Annoncé d’abord par Frédérik Peeters lui-même comme une longue saga de science-fiction (dont le blog http://projet-aama.blogspot.fr/ a constitué une sorte de journal de bord), AAMA prendra finalement la forme d’une série en 4 tomes. La fin approche (pour l’année prochaine donc) et ça se sent avec ce troisième volet qui opère un tournant décisif dans le récit. C’est donc auréolé de son prix de la meilleure série au dernier Festival D’Angoulême (tandis que l’auteur s’est vu tout récemment récompensé au festival Quai des Bulles de St Malo) que le nouveau tome de AAMA arrive dans les librairies. Rappelons pour ceux qui n’auraient pas encore eu la chance de découvrir la série qu’il s’agit de l’histoire de Verloc Nim, un type un peu loser et tentant de vivre en marge d’un monde futuriste hyper-technologique et qui va suivre son frère Conrad dans une mission spatiale qui vont les faire débarquer sur la planète Ona(Ji) pour récupérer une mystérieuse substance au centre d’un étrange projet scientifique, le Aâma.

Mais ce tome 3 pousse définitivement le bouchon plus loin, ce n’est plus le cadre qui semble entraîné dans une transformation frénétique et incontrôlable, c’est le récit tout entier qui semble dynamité, la narration qui soudain semble dévier de sa trajectoire. Projeté malgré lui dans un voyage intérieur aussi mouvant et perturbant que son escapade sur Ona(ji), Verloc en sortira profondément changé et finissant seul, ayant tout perdu , accédera enfin à la vérité. De même que le lecteur assiste alors à une remise en cause du pacte de lecture : le récit s’extrait brutalement de sa forme initiale (qui rappelons-le faisait de l’intrigue un long flash-back partant de la situation initiale montrant Verloc perdu sur Ona(ji) en compagnie de Churchill et qui consultait son livre de souvenirs afin de comprendre comme il en avait pu en arriver là) et nous révèle alors le double fond de l’intrigue, ce qui juste là était hors-champ pour nous faire passer de l’autre côté du miroir comme le suggère le titre. Si le lecteur doit bien avouer ne pas toujours savoir où cela mène, le tour de force de Peeters est de savoir nous perdre sans jamais cesser de nous captiver. Son talent de conteur, la fluidité et l’efficacité de son découpage ne sont jamais prises en défaut alors que le rythme s’emballe et que l’on passe de séquences contemplatives à des scènes d’action spectaculaires. Le suspense reste absolument haletant. On ressent à chaque planche à quel point Peeters se fait plaisir et de fait nous donne du plaisir. Ça n’augure que du bon pour la fin de cette série.
AAMA – Trois tomes aux éditions Gallimard – Hors Collection – Paru le 10 octobre 2013
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