. Toute la force de la pièce tient à cet équilibre complexe, parfaitement maîtrisé et interprété. Charlotte Matzneff compose une Danielle Cravenne d’une sincérité ambivalente : pétrie par un féminisme libérateur et un humanisme exacerbé. Une épouse de l’ombre qui brille dans les soirées mondaines, et dont l’exubérance finit par inquiéter son mari. Bernard Malaka offre un Georges Cravennes tout en délicatesse : une force tranquille, follement épris mais acharné au travail.
La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob est une magnifique histoire d’amour qui finit en fait-divers. Jean-Philippe Daguerre ne cherche pas à tout expliquer, mais à transmettre une vérité qui recèle ses mystères. Saura-t-on vraiment un jour ce qui a traversé l’esprit de Danielle Cravenne ce 18 octobre 1973 ? « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point », ce dont le final poignant de la pièce tient à rappeler. La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob souhaitait réconcilier les Arabes et les Juifs, elle finira abattue dans d’étranges circonstances.
La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob
Le Petit Montparnasse, jusqu’au 19 avril 2026.
De et mise en scène : Jean-Philippe Daguerre
Avec : Charlotte Matzneff, Elisa Habibi, Bernard Malaka, Julien Cigana, Bruno Paviot, Balthazar Gouzou.
Scénographie et vidéo : Narcisse
Lumières : Moïse Hill
Musique : Olivier Daguerre
Costumes : Alain Blanchot
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