Quelques heures avant qu’il n’obtienne la Palme d’Or pour son film Un simple accident, Jafar Panahi a reçu le Prix de la Citoyenneté au salon des Ambassadeurs, dans le Palais des Festivals. Décerné par l’association Clap Citizen Cannes, ce prix récompense l’engagement d’une ou d’un cinéaste en faveur des valeurs citoyennes. Cette 7e édition était présidée par l’acteur, réalisteur et désormais aussi romancier Lucas Belvaux. Ce n’est pas la première fois qu’il vient à Cannes. Il y a vingt ans, il avait présenté son film La raison du plus faible, en compétition officielle. Lorsque nous l’avons rencontré au début du Festival, entre deux projections, il a évoqué cette expérience et il nous a parlé aussi de ses autres films, souvent adaptés d’oeuvres littéraires. Il vient d’ailleurs de terminer le tournage de son dernier film, Les tourmentés, adapté de son propre roman qui sortira le 10 septembre.

France Net Infos : Vous êtes président du jury du Prix de la citoyenneté. Pour vous, quelles qualités doit avoir le film que vous allez récompenser ?
Lucas Belvaux : Je pense que d’abord, il faut un beau film. Avec mes collègues (Delphine et Muriel Coulin, Isabelle Chenu et Lionel Baier), on est un peu sur cette ligne-là. Et ensuite, on va chercher un film qui va nous parler d’aujourd’hui, même si c’est un film d’époque. Parler de la citoyenneté, c’est parler de démocratie. Je pense qu’on va chercher un film qui montre que le cinéma a son rôle à jouer dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. Le cinéma, et la culture en général, sont attaqués assez sauvagement. On voit d’où ça vient et on sait pourquoi finalement. Parce que la culture, ça permet de discuter, de se mettre à distance. Ca permet une catharsis. Or, la période est au conflit dans tous les camps. Partout les gens s’invectivent ; plus personne ne se met à la place de l’autre. Et la citoyenneté, c’est tout à coup un projet commun. C’est adhérer à des principes communs, qui font une société qui tient. Ça s’appelle la démocratie. Sans culture, sans cinéma, il n’y a pas de démocratie.
France Net Infos : Votre cinéma est un peu comme ça. Il est animé par ces principes, ces valeurs…
Lucas Belvaux : Je l’espère mais ce n’est pas moi à le dire ! Je me réclame de l’humanisme, de l’universalisme. Et donc, oui, mes films sont à priori humanistes et universalistes. Mais après, ça bouge selon les périodes, selon ce que je suis à un moment donné de ma vie. Ce n’est pas tout le temps la même chose. On évolue. Mais plus ça va, plus je vais vers ça. Une démocratie ne peut être qu’humaniste. Si elle n’est pas humaniste, ce n’est plus une démocratie. Il faut rappeler ça, tout le temps. Il y a des attaques contre la culture, qui sont assez violentes en ce moment. Il ne faut pas rester sans rien dire. En tant qu’artistes, on a un petit rôle social, mine de rien.
France Net Infos : A Cannes, vous aviez présenté votre film La raison du plus faible, en lice pour la Palme d’Or. Quels souvenirs en gardez-vous ?
Lucas Belvaux : L’entrée dans la salle, c’était le moment le plus impressionnant. On se voit sur l’écran ; il y a les gens qui applaudissent, debout, et qui sont très proches. Et puis dans le film, il y avait mon neveu, qui à l’époque avait 10 ans. Il était venu avec nous et il avait vécu tout cela. C’était très émouvant de le vivre avec lui. Avant la présentation d’un film à Cannes, il y a beaucoup de travail et après tout va très vite. La journée de la projection et la veille, c’est une espèce de tunnel d’interviews non-stop. Une fois la projection passée, c’est fini. C’est une expérience amusante. On est le centre du monde, en tout cas du monde cinématographique pendant deux jours. Et puis, ça s’arrête et on revient à la vraie vie. On vit un peu ça aussi sur les tournages. Je me souviens que quand j’étais acteur, les fins de tournages étaient toujours terribles. En plus, pendant un tournage, surtout les jeunes acteurs, (je n’avais pas 20 ans ) sont très encadrés. On n’a pas besoin de faire ses courses, on est à l’hôtel. Et puis, du jour au lendemain, on se retrouve dans la vie.
France Net Infos : En tant que réalisateur, vous avez souvent adapté des romans. Pourquoi ?
Lucas Belvaux : J’aime bien ça ! À chaque fois, j’ai vécu des expériences très différentes avec les adaptations. En terme de travail, ça a été des écritures et des approches très différentes par rapport aux livres parce que les livres eux-mêmes étaient différents. Certains films étaient très proches du livre, d’autres un peu plus éloignés. Pour Des hommes, j’ai beaucoup coupé dans le livre. En tout cas, Laurent Mauvignier se retrouve dans le film. Il n’y a pas de sentiment de trahison.
France Net Infos : Vous avez aussi adapté Pas son genre de Philippe Vilain avec Emilie Dequenne…
Lucas Belvaux : J’ai des souvenirs du tournage. C’était très beau, très émouvant mais aussi très violent parce que le personnage était tellement proche d’Emilie. Elle l’a tellement nourrie d’elle. Elle aimait chanter…
Pour revenir à Philipe Vilain, son dernier livre est très bien. La partie que je préfère dans le livre, c’est probablement celle où il parle de sa mère, de son père, des relations de ses parents, d’où il vient. A mon avis, c’est son meilleur livre. C’est l’histoire d’un gamin de 18 ans qui n’a jamais lu un livre. Il va avoir le bac puis entrer à la fac et il va devenir docteur en littérature comparée alors qu’il n’a jamais lu avant.
France Net Infos : Vous venez de terminer le tournage de votre dernier film. Cette fois, vous avez adapté votre propre roman, Les tourmentés…
Lucas Belvaux : Le film est monté. On va commencer la promotion en juin et il sortira en septembre. C’était très difficile, beaucoup plus difficile que d’adapter le livre de quelqu’un d’autre. Mais sans doute parce que je manquais de distance. Ce qui est intéressant dans une adaptation, c’est qu’on a un sujet, des personnages, et puis on a la distance. Avec mon dernier film, comme j’ai écrit le scénario dans la foulée du livre, je manquais vraiment de distance. Quand on adapte un livre, celui de quelqu’un d’autre, on sait pourquoi on veut l’adapter. On a les trois lignes de force, les moments qui intéressent le plus. On sait pourquoi on fait le film ; on peut laisser de côté certains points et on trouve assez vite ce qui peut être trop long. Alors que sur son livre, c’est difficile.
France Net Infos : Vous avez offert de très beaux rôles aux actrices (Emilie Dequenne, Ornella Muti, Dominique Blanc, Catherine Frot…) et aux acteurs avec lesquels vous avez tourné. A qui avez-vous confié les rôles des Tourmentés ?
Lucas Belvaux : J’ai eu de la chance avec les actrices et les acteurs avec qui j’ai tourné. C’est eux qui sont exposés. On les admire. On prend soin d’eux. C’est eux qui se mettent en danger.
Dans Les Tourmentés, il y a Ramzy Bédia, Niels Schneider, Linh-Dan Pham et Déborah François. Il y a aussi deux enfants. J’ai fini le film il y a quinze jours !
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