Mussolini – Tome 1 : Avanti Popolo :  la chute de du Duce racontée en roman graphique !

Avec Mussolini – Tome 1 : Avanti Popolo, le scénariste Patrice Perna et le dessinateur Malo Kerfriden revisitent les derniers jours du dictateur italien à travers le regard d’un jeune partisan. Entre fresque historique et récit initiatique, ce premier volume interroge autant la chute d’un régime que les mécanismes intimes de la vengeance, de la justice et de la responsabilité individuelle.
 

La chute du fascisme constitue le thème central de cet album. Mais Patrice Perna et Malo Kerfriden évitent soigneusement le piège du simple récit historique. Si Avanti Popolo raconte les dernières heures de Benito Mussolini au printemps 1945, alors que l’Italie bascule définitivement dans l’après-guerre, l’ouvrage pose aussi une question universelle : que faire lorsque l’homme que l’on a appris à haïr se retrouve enfin à portée de main ?

À travers la trajectoire de Folco, adolescent italien exilé en France devenu partisan, les auteurs explorent les zones grises de l’engagement politique, du désir de vengeance et du sens même de la justice. Derrière l’effondrement d’un régime se dessine ainsi le portrait d’hommes confrontés à leurs choix moraux.

Ce nouvel album s’inscrit dans la continuité du travail de Patrice Perna, devenu au fil des années l’un des spécialistes français du roman graphique historique consacré aux zones d’ombre du siècle dernier. Après Kersten, médecin d’Himmler, Darnand, le bourreau français, La Part de l’ombre ou encore Mercader, l’assassin de Trotsky, le scénariste poursuit son exploration des totalitarismes et de ceux qui les ont servis. À ses côtés, Malo Kerfriden n’est pas non plus un novice lorsqu’il s’agit de mettre en scène les tensions du politique. De KGB à Res Publica, en passant par plusieurs récits mêlant histoire, géopolitique et enjeux de société, le dessinateur a développé une approche où la dimension humaine reste toujours au premier plan.

Pour mesurer la force du récit, il faut rappeler son contexte historique. En avril 1945, le Troisième Reich s’effondre. Les Alliés progressent sur tous les fronts tandis que les partisans italiens reprennent les grandes villes du nord du pays. Mussolini, qui avait bâti son pouvoir dès 1922 avec la marche sur Rome et inspiré de nombreux mouvements autoritaires européens, n’est plus que l’ombre de lui-même. Isolé, paranoïaque, abandonné par une partie de ses soutiens, il tente de fuir vers le lac de Côme avec les derniers fidèles de la République sociale italienne.
C’est cette fuite désespérée que raconte Avanti Popolo. Non pas celle d’un chef de guerre mais celle d’un homme confronté à la faillite totale de son idéologie.

La grande réussite du scénario de Patrice Perna réside dans son refus du manichéisme. Le fascisme est clairement désigné pour ce qu’il fut : une entreprise de domination fondée sur la violence, la propagande et l’écrasement des libertés. Pourtant, l’auteur ne transforme jamais son récit en leçon d’histoire illustrée. Le personnage de Folco sert de contrepoint à Mussolini. L’un entre dans l’âge adulte au moment où l’autre sort de l’Histoire. Leurs trajectoires opposées créent une tension dramatique particulièrement efficace. Plus l’étau se resserre autour du Duce, plus le lecteur s’interroge sur les motivations du jeune partisan. Le récit devient alors un questionnement moral : la justice peut-elle se confondre avec la vengeance ? Que reste-t-il de l’honneur lorsque la guerre touche à sa fin ?
Graphiquement, Malo Kerfriden adopte un style situé à mi-chemin entre le réalisme franco-belge contemporain et une ligne claire assouplie. Son dessin évoque parfois certaines œuvres de Jacques Tardi, Pierre Alary ou Christian de Metter par sa capacité à privilégier les visages et les émotions plutôt que la démonstration spectaculaire. Les personnages se distinguent immédiatement grâce à des regards extrêmement travaillés, des expressions nuancées et un encrage précis qui ne verse jamais dans la caricature.

Le dessinateur ne cherche pas à impressionner par l’accumulation documentaire. Il préfère l’efficacité dramatique. Les décors rigoureusement documentés  s’effacent souvent pour laisser toute leur place aux tensions psychologiques. Le découpage des planches témoigne également d’une véritable culture cinématographique. Plans larges sur les campagnes italiennes, gros plans sur les regards, champs-contrechamps silencieux : la narration emprunte volontiers au néoréalisme italien autant qu’au thriller historique contemporain. La mise en couleurs de Florence Fantini joue un rôle essentiel dans l’atmosphère mélancolique du récit. L’impression générale pourrait faire croire à une bichromie tant dominent les ocres, les bruns et les beiges poussiéreux. Pourtant la palette se révèle beaucoup plus riche, mêlant verts olive, gris bleutés, carnations variées et noirs profonds.
Cette gamme volontairement désaturée évoque les photographies anciennes colorisées et accompagne parfaitement l’effondrement d’un monde. La lumière, souvent douce et légèrement voilée, baigne l’ensemble d’une mélancolie diffuse. Loin des couleurs héroïques ou triomphantes des récits de guerre traditionnels, Fantini privilégie une approche naturaliste qui renforce la crédibilité historique et la gravité du propos. Avanti Popolo s’inscrit dans une filiation qui va des œuvres historiques de Jacques Tardi aux grandes productions documentaires publiées aujourd’hui chez Glénat. Sans relever du reportage dessiné ni de l’autofiction, l’album appartient pleinement à cette famille du roman graphique du réel où la rigueur documentaire nourrit une fiction profondément humaine.
Avec ce premier volume particulièrement maîtrisé, Patrice Perna, Malo Kerfriden et Florence Fantini livrent une œuvre ambitieuse qui réussit à conjuguer précision historique, profondeur psychologique et efficacité narrative. En racontant les derniers jours du fascisme italien à travers le regard d’un jeune partisan, Mussolini – Avanti Popolo rappelle que les grandes tragédies politiques se jouent toujours à hauteur d’homme. Une bande dessinée aussi instructive qu’émouvante, qui confirme la vitalité du roman graphique historique contemporain et donne l’envie de découvrir au plus vite le second tome.

Jean-Christophe Mary

Mussolini – Tome 1 : Avanti Popolo
Scénario : Patrice Perna
Dessin : Malo Kerfriden
Couleurs : Florence Fantini
Éditeur :  Éditions Glénat
Collection : 24×32
Série : Mussolini, Avanti Popolo
Genre : Bande dessinée historique / récit biographique / drame historique
Format : Cartonné, couleurs
Nombre de pages : 56 pages
ISBN : 978-2-344-05629-5
EAN : 9782344056295
Date de parution : 24 juin 2026 

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