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VACUUM de Lukas Jüliger

Depuis quelques temps, les éditeurs indépendants français s’ intéressent à la jeune garde de la bande dessinée alternative allemande, c’est ainsi que nous avons pu découvrir la révélation tonitruante de Ulli Lust (TROP N’EST PAS ASSEZ chez Ca et Là) il y a quelques années mais aussi plus récemment des auteurs comme Sascha Hommer chez Atrabile ou Line Hoven aux éditions L’Agrume. Formé aux Arts Appliqués de Hambourg, Lukas Jüliger est un jeune auteur de 26 ans qui s’est fait remarquer dans son pays avec la publication de sa première œuvre VACUUM. Pourtant dans le choix de sa thématique, Jüliger s’attaque ici à un sujet déjà largement traité dans la bande dessinée contemporaine (chez les indépendants américains notamment) celui de l’adolescence. En effet, VACUUM tourne autour de trois personnages de jeunes gens vivant dans une banlieue résidentielle morne : un jeune ado timide et distant vivant seul avec sa mère, son meilleur ami qui mure peu à peu dans le silence et oscille entre une apparente aphasie et des comportements destructeurs et une jolie jeune fille mystérieuse qui semble cacher un étrange secret.

Vacuum lukas juliger editions rackhamPour évoquer le mal-être adolescent, Lukas Jüliger situe son récit entre la chronique (il n’y pas d’intrigue proprement dite, les chapitres se succédant comme le déroulé au jour le jour d’une semaine dans la vie des personnages) et le fait divers, deux événements tragiques enserrant le récit et le minant de l’intérieur pour donner au lecteur un sentiment de catastrophe imminente. Le drame initial (le suicide de deux élèves du lycée fréquenté par les personnages principaux) qui vient secouer la routine faussement calme de ces jeunes gens révèle une vision extrêmement sombre de l’adolescence entre comportements auto-destructeurs et fascination morbide. La solitude des personnages étant renforcés par l’incapacité qu’ont ces adolescents à voir et à appréhender le mal-être de leurs camarades. Cet aspect est ici moins l’enjeu d’une étude psychologique des personnages que d’un récit dont le ton froid et distancié distille une sourde impression de malaise. Un malaise qui est moins du au caractère dérangeant des situations (qui aurait pu verser dans un forme de complaisance en surenchérissant dans le glauque) qu’au rythme lent et presque contemplatif sur lequel se déroule le récit.

Le graphisme de Lukas Jüliger, par son trait éthéré, ses formes rondes et ses couleurs pales et délicates dégage paradoxalement une certaine douceur, une forme de délicatesse et confère une atmosphère ouatée, cotonneuse et somme toute envoutante et qui de fait rend encore plus troublante et perturbante la violence de certaines images. Celle de ce jeune garçon habillée en costume noir couché à côté de sa poupée sur un matelas au milieu d’un champ de blé en est un parfait exemple. L’image dégage presque une impression de calme et de sérénité et pourtant c’est bien à l’horreur du suicide que nous sommes confrontés ici. Jüliger fait affleurer le sentiment que la tragédie peut survenir à n’importe quel instant mais chez lui, cette peur prend la forme d’une inquiétante étrangeté qui hante le cadre du récit au point de le faire dériver vers une forme de fantastique. Difficile de ne pas penser au cinéma de Gus Van Sant tant cette vision presque mentale et fantastique du cadre de vie adolescent comme projection de leur mal-être fait penser au travail du cinéaste sur ELEPHANT (le final de VACUUM achevè de faire le rapprochement). Néanmoins, Jüliger, malgré ses références et un sujet rebattu, trouve sa singularité dans cette première œuvre qui constitue une lecture âpre et dérangeante mais dont l’atmosphère nous reste longtemps après avoir fermé le livre.

VACUUM – Un tome aux éditions Rackham – Traduction de Elizabeth Willenz – Parution le 22 Mai 2014

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