Le 78e Festival de Cannes s’est achevé samedi. Douze jours intenses consacrés entièrement au cinéma : plus d’une trentaine de films visionnés, des nuits très courtes et une grosse fatigue. Il est donc temps pour nous de dresser le bilan de cette 78e édition. Contrairement à l’année dernière où Emilia Pérez, Anora et Les graines du figuier sauvage avaient été des chocs visuels et cinématographiques, nous n’avons pas eu de gros coups de cœur pendant cette édition. Dans la compétition, nous avons été enthousiasmés par plusieurs films auxquels nous ne nous attendions pas. Comme cela est le cas depuis déjà plusieurs années, les bonnes surprises dont davantage venues des sélections parallèles (Quizaine des Cinéastes, Semaine de la Critique), de Un Certain Regard ou de la toute jeune section Cannes Première, que de la compétition elle-même. Retour sur cette édition 2025.
De nombreuses stars sur le Tapis rouge
Outre les films, le Festival a été marqué cette année par la présence de nombreuses stars internationales et, ce, dès la cérémonie d’ouverture qui nous a offert deux moments riches en émotion qui resteront dans les annales du Festival : Leonardo Di Caprio remettant une Palme d’Or d’Honneur à Robert de Niro et Mylène Farmer sur scène pour un très bel hommage à David Lynch. Le lendemain, Robert de Niro était dans une salle Debussy pleine à craquer pour une conversation avec l’artiste JR tandis que Tom Cruise s’offrait un bain de foule avant de monter les marches avec toute l’équipe de Mission : impossible – The final reckoning. L’acteur américain Denzel Washington n’était jusqu’à présent jamais venu à Cannes : peu avant la projection du dernier film de Spike Lee, il est monté sur la scène du Grand Théâtre Lumière pour recevoir une Palme d’Or d’Honneur.
Ari Aster est l’un des réalisateurs américains les plus en vue du moment : pour la première fois en compétition avec son film Eddington, il est venu accompagné du casting sans doute le plus prestigieux de cette édition : Emma Stone, Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Austin Butler. Wes Anderson n’était pas en reste. Depuis quelques années, il a pris l’habitude d’arriver en bus avec tous ses (nombreux) acteurs et actrices. Pour The Phoenician scheme, son dernier film, il n’a pas failli à la tradition. Le bus transportait Benicio Del Toro, Benedict Cumberbatch, Bill Murray, Charlotte Gainsbourg, Mia Threapleton, Michael Cera…
Lynne Ramsay, l’une des réalisatrices préférées du Festival, était accompagnée de Jennifer Lawrence, Robert Pattinson mais aussi Sissy Spacek qui n’était pas revenue à Cannes depuis Une histoire vraie de David Lynch pour présenter son dernier film Die my love, l’histoire d’un couple tourmenté après la naissance de leur enfant. Dans un tout autre registre, Oliver Hermanus était à Cannes pour la première fois avec une histoire d’amour entre deux hommes au moment de la seconde guerre mondiale, interprétés par les deux jeunes acteurs les plus en vue du moment : Pedro Pascal et Josh O’Connor. L’interprète du Prince Charles dans The Crown n’avait pas pu faire le déplacement pour ce film, retenu sur un tournage, il était bel et bien là pour la projection du film de Kelly Reichardt, The Mastermind, dans lequel il joue un cambrioleur.
Nos coups de cœur
Même si la compétition a manqué un peu d’éclat, plusieurs films nous ont enthousiasmés, à commencer par le premier long-métrage d’Amélie Bonnin, Partir un jour, qui a fait l’ouverture du Festival. En plus d’être une excellente chanteuse, Juliette Armanet se révèle être une très bonne actrice. Aux côtés de Bastien Bouillon, elle irradie dans le rôle de Cécile, une jeune femme star de l’émission télévisée Top Chef et sur le point d’ouvrir son restaurant, qui va retrouver pendant quelques jours sa ville natale de province, ses parents, et son ancien amour de jeunesse. Un film réjouissant, surprenant et bien plus profond qu’il n’y paraît.
Hors compétition toujours, nous avons été emportés par le voyage dans le Temps proposé par La venue de l’avenir de Cédric Klapisch. L’un des réalisateurs français préférés a savouré cette première montée des marches cannoise en compagnie de son casting prestigieux (Sara Giraudeau, Julia Piaton, Paul Kircher, Vincent Macaigne, Cécile de France, Suzanne Lindon, Vassili Schneider…). Le film est sorti dans la foulée de sa présentation au Festival. Il devrait trouver son public : ambitieux, audacieux et passionnant, c’est sans doute le meilleur de Cédric Klapish.
Thierry Klifa faisait lui aussi son entrée en sélection officielle. Avec La femme la plus riche du monde, il s’empare de l’histoire de Liliane Bettencourt sans la nommer. C’est Isabelle Huppert, toujours parfaite dans ce genre de personnages, qui incarne cette femme à la tête d’une grande entreprise de cosmétiques, sévère et autoritaire et qui va trouver la légèreté qui lui manquait auprès d’un photographe réputé, sans gêne et agaçant, interprété par l’excellent Laurent Laffite.
La salle Agnès Varda a accueilli encore cette année de nombreux films hors compétition. Si nous devions en retenir deux, nous citerions spontanément Dites-lui que je l’aime, le très touchant film de l’actrice Romane Bohringer dans lequel elle établit un parallèle entre l’histoire de sa mère et celle de Clémentine Autain, ainsi que Moi qui t’aimais de Diane Kurys, présenté dans le cadre de la section Cannes Classics. Nous avions une certaine appréhension à l’idée de voir un biopic sur Simone Signoret et Yves Montand. Après quelques minutes d’adaptation (Marina Foïs et Roschdy Zem interprètent ces deux monstres sacrés du cinéma avec intelligence, sans chercher à les singer), nous avons été conquis par ce film qui revient sur la dernière année de l’actrice. Montand la délaissait pour aller voir ses maîtresses mais il revenait toujours au domicile conjugal. Diane Kury montre une relation toxique ; Montand apparaît comme un homme manipulateur tandis que Simone Signoret est touchante en femme amoureuse, consciente que sa jeunesse est passée.
Dans la catégorie Cannes Première, c’est le dernier film de Fatih Akin, Amrum, que nous avons préféré. A part dans sa carrière puisqu’il s’il s’est emparé de l’histoire très personnelle de son professeur de cinéma, ce film, tout en sobriété et en délicatesse, s’attache au regard que porte un enfant allemand sur les adultes qui l’entourent alors qu’Hitler vient de mourir et que la guerre est sur le point de s’achever.
La catégorie Un Certain Regard était particulièrement riche cette année. Promis le ciel d’Erige Sehiri avec Aïssa Maïga, qui a fait l’ouverture, a été très bien accueilli par les festivaliers : le film se déroule en Tunisie et suit la trajectoire de trois jeunes femmes ivoiriennes et d’une enfant rescapée, qui luttent pour vivre correctement dans un pays qui s’en prend aux migrants. Dans un tout autre registre, nous garderons en mémoire Love me tender d’Anna Cazenave Cambet, avec l’excellente Vicky Krieps qui apporte beaucoup de nuance au personnage du livre de Constance Debré, déterminée à vivre sa vie de femme et à récupérer la garde de son fils que son ex-mari lui a retiré lorsqu’il a appris qu’elle aimait les femmes.
Même si plusieurs films en compétition pour la Palme d’Or nous ont déçus, certains ont été de belles surprises. A Cannes, le public et la presse attendent d’être surpris et bousculés. Incontestablement, nous pouvons remercier le réalisateur espagnol Oliver Laxe de nous avoir offert une proposition cinématographique, visuelle et sonore inédite avec Sirat. Il a réveillé le public en l’embarquant avec Sergi Lopez dans un voyage à travers le désert marocain, dont il ne sortira pas indemne. Avec une bande-son extraordinaire (on suit avec le personnage de Sergi Lopez parti à la recherche de sa fille un groupe de ravers en quête d’une nouvelle fête), ce film sombre et déroutant oscille entre le Paradis et l’Enfer et prend des allures de chemin vers l’Apocalypse. Il fait partie de ces films dont nous nous souviendrons longtemps bien après le Festival.
Autres bonnes surprises de la compétition : le très réjouissant Nouvelle vague de Richard Linklater revenant sur le tournage de A bout de souffle de Godard, les sobres et touchants Romeria de Carla Simon et The history of sound d’Oliver Hermanus. Quant à la Palme d’Or, nous l’aurions décernée ex-aequo à Un simple accident de Jafar Panahi, film à la mise en scène implacable qui questionne sur la notion de vengeance et à Valeur sentimentale de Joachim Trier, un film sur la famille et les rapports père-fille, proche de l’univers de Bergman, qui nous a bouleversés.
Le palmarès
Samedi 24 mai, le jury de cette 78e édition présidé par Juliette Binoche a dévoilé son palmarès, en faisant des choix plutôt consensuels, partagés par la plupart des festivaliers et de la presse et en récompensant une œuvre cinématographiquement et politiquement forte.
Voici le palmarès :
- Palme d’Or : Un simple accident de Jafar Panahi
- Grand Prix : Valeur sentimentale de Joachim Trier
- Prix du Jury (ex-aequo) : Sirât d’Oliver Laxe et sound of Falling de Mascha Schilinski
- Prix de la mise en scène : Kleber Mendonça Filho pour L’agent secret
- Prix du scénario : Jean-Pierre et Luc Dardenne pour Jeunes mères
- Prix d’interprétation féminine : Nadia Melliti dans La petite dernière réalisé par Hafsia Herzi
- Prix d’interprétation masculine : Wagner Moura dans L’agent secret de Kleber Mendonça Filho
- Prix spécial : Résurrection de Bi Gan
La caméra d’Or a été décernée à The president’s cake de Hasan Hadi présenté à la Quinzaine des Cinéastes et une mention spéciale a été donnée à My father’s shadow réalisé par Akinola Davies Jr (Un Certain Regard)
Rendez-vous en 2026 pour la 79e édition du Festival de Cannes !
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