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Rencontre avec Macha Méril

En juin dernier, à l’occasion du dernier festival du livre de Nice, nous avons rencontré Macha Méril. Habituée de la manifestation, elle était là cette année  pour parler de ses livres mais surtout pour assister à l’hommage rendu à son mari Michel Legrand, qui se tenait à l’opéra. Un programme riche en émotions, qu’elle avait elle-même supervisé.  Quelques heures avant son départ, elle nous a reçus à l’Hôtel Aston. Volubile et enthousiaste, elle nous a parlé de ses projets, de son actualité mais surtout de « ses missions ».

L’été de Macha Méril aura été bien rempli. En juillet, elle était de retour dans les Alpes-Maritimes, à Villeneuve-Loubet, pour lire des extraits de Monsieur Teste de Paul Valéry dans le cadre du Festival des mots, puis elle a enchaîné avec les représentations de La légende d’une vie de Stefan Zweig avec Nathalie Dessay, Valentine Galey, Gael Giraudeau et Bernard Alane. Après avoir été jouée pendant plusieurs mois à Paris au théâtre Montparnasse, cette pièce inconnue de Stefan Zweig, écrite en 1910, fait le bonheur des spectateurs dans les festivals d’été.

Sans doute au début de l’année prochaine, c’est en tant que romancière que  nous allons retrouver Macha Méril. Des livres, elle en a écrit beaucoup. De toutes sortes. Mais celui-là aura une saveur particulière. C’est un roman russe dans lequel elle s’est efforcée de réunir toutes les anecdotes, les histoires qu’elle a entendues dans son enfance sur les émigrés russes. Depuis longtemps, ses éditeurs lui demandaient quand elle allait se décider à écrire sur la Russie. Il lui aura fallu à peine trois mois pour y parvenir. Le déclic lui est venu dans la nuit du premier décembre, alors que Michel Legrand revenait d’un concert donné à la Philarmonie de Paris. Passionné par ce qu’elle faisait,  Il voulait toujours savoir si elle écrivait. Son dernier roman, elle a donc voulu le rédiger très vite, pour qu’il puisse le lire. Macha nous a confié qu’il aura pu en lire les cinquante première pages et qu’il avait été très emballé.

Durant notre conversation, nous avons beaucoup parlé de Michel Legrand. Il a laissé comme des « missions » à son épouse Macha Méril, des « chantiers » de grands projets qu’il avait en tête. Il ne se sentait pas la force de les réaliser et voulait qu’ils soient ensemble pour « savourer la vie tous les deux. » Désormais, « il est encore avec moi ; il me suit et me surveille », nous a-t-elle dit. C’est pour lui mais aussi pour elle qu’elle mène plusieurs projets de front.

Michel Legrand était désireux de créer un festival de musique de films et de spectacles musicaux. Comme le dit Macha Méril, ce sont des « musiques qui font du bien, dont on ne se sent pas exclu ! ». Le festival devrait avoir lieu, en juin prochain, dans la propriété que Michel Legrand avait achetée dans le Loiret il y a une quinzaine d’années. Macha Méril a plein d’idées pour ce qu’elle qualifie d’ « événement dans le monde de la musique et pour le rayonnement de la France. » Le festival aura lieu dans un chapiteau disposé dans le grand parc de la propriété. Des musiciens joueront en plein air. Ce sera un festival plein de vie où la musique se répandra partout. Et puis Macha Méril nous a confié qu’elle a « des cartons pleins d’inédits ». Une excellent nouvelle puisqu’elle a prévu que chaque année serait jouée l’une des très nombreuses créations inédites de Michel Legrand : opéras, oratorios, comédies musicales, chansons (350 n’ont jamais été chantées !). Bien sûr, les amoureux des films de Jacques Demy seront satisfaits. On jouera les airs des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort que toutes les générations connaissent. Autre temps fort de ce festival : la remise de deux prix Michel Legrand, l’un pour récompenser une musique de film et l’autre pour couronner un spectacle musical. Cette première édition sera présidée par le réalisateur Damien Chazelle, qui voue un véritable culte à Michel Legrand et dont le magnifique La la land a reçu plusieurs oscars. Le délégué général du festival sera Stéphane Lerouge, le plus grand spécialiste au monde de musique de films et biographe de Michel Legrand.

Macha Méril ne va pas s’arrêter là. Elle a aussi la volonté de créer dans le bâtiment du château de leur propriété une sorte de villa Médicis pour les jeunes compositeurs qui viendraient y travailler. Il faudrait prévoir des salles de projection, des studios d’enregistrement, des appartements insonorisés pour que chacun musicien puisse composer et jouer de son instrument. Ils auraient aussi la possibilité ou plutôt le privilège de voir les partitions de Michel Legrand.

Un autre chantier, de grande ampleur, attend la comédienne. Elle entend bien faire en sorte qu’une grande partie des partitions de Michel Legrand soit protégée et numérisée. «  C’est le seul compositeur au monde qui a écrit toutes ses partitions à la main avec un crayon spécial, qu’il faisait venir spécialement des Etats-Unis. »

Tous ces projets de longue haleine, ambitieux, demandent du temps et de l’énergie à Macha Méril. Mais elle avoue qu’elle a « la pêche » et qu’ils donnent un sens à sa vie. Elle est persuadée qu’elle réussira. Elle se sent forte, « on s’améliore avec le temps ». Michel Legrand lui a appris à ne pas se laisser faire et à ne pas accepter d’ « être maltraités par des gens qui nous méprisent. » Il a eu plus de force qu’elle, pense-t-elle. « Il faut savoir tenir la barre sans se laisser faire ; ça rend la vie plus difficile mais c’est à ce prix qu’il a eu cette si belle carrière. » Lui qui n’a jamais voulu faire de masterclass, trouvant cet exercice « malhonnête » et disant qu’ « un maître n’a pas à apprendre à des jeunes comment composer », revendiquait le travail et la rigueur. Il insistait sur le fait qu’il faut tout le temps se remettre en question. Il aimait se sentir comme un « débutant », en transvasant dans un domaine son expérience acquise dans un autre. C’est un peu ce que fait Macha Méril en ce moment.  Plus forte et déterminée que jamais, elle se démène pour que tous ses projets voient le jour. En voyant son enthousiasme et son énergie, nous ne doutons pas une seule seconde de leur réussite.

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