Le Journal : system failure

Edmond, le directeur d’un journal d’investigation, s’apprête à publier des révélations sur Jacques Flamm, un ministre ambitieux. La veille de la diffusion de ces informations compromettantes, sa fille Apolline est arrêtée pour trafic de drogue à Jakarta. Seul JacquesFlamm semble être en mesure de l’arracher aux griffes du système judiciaire indonésien. Edmond doit-il renoncer à la publication de l’article ? 

Antoine Beauquier ne s’en cache pas, Le Journal est librement inspirée de faits réels. Il faut dire qu’avant d’être un auteur, c’est un avocat en droit pénal des affaires. Le journalisme et la politique, c’est un peu Les Feux de l’amour-haine. Un contre-pouvoir avide d’égratigner des hommes de pouvoirs à la morale poreuse. Un constat simpliste avec lequel Antoine Beauquier joue pour nous confronter à nos propres idées reçues qui font le sel des affaires d’État dont nous nous délectons avec un plaisir coupable.

Bruno Putzulu incarne parfaitement cette dualité entre valeurs personnelles et communes incompatibles dans un monde idéal. Son Journal c’est notre Mediapart indépendant de toute connivence politique. Enfin, d’apparences. Un journalisme d’investigation d’utilité publique, intègre et impartial, qui prétend ne jamais se substituer aux rôles du policier et du juge. Antoine Beauquier nous démontre le contraire par la subtilité des mots employés et des insinuations qui en découlent, dès lors qu’une accusation est lancée à la vindicte populaire.

Toute la presse dite indépendante serait-elle en réalité corrompue ? Oui et non. C’est comme dire, que tous les politiques sont des pourris. Ça n’a aucun sens. Bernard Malaka impressionne tout autant en ministre à la probité vacillante. Les arcanes du pouvoir sont un champ de batailles sans foi ni loi, et seuls les plus manipulateurs y survivent. On assiste impuissant à la douce mort d’un système médiatico-politique enlisé dans un ego trip maladif. Le Journal est une belle démonstration de nos désarrois démocratiques.

Et de cette vision crépusculaire émerge cependant une étincelle d’espoir. Bruno Debrandt brille dans la peau d’un journaliste à l’ancienne, désabusé par ce marasme entre fake news et délit d’égoïsme. Un magnifique contre-pied à notre fatalisme quotidien, auquel Antoine Beauquier se raccroche pour défendre la liberté d’expression et son attachement à une justice apolitique.

Le Journal
au Théâtre de Paris jusqu’en avril 2025.

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