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Sleeping Giants 1 – Zemmour 0 : « Si un contenu extrémiste est diffusé, cela entraine des conséquences »

Ce mardi 8 octobre, Ferrero a annoncé qu’elle cessait la promotion de sa marque Nutella pendant l’émission « Zemmour et Naulleau ». Une décision en réponse au collectif citoyen  » Sleeping Giants » qui l’interpellait par tweet le 3 octobre : « En passant vos pubs sur Paris Première ce mercredi 2 octobre pendant l’émission de Zemmour, vous le cautionnez et le financez. Est-ce délibéré ?« 

La réponse de Ferrero est sans équivoque : « Nous ne cautionnons les propos et prises de position de Monsieur Zemmour. Notre agence média ne connaissait ni le contenu ni la programmation au moment où elle a réalisé nos achats média avec Paris Première. A la vue des récents évènements, nous avons demandé à Paris Première d’exclure ce programme de notre liste de diffusion.« 

Depuis la rentrée, Eric Zemmour est au coeur d’une polémique médiatique depuis sa participation au meeting de « La Convention de la Droite », un rassemblement organisé par Marion Maréchal. Le polémiste s’est à nouveau fait remarquer pour ses propos anti-musulmans, qui a conduit le parquet de Paris à ouvrir une enquête pour « injures publiques en raison de l’origine ou de l’appartenance ou de la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée » et « provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence. » 

Eric Zemmour a déjà été condamné par deux fois pour provocation à la haine, en raison de propos jugés islamophobes. Une rencontre avec un des co-fondateurs du collectif  « Sleeping Giants » s’imposait. Un échange sur twitter en toute discrétion.

Sleeping Giants 1 – Zemmour 0

« Sleeping Giants » pour les nuls c’est quoi ?
Sleeping Giants France est un collectif de citoyens qui s’engagent pour alerter les annonceurs quand ils financent – souvent à leur insu – des contenus extrémistes. La haine/l’extrémisme ne doit pas être rentable, payé par le consommateur non-consentant.

Le mouvement « Sleeping Giants » est né aux Etats-Unis en 2016, à l’issue de la victoire présidentielle de Donald Trump. La première campagne concernait les entreprises qui diffusaient de la publicité sur le média ultra-conservateur Breitbart News. Le mouvement s’est vite mondialisé ?
Oui, très rapidement. Après l’annonce de Breitbart de vouloir ouvrir une section française en 2017, nous avons lancé « Sleeping Giants France » le 17 février de la même année.

« Sleeping Giants » semble être une organisation tentaculaire, comme le collectif  « Anonymous ». Prête à structurer des campagnes dénonciatrices à fortes résonances médiatiques.
Nous dénonçons les failles de la publicité programmatique. Ce n’est pas du « name and shame » mais du « name and praise ». Le monde hyper compétitif de la publicité évolue, les marques tiennent de plus en plus au concept de responsabilité sociale/écologique et de l’inclusivité. Quand il s’agit de sites web, les annonceurs ignorent que leurs pubs puissent se trouver à côté de contenus haineux, jouant avec les limites imposées par la loi française. Tout ce que nous faisons est dans le domaine public, il n’y a aucune démarche de dévoiler des secrets. Vous ouvrez un site extrémiste, vous voyez la pub, vous en alertez l’annonceur. Les retours des annonceurs, à grande majorité positifs, nous prouvent que notre démarche leur convient. D’ailleurs, « Sleeping Giants » a reçu le Lion d’Or 2019  à la 66ème édition des Cannes Lions (Ndlr : le plus grand festival international de la créativité publicitaire). 

Cela fait des années que Eric Zemmour fait partie du paysage médiatique. Pourquoi avoir attendu aujourd’hui pour interpeller les marques ?
Très sincèrement, nous pensons que ce que nous faisons aujourd’hui aurait dû avoir lieu dès sa condamnation en 2011 ! Nous avons déjà interpellé à maintes reprises des annonceurs quant à la présence de Zemmour dans les médias, dont le site Boulevard Voltaire par exemple. Suite à sa nouvelle condamnation et son implication de plus en plus ouverte en politique, l’idée que des médias puissent continuer à l’employer dépasse l’entendement. Mais là, on ouvre un grand sujet, à propos du financement des médias par la publicité et les dérives qui en découlent. Le fait qu’un annonceur a signé avec une chaîne pour placer son annonce en prime time, ce qui représente un investissement conséquent. L’annonceur ne sait pas au moment de la signature où la chaîne va placer son contenu. Il se trouve ainsi devant un fait accompli et doit faire un choix.

A la télévision, la publicité c’est le nerf de la guerre. En incitant les marques à déserter « Zemmour et Naulleau », vous condamnez implicitement l’émission à disparaître. Ne craignez-vous pas qu’on vous reproche de limiter la liberté d’expression ?
Notre liberté d’expression est de dire que nous ne sommes pas d’accord de financer via nos achats des contenus extrémistes. La liberté de l’annonceur est de choisir de ne pas s’associer ni de vouloir contribuer au financement de ces contenus. Est-ce qu’un contenu est proposé uniquement parce qu’il paraît rentable ? Par conséquent dès qu’il ne l’est plus, il ne sera plus exprimé ? Je vous donne un exemple : un tout petit annonceur a investi (à son niveau) une somme considérable. Il s’agit d’un (oui, un seul) magasin de produits « futur maman & puériculture ». La régie Adsense (Ndlr : Google) le place à cause de son algorithme à côté d’un titre « Heureusement 75% des bébés avortés sont noirs » !! La propriétaire du magasin était atterrée. Dans le cas de Zemmour, la démarche de donner une plateforme à une personne condamnée à deux reprises pour des propos racistes est-elle défendable ? La liberté d’expression ne signifie pas un droit à la parole à l’antenne. A-t-il le droit d’être financé par des annonceurs qui ne sont pas d’accord avec ses propos ? Si on propose du contenu extrémiste parce qu’on espère un audimat rentable, cela entraine des conséquences.

Avez vous d’autres campagnes en vue ?
Oui… Par contre, nous ne croyons pas qu’il soit efficace de se disperser et refusons régulièrement d’intervenir quand ce n’est pas le moment opportun. Vider un site de 1000 annonceurs a un effet financier réel. Vider 1000 sites d’un annonceur n’en a aucun. Aujourd’hui, Boulevard Voltaire ne bénéficie plus d’Adsense. Notre objectif est atteint. Aujourd’hui nous nous concentrons sur notre campagne par rapport à Paris Première et CNews. Mais nous gardons un oeil sur Boulevard Voltaire et Breitbart News :)

A propos Yohann.Marchand

Contact pro : yoh.marchand@gmail.com Twitter : @Mister_Yohann

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