Accueil / Culture / Bête à Mourir – Yolande Nahas livre une histoire poignante

Bête à Mourir – Yolande Nahas livre une histoire poignante

bête à mourirLe roman « Bête à Mourir » de Yolande NAHAS est une histoire inventée à partir d’un fait réel, une façon de rendre hommage à un être cher.

L’histoire est celle de Yolaine, jeune femme trentenaire passionnée par les animaux et tout particulièrement proche de son chien Indiana qu’elle chérit comme son enfant. Lorsque celui-ci commence à vieillir et à souffrir d’arthrose, elle se tourne vers le vétérinaire auquel elle faisait confiance mais celui-ci est parti à la retraite. Son successeur, le docteur Vasquez, est un homme très occupé, pas assez patient de prime abord pour apprivoiser la jeune femme et trop sûr de lui pour chercher la façon la plus adaptée pour soulager Indiana de ses douleurs.

A force d’altercations entre les deux protagonistes, c’est le clash et ils en viennent aux mains. Et c’est là que leur relation va évoluer et que Vasquez va comprendre pourquoi Yolaine tient tant à prolonger un peu et sans douleur la vie d’Indiana : elle va bientôt mourir d’une tumeur cérébrale, elle ne veut pas subir de lourdes interventions, simplement partir avant son chien… et c’est là que Vasquez est sensé intervenir.

Seulement voilà, lui, l’être obstiné et froid a été touché par cette jeune femme têtue et son chien. Il va la pousser dans ses retranchements, lui faire vivre des expériences inoubliables en compagnie des animaux et lui faire comprendre, à sa façon, son attachement pour elle.

Yolande NAHASL’écrivain, qui vit aujourd’hui en compagnie d’un chien, Indiana Junior (en couverture de son roman) et trois cochons d’inde, a accepté de répondre à quelques questions afin de mieux comprendre sa démarche d’écriture, les personnages de son roman et nous donner sans détour son opinion sur la cause animale.

Hyliendra : Première question toute bête qui m’est venue après quelques pages car l’on se sent vite immergé dans votre roman, très proche des personnages : la similitude entre votre prénom et celui de l’héroïne est-il voulu ?

Yolande NAHAS : Oui. C’est un prénom que je préfère au mien car sa sonorité finale est plus douce. J’ai vu là l’occasion de l’utiliser puisque j’ai volontairement donné à ce personnage beaucoup de moi-même, mon environnement géographique tout d’abord, puisque toute l’histoire ou presque se déroule dans des lieux qui me sont familiers : la maison de mes parents, la  clinique vétérinaire, ce beau village du Tarn où j’ai passé mes vacances durant des années… J’ai aussi confié à ce personnage un être cher à mon cœur : mon chien, mon Indiana et elle devait donc porter un prénom suffisamment proche du mien pour que je puisse m’effacer peu à peu derrière elle et  faire en sorte qu’elle devienne, le temps d’un roman et avec sa propre histoire, sa maîtresse.

H. : Pouvez-nous expliquer le choix du titre de votre roman ?

Y.N. : C’est un titre à double sens, un jeu de mots, destiné à traduire d’une part l’existence éphémère des animaux comparée à la nôtre et d’autre part, à qualifier de « bêtise » le choix que fait l’héroïne en voulant mourir avant son chien.

H. : L’histoire est celle d’une jeune femme et de son chien mais le premier chapitre ouvre et se termine avec un autre personnage simplement désigné comme « lui », « l’homme ». Vouliez-vous donner une certaine dimension à ce personnage ?

Y.N. : En effet, le premier chapitre introduit le personnage principal masculin du roman, le Docteur Rafael Vasquez. On plonge immédiatement dans son univers à lui,  l’important  étant de le présenter au lecteur à sa façon d’agir ou de réagir : c’est un homme très occupé, qu’on devine brillant et qui semble maîtriser aussi bien sa vie personnelle que professionnelle. Dans son monde, c’est lui qui mène la danse : sa petite amie  se plie à son emploi du temps chargé, ses clients n’ont qu’à rappeler au bon moment s’ils veulent lui parler et ceux qui se montrent un peu trop agressifs, c’est à son assistante de s’en débrouiller. Mais derrière cette « façade », il y a l’homme. Et cet homme a une vraie dimension.

H. : Yolaine est une personne réservée, presque sauvage. Quel animal vous inspire-t-elle ?

Y.N. : Elle n’est pas réservée mais méfiante. Elle n’accorde pas sa confiance à n’importe qui mais quand elle a quelque chose sur le cœur, elle ne se gêne pas pour le dire. Elle a aussi des réactions très spontanées, imprévisibles et d’autres qui demandent, à mon sens, un vrai courage : on lui annonce qu’elle  a une tumeur dans la tête, qu’elle va sans doute mourir et même si elle refuse de se faire soigner, elle ne laisse pas pour autant la maladie prendre le dessus sur sa vie quotidienne. Elle continue de vivre au quotidien comme si de rien n’était ou presque, en se souciant des autres et surtout de son chien. Elle ne m’inspire pas un animal en particulier mais comme elle réagit souvent par instinct, ça la rend proche de l’animal.

H. : Yolaine semble se lier d’amitié avec les assistantes vétérinaires, plus particulièrement avec Maryse, mais finalement leurs relations ne sont pas très poussées. Est-ce voulu ?

Y.N. : Ce sont les assistantes qui la prennent en amitié plutôt que l’inverse. Yolaine ne se lie pas facilement mais en plus, la clinique vétérinaire est un endroit qui  l’angoisse du début jusqu’à la fin du livre. Et pour cause, elle sait très bien qu’un jour ou l’autre, son chien y rendra son dernier souffle. Maryse, l’assistante la plus âgée, travaille dans cette clinique depuis bien plus longtemps que Vasquez. Elle était donc là à l’époque du vétérinaire parti à la retraite et en qui Yolaine avait entière confiance. Pour la jeune femme, Maryse reste le seul lien avec cet homme qui a guéri son chien par deux fois et c’est donc naturellement qu’elle va aller vers elle. Sa présence en ce lieu hostile la rassure. Mais cette amitié entre elles, c’est l’assistante qui l’instaure dès le début de leur relation en demandant à la jeune femme de l’appeler par son prénom et de la tutoyer. Maryse est un personnage important du roman car elle joue aussi, pour le vétérinaire, le rôle d’une mère de substitution, sa confidente. Quand j’ai écrit l’adaptation scénaristique du livre, l’an passé, je me suis attachée à développer certains personnages secondaires. Celui de Maryse est l’un d’entre eux.

H. : La fin de vie d’Indiana est évoquée dans un chapitre de deux pages. C’est un moment émouvant même si l’on s’y attend et pour autant son départ se fait sans heurt, presque en douceur. Pourquoi avoir choisi de raconter ce passage ainsi, était-ce, pour vous, lié à votre relation avec votre Indiana ?

Y.N. : C’est vrai qu’Indiana était encore là quand j’ai écrit ces pages. L’idée d’imaginer ma souffrance quand il viendrait à mourir pour la coucher sur du papier m’a traversé l’esprit mais j’y ai très vite renoncé. D’abord parce que c’était tomber dans un cliché que je voulais éviter à tout prix et puis parce que, quand on y réfléchit vraiment, ce n’est pas la mort d’un être aimé qui nous fait tant souffrir, mais ce vide qu’elle crée en nous et tout autour de nous. J’ai donc tenté, à ce moment-là, de décrire ce vide. J’ignore si j’y suis parvenue ou pas mais il était devenu évident pour moi que ce passage où le personnage principal du roman disparaît, devait être à la fois court, chargé d’émotion et sans dialogue.

H. : Écrire ce roman vous a-t-il aidée en quelque sorte ? Avez-vous à ce moment-là pensé à l’impact sur vos futurs lecteurs, en particulier ceux qui sont proches de leurs animaux ?

Y.N. : Ça fera bientôt treize ans que j’ai écrit ce roman et je ne l’avais pas relu avant l’année dernière, quand j’ai décidé d’en faire l’adaptation pour le cinéma ou la télévision.  Les premières personnes qui l’ont lu se sont très vite manifestées sur ma page Facebook pour me faire part de leur propre vécu avec leur compagnon disparu et grâce à leurs témoignages, ce roman commence à m’aider à faire le deuil de mon animal. Quand je l’ai écrit, je l’ai écrit pour moi, comme une thérapie destinée à me faire accepter la disparition prochaine d’Indiana. Et quand il est parti, je n’ai pas osé le relire, car je savais qu’en le faisant, je reverrais mon chien vivant, dans chaque page du roman. Je n’étais pas prête pour cela. Il me fallait plus de recul. Et je ne me doutais pas que cette histoire pourrait toucher d’autres personnes que moi.

H. : Vous semblez vous impliquer pour la cause animale. Est-ce pour donner en quelque sorte une voix à nos proches à poils et à plumes aussi bien qu’à leur lointains cousins ?

Y.N. : Je ne crois pas qu’une page Facebook puisse suffire à changer quoi que ce soit au sort des animaux. C’est juste un moyen d’échanger des commentaires avec d’autres personnes sur des sujets qui nous tiennent à cœur. La défense et la protection des animaux sont des sujets qui devraient intéresser un peu plus les législateurs puisque dans notre beau pays l’animal est toujours considéré comme une chose. Nous avons donc droit de vie et de mort sur lui. Nous pouvons lui infliger les pires souffrances, par plaisir ou par jeu, sans risque d’être poursuivis. Je ne suis pas plus engagée dans la cause animale que dans une autre cause. Je crois simplement que l’Homme a le devoir de protéger les êtres qui sont sans défense. Ça vaut pour les animaux bien sûr, mais aussi pour les enfants, les femmes battues, les peuples opprimés, etc. La seule différence pour les animaux, c’est que nous pouvons leur faire du mal en toute impunité. Rien d’étonnant alors que certains s’amusent à les brûler vifs, à les pendre, à les écraser du pied. Dans quel monde vivons-nous ?  Bientôt, on brûlera les sans-abris par terre ou les enfants qui s’éloignent un peu trop loin de chez eux. Une personne qui fait du mal à un animal est une personne dangereuse qui doit être neutralisée.

H. : Les animaux valent-ils, selon vous, plus la peine que l’on se prononce pour eux plutôt que les humains ?

Y.N. : Il n’y a  pas à choisir entre les humains et les animaux. Les animaux qui font du mal aux hommes sont abattus sur le champ. Il faut une justice qui punisse aussi les humains qui leur font du mal sinon ça ne s’appelle plus une justice mais du parti pris. Notre Etat de droit doit protéger le plus faible.

H. : Pouvons-nous nous attendre à lire prochainement d’autres romans de votre plume (les deux autres que vous mentionnez sur votre page Facebook par exemple) ? Avez-vous déjà en tête des sujets à aborder dont vous pourriez nous faire part ?

Y.N. : Prochainement, je ne sais pas. Ça ne dépend pas de moi. Mais je l’espère bien sûr car un livre qui n’est pas lu n’existe pas vraiment et son auteur encore moins. Quant aux sujets, tout ce que je peux vous en dire c’est que si vous avez été touchée par Bête à Mourir, ceux que j’aborde dans mes premiers livres ne devraient pas vous décevoir.

H. : Pour terminer, souhaitez-vous vous adresser directement à nos lecteurs, auriez-vous un message à leur faire passer ?

Y.N. : J’ai un faible pour les citations. Il y en a une que je mets en exergue dans mon premier roman  et qui résume assez bien je crois, le message que tout auteur voudrait adresser au public quand il lui présente une œuvre : « Voici comment sont mes personnages, je vous demande de les comprendre. »       François Truffaut.

Yolande NAHAS Bête à MourirCe roman « Bête à mourir » (paru aux éditions Les 2 encres) est à la fois émouvant et proche d’une réalité que nous pouvons malheureusement tous un jour connaitre. Si certains trouvent l’attachement à nos animaux dénué de sens, d’autres ne pourront que se retrouver dans le personnage de Yolaine et se sentiront mieux après avoir lu ce livre.

L’auteure, Yolanda Nahas, nous donne aussi à réfléchir sur nous-mêmes, adultes trop pris par leur vie actuelle pour regarder un peu en arrière les enfants qu’ils étaient et les raisons de leur évolution. Ainsi Rafael Vasquez est devenu avec le temps un homme presque froid et ayant oublié sa motivation première pour avoir embrassé la carrière de vétérinaire. Vivre cette expérience avec Yolaine lui rendra son côté humain. « Quand j’ai dit que j’aurai préféré ne jamais vous connaitre, je ne le pensais pas. J’ai beaucoup appris grâce à vous. Sur les animaux. Sur les gens. Sur moi aussi. »

Bête à Mourir

de Yolande NAHAS

Editions Les 2 Encres

Merci à Yolande NAHAS pour ce livre magnifique et le temps qu’elle m’a accordé pour répondre à mes questions.

A propos Agence

A lire aussi

Les mains dans les poches de Bernard Chenez

Paru aux excellentes éditions Héloïse d’Ormesson : Les mains dans les poches de Bernard Chenez nous ...

Lire les articles précédents :
Volupté Victorienne au Musée Jacquemart-André

Les artistes de l'Angleterre Victorienne au XIXe siècle sont présentés dans une exposition itinérante à ...

Les primates humanistes : « Le Bonobo, Dieu et nous »

A la recherche des origines de la morale humaine, le célèbre primatologue et biologiste américano-néerlandais, Frans de Waal, nous livre...

Le livre noir de l’occupation israélienne

« Le livre noir de l’occupation israélienne » témoignages recueillis par l’ONG « Breaking the Silence » aux Editions ...

Fermer