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Fausse Note : petits secrets entre monstres

1989. Philharmonie de Genève. A l’issue d’un concert, le chef d’orchestre H.P. Miller est importuné dans sa loge par Léon Dinkel, un spectateur aussi admiratif qu’envahissant. Plus l’entrevue se prolonge, plus le comportement du visiteur devient oppressant. Il connaît tout de la vie du maestro, dans les moindres détails. Comment est-ce possible ? Qui est t-il vraiment ? Quelle est en fait la véritable raison de sa visite ? Le mystère s’épaissit jusqu’à ce que Dinkel dévoile un objet du passé…

En 2017, Didier Caron monte pour la première fois « Fausse Note » au Théâtre Michel.  Le duo Dinkel-Miller est interprété respectivement par Christophe Malavoy et Tom Novembre. Le succès est au rendez-vous, mais l’auteur et co-metteur en scène n’est pas entièrement satisfait du résultat. La pièce est jouée à l’étranger, Didier Caron assiste à plusieurs de ces représentations. Dans les mains d’autres metteurs en scène, il en déduit vite être passé complètement à côté de sa propre création.

Didier Caron avoue sans détour, s’être fait « bouffer » par la scène du Théâtre Michel.  Sa première version de « Fausse Note » était trop maniérée, pas assez focalisée sur le duel psychologique entre Dinkel-Miller. Un reboot s’imposait. Nouveau casting, nouveau théâtre pour cette v.2 qui doit privilégier l’immersion et la sobriété. Avec ce postulat, il y avait de quoi craindre que la pièce soit une oeuvre maudite : Caron l’auteur, éternel insatisfait du Caron metteur en scène. Le résultat est tout autre, un retour aux sources d’un théâtre vrai. Un huis-clos magistral sans artifice.

Symphonie n°2 de « Petits mensonges entre amis »

Une Fausse Note sublime

A la seconde où Miller entre dans la salle d’un pas ferme, insatisfait de la prestation de son orchestre. On est happé par la prestance autoritaire de Pierre Azema. Sans un mot, on comprend que ce Maître va être une ordure. Tout le contraire de l’entrée de Dinkel à la démarche incertaine. Pierre Deny compose en finesse un visiteur du soir maladroit et semble-t-il ingénu. Le tableau est installé, mais les dés sont pipés.

Il suffit d’un geste, d’une remarque, pour sentir que ça va mal finir. A l’image de Dinkel qui prend une photo souvenir de Miller « Un léger sourire, moins carnassier ? » Ca sonne faux. On reste sur nos gardes, pour mieux apprécier la complicité entre Azema et Deny . Un combat rhétorique sous haute tension, qui nous gratifie d’une justesse d’interprétation.

A menteur, menteur et demi

Un plan séquence théâtral

Le pari de Didier Caron est réussi. La v.2 de « Fausse Note » est fluide, et l’attention toute portée sur ses comédiens. On est témoin d’un plan séquence millimétré à la virgule prêt. Chaque mot compte, et les retournements de situation sont de plus en plus perturbants. L’écriture trés cinématographique, donne à la pièce cet aspect de film théâtral. Soyez bien attentif à ce qui est dit au début, les implants sont nombreux.

A l’issue de la première partie, on respire enfin. Les véritables enjeux sont dévoilés. Le rythme décélère soudain, un peu trop.  Mais cette parenthèse flottante s’avère nécessaire. Elle instaure un rythme oppressant de plus en plus psychologique, qui culmine dans un climax émotionnel poignant.

Requiem pour une note

« Fausse Note » est un véritable jeu de piste qui conduit à nous questionner sur notre part d’ombre. On se projette autant dans la peau d’un salaud et que dans celle d’une victime qui a perdu foi dans l’humanité. Et si ça m’était arrivé, comment j’aurai réagi ? La « Fausse Note » à l’origine de ce procès, dont on est le jury, fait écho à l’actualité. Comme le dit Dinkel : « Nous partageons la même passion, les monstres. » Azema et Deny incarnent à merveille cette zone d’ombre propre à chacun.

Fausse Note 
Du jeudi au samedi – 21h / Le dimanche – 16h30, au Théâtre de la Contrescarpe
Avec : Pierre Azema et Pierre Deny
Mise en scène par Didier Caron
+ d’infos : ici

A propos Yohann.Marchand

Contact pro : yoh.marchand@gmail.com Twitter : @Mister_Yohann

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