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La Gymnastique du prestige à l’oubli : Portait de 2 gymnastes

Elles ont toutes les deux été membres de l’équipe de France, Doriane Thobie de 2008 à 2012 et Carole Micheli de 1987 à 1991. Se sont deux générations et deux esprits différents qui se rencontrent, deux destins de gymnastes de haut-niveau qui étrangement se ressemble. Toutes deux blessées la veille des jeux olympiques, elles ont vues leur rêve s’envoler. Carole Micheli nous raconte dans  son ouvrage « La Gymnastique du prestige à l’oubli », sa carrière de gymnaste de haut-niveau.

La Gymnastique du prestige à l’oubli -Doriane Thobie  Carole Micheli
La Gymnastique du prestige à l’oubli -Doriane Thobie Carole Micheli

Un témoignage touchant, où elle nous dévoile l’envers du décor de ce sport aussi captivant qu’intransigeant.  Elle nous dit tout sur ses débuts, ses voyages, ses victoires, elle nous parle avec émotion de sa passion pour la gymnastique. Elle nous  fait aussi partager toutes  les difficultés qu’elle a surmontées pour parvenir au sommet, de ses blessures tant physiques que psychologiques, et des innombrables exigences que représente la gymnastique de haut-niveau. Mais qu’en est-il aujourd’hui de toutes les sollicitations que représente la gymnastique de haut-niveau ? Doriane Thobie tout fraîchement devenue ancienne membre de l’équipe de France, nous raconte son parcours commenté et argumenté par Carole Micheli.

 Les débuts de Doriane et Carole

Doriane : J’ai commencé la gymnastique dès l’âge de deux ans en Baby-gym. Ma mère entrainait les petits, j’allais avec elle pour m’amuser, et puis j’ai voulu commencer la gym. Ensuite je suis passé dans un groupe supérieur où dès l’âge de six ans, je m’entrainais trois fois à raison de 6 heures par semaine. De 9 ans à 10 ans j’ai commencé à faire de la gym tous les jours en centre de performance au Mans. J’ai fais plusieurs stages nationaux, et c’est là où les coachs du pôle m’ont détecté. Á l’âge de 11 ans je suis partie au pôle à Créteil. Lorsqu’ ils m’ont proposé  j’ai tout de suite voulu partir, et ensuite je me suis posée quelques questions comme : Ma famille va me manquer, comment je vais faire ? Les entrainements vont-ils être durs ? Alors là j’ai réfléchi et je ne voulais plus trop partir… Ensuite je me suis dit qu’il fallait essayer car c’était une chance de pouvoir intégrer un pôle, alors j’ai finalement accepté et ça vraiment été un choix de ma part. Á l’âge de onze ans au pôle de Créteil je pratiquais 28h de gym par semaine. Deux ans après je suis partie à Saint-Etienne où je pratiquais 30h de gym par semaine. Je suis restée à Saint-Etienne deux ans  et ensuite je suis partie un an à l’INSEP.

 

La Gymnastique du prestige à l’oubliCarole : Tout comme Doriane, j’ai commencé la gymnastique au Club St-Giniez pour m’amuser à l’âge de 3 ans. Ma sœur en faisait déjà et à chaque fois que j’allais la chercher, je montais sur les agrès. À 4 ans, ma mère m’a inscrite dans un cours. Dès l’âge de sept ans, j’ai commencé à être en sport-étude. Je m’entrainais tous les jours et deux fois par semaine je partais à 15h de l’école pour aller m’entrainer. J’étais bien au-delà des 6h par semaine de Doriane ! À peu près à 20h par semaine.

Quand j’ai eu 11 ans, j’ai commencé à m’entrainer avec les entraineurs chinois du Club, Mao et Xuan. J’avais 35h de gym par semaine. À mon époque, il n’y avait pas de détection par le biais de stages nationaux. Les Pôles étaient des centres de haut-niveau. Il y en a avait trois, celui de Marseille, Paris et St-Etienne. Et comme la salle du club et du centre de haut-niveau de Marseille était la même, pour moi commencer le haut-niveau n’a rien changé sur le plan géographique et donc familial.

En 1990, tous les membres de l’équipe de France féminine ont été regroupés à l’INSEP en vue de la préparation des Championnats du Monde et des JO de Barcelone de 1992. Je suis donc partie sur Paris en septembre 1990.

La vie au pôle

Doriane : Une journée en pôle est difficile et fatigante, puisqu’on n’a pas le temps de se reposer. Á Créteil, je commençais les cours à 8h00 pour finir à 10h00. J’allais à l’entrainement de 10h30 à 13h00. Puis nous retournions en cours de 14h00 à 16h00, pour ensuite retourner à la gym de 16h30 à 19h.

Á Saint-Etienne on avait cours de 8h00 à 10h00, on commençait l’entrainement à 10h15 jusqu’à 13h00. On mangeait au pôle et on retournait  en cours de 14h00 à 15h00. On reprenait ensuite la gym de 15h30 à 18h30. Ensuite le soir, on avait souvent une séance de kiné, jacuzzi et sauna pour se détendre et se soigner.

Á l’INSEP les cours commençaient à 7h45 jusqu’à 10h00. On allait ensuite à l’entrainement de 10h15 à 13h00, puis on mangeait au self. On retournait en cours de 14h15 à 16h00, pour ensuite reprendre l’entrainement de 16h30 jusqu’à 19h30.

Aux entrainements il n’y avait pas forcément des choses que j’aimais faire en particulier. Mais il y avait des jours où je n’avais pas très envie  d’aller à la gym à cause de la fatigue…Certaines fois c’était dur de se mettre dans l’entrainement. Heureusement il y avait une bonne ambiance avec les coachs des différentes structures, même s’il faut l’avouer, que ce n’était pas tous les jours faciles… L’éloignement avec les parents a été également difficile, surtout les deux premières années à Créteil. Ensuite je m’y suis faite, tout allait bien, mise à part quant il y avait des petits coups de blues et de fatigues…

Carole : À Marseille, mes horaires étaient un peu comme ceux qu’elle avait à Créteil. Le soir par contre, je finissais vers 20h.

À l’INSEP, j’avais la plupart du temps les mêmes horaires que Doriane. Sauf durant quelques mois, où nous nous sommes entrainées le matin avant d’aller en cours, à raison de deux fois par semaine (de 6h30 à 7h30).

Comme je l’ai dit précédemment, je ne suis partie à l’INSEP qu’à mes 16 ans et je suis restée là-bas que 6 mois, après quoi j’ai dû arrêter ma carrière en raison de mon problème de dos. Je n’ai donc pas trop eu de difficultés par rapport à l’éloignement de ma famille. Quand je partais en stage, j’étais un peu triste mais je savais que cela n’allait pas durer longtemps.

Concernant les entrainements, au début j’adorais ça bien sûr, comme toutes les jeunes gymnastes. Et puis quand à l’âge de 11 ans, j’ai commencé à m’entrainer avec les chinois, et que les responsables du Club St-Giniez et du Pôle m’ont fait comprendre qu’il fallait que je prenne ma carrière davantage au sérieux si je voulais faire du haut-niveau, les choses sont devenues plus compliquées. Plus de rigueur, plus d’heures d’entrainements, moins de plaisir.

La différence entre la plupart des gymnastes d’aujourd’hui et moi, c’est que je n’ai pas choisi de faire du haut-niveau. Les choses se sont imposées à moi ou plutôt je dirais que l’on a choisi pour moi.

La vie scolaire au pôle

 Doriane : Il n’y avait pas trop de suivi scolaire au pôle, la gym était plus importante. On passait beaucoup plus de temps dans la salle gym que dans les salles de cours. Et le soir après les entrainements on n’avait pas forcément envie de travailler et de réviser,  parce qu’on était trop fatigué. Ce rythme scolaire me convenait, nous avions peu de cours puisque nous bénéficions d’horaires aménagées. Parfois je n’avais pas forcément envie d’aller à la gym des heures et des heures, j’aurai préférée rester plus longtemps en cours avec les autres élèves. Et il est vrai, qu’avant de partir en pôle  je n’avais pas particulièrement de projet professionnel, mon objectif était uniquement sportif.

Carole : Il est vrai que lorsque l’on fait du haut-niveau, la gymnastique passe avant toute autre chose et en particulier avant l’école. J’étais moi aussi bien trop épuisée après les entrainements pour faire mes devoirs. Quand vous rentrez à 20h30 chez vous, qu’il faut encore vous doucher et manger, il faut être lucide, les devoirs, on les met de côté. C’est bien dommage, car pour ma part, j’étais plutôt bonne élève en primaire. Mais arrivée en 6ème, mes heures d’entrainements et le nombre de compétitions ayant augmentés, j’ai peu à peu eu du mal à suivre les cours. Pour la petite anecdote, en 6ème, je n’ai aucune note sur mon bulletin du 3ème trimestre. J’ai tellement été en compétition et en stage, que je n’ai pas pu faire les interrogations comme les autres élèves. Du coup, j’ai dû redoubler ma 6ème.

Tout comme Doriane, durant notre carrière, on ne pense pas à notre avenir professionnel, seules les prochaines compétitions de gym comptent. Et c’est bien pour cela que l’après-carrière est si difficile à gérer… On se retrouve sans activité sportive et donc sans objectif, sans projet de vie.

Le suivi médical au pôle

Doriane : Nous avions un bon suivi médical dans les structures de Haut-Niveau,  à Créteil nous avions kiné trois fois par semaine (massage, replacement des articulations, électrodes). Á Saint-Etienne nous avions aussi kiné trois fois par semaine, (massage, replacement des articulations) et nous avions également à disposition le jacuzzi et le sauna qui permettaient de nous détendre. Á l’INSEP le kiné venait quatre fois par semaine, il y avait aussi l’espace détente (hammam, sauna, bain chaud, bain froid). Et bien sûr il y avait une structure rééducation, où tous les athlètes de l’INSEP venaient pour y faire de la rééducation après une blessure.

Carole : Il y a apparemment eu des améliorations sur le point médical même si je reste persuadée que ce n’est pas le suivi médical qui pose soucis en gymnastique, c’est plutôt le trop grand nombre d’heure d’entrainement et ce que l’on fait subir à notre corps à un âge où il est en pleine croissance.

Que ce soit à Marseille ou à Paris, nous avions également un kiné mais nous allions le voir que lorsqu’une douleur s’était déclarée. Il n’y avait rien du côté préventif. À l’INSEP, nous avions un sauna mais nous avons dû l’utiliser une ou deux fois. Honnêtement, j’ai du mal à croire comment Doriane a eu le temps d’en profiter au vu du nombre d’heure d’entrainement et de cours…

La vie à L’INSEP

Doriane : L’intégration à l’INSEP a été facile, il y avait une très bonne ambiance avec les filles de la gym tout autant qu’avec les autres sportifs (basket, waterpolo, GR…). Entre les gymnastes l’ambiance était super, nous étions toujours à l’écoute les unes envers les autres dans les moments difficiles. Il n’y avait pas de concurrence entre nous, au contraire ont se soutenaient tout le temps. Á l’entraînement nous étions toujours en train de nous encourager. Il y avait un vrai esprit d’équipe malgré nos différences d’âges.

Carole : Mon intégration à l’INSEP s’est aussi faite assez facilement. J’aimais bien au départ l’idée de quitter le cocoon familial. Puis, quand on a commencé à prendre le rythme des cours, des entrainements, des retours sur Marseille, mon moral en a un peu pris un coup.

Pour ce qui est de l’ambiance, en apparence, on avait l’air de toutes bien s’entendre, et de s’entraider. Il y avait quelques coalitions mais très anormales pour des adolescentes. Nous étions ce que l’on appelle de bonnes camarades. La dureté des entrainements engendrait cette solidarité. Nous étions toutes dans la même galère…

Mais il faut être encore une fois honnête, la gym est un sport et qui dit sport dit concurrence. L’esprit d’équipe ne peut pas réellement exister dans un sport aussi individualiste. Les rares compétitions où nous formions une équipe, on pouvait voir se dessiner une espèce de fraternité mais pas le reste du temps.

Quand une fille se blessait, on se disait mieux vaut elle que moi. Je ne suis pas sure que les choses aient vraiment changé à ce niveau-là. À lire Doriane, on dirait que la gymnastique est un beau monde! (Elle est encore dans cette période de sa vie où elle idéalise l’environnement dans lequel elle a baigné).

 Et après…

Doriane : Le retour à la vie normale c’est très bien passé un peu dur au début, car après cinq ans d’absence, il fallu retrouver les habitudes de la vie de famille.

Mon plus grand regret a été ma blessure juste avant la qualification pour les jeux au test évent, et de ne pas avoir pu participer aux Jeux Olympiques… Je suis triste, c’était mon rêve mais c’est ainsi je me dis que cela peut arriver à tout le monde…Après plus d’un an d’arrêt dans le haut niveau, je ne me vois plus remettre les pieds autant d’heures dans un gymnase…  C’est trop dur de reprendre, surtout que maintenant je connais « la vie normale ». Ça change beaucoup c’est sûr mais ça ne me manque pas. Je pratique toujours de la gym pour les compétitions équipes, pour être avec les filles de mon club, avec qui je voulais faire des compétitions depuis longtemps. J’y suis enfin, et c’est super !!!

Les meilleurs souvenirs que je retiens sont, les nombreux voyages que j’ai pu faire avec l’équipe de France, l’ambiance avec les filles, j’ai vécu une superbe expérience et je ne regrette pas de l’avoir fait, même si ça n’a pas été toujours facile. L’expérience du haut- niveau nous rend plus fort. On quitte les parents au plus jeune âge, ce qui nous renforce mentalement. Cela m’a également permit de faire beaucoup de rencontres enrichissantes.

Carole : Pour ma part aussi, le retour à une vie normale a été difficile. Les regrets, la découverte d’une vie scolaire classique, les sorties… Il faut s’habituer et au départ je me suis sentie quelque peu déboussolée. Les quelquefois où je retournais au Pôle, je me sentais une étrangère, mise à l’écart. Et puis comme Doriane, j’ai pris gout à ne plus aller m’entrainer. La gym ne me manquait pas, je regrettais seulement d’avoir arrêté ma carrière sur blessure et si près des JO.

Pour ma part, la chose la plus compliquée à gérer a été la prise de poids. Doriane n’a peut-être pas encore passer ce cap car elle s’entraine encore un peu d’après ce que j’ai compris. La plupart de mes anciennes copines de gym ont pris plusieurs kilos après l’arrêt de leur carrière et certaines ont aujourd’hui encore des problèmes de poids et également sur le plan nutritionnel (anorexie, boulimie).

Je garde moi aussi un excellent souvenir de mes voyages. Il est vrai que la gym nous prépare assez bien sur le plan mental. Gestion du stress, rigueur, dynamisme sont autant d’atouts qui m’ont permis d’avancer sur le plan professionnel.

Le conseil de Doriane et Carole pour toutes celles qui souhaitent intégrer le Haut-Niveau :

Doriane : Pour pouvoir rentrer en pôle il faut être sûr de son choix, avoir l’envie de faire beaucoup de gym et être sûr de ne rien regretter par rapport au départ de chez soi.

Carole : Depuis la parution de mon livre, j’ai souvent des parents qui me demandent conseils par rapport à l’entrée de leur enfant en Pôle. Les deux principales choses que je leur demande sont les suivantes :

– Votre fille aura-t-elle le niveau et le mental pour être en équipe de France ? Car partir en Pôle, s’entrainer 35h par semaine, mettre de côté sa scolarité, pour ne pas participer au moins à un Championnat d’Europe ou du Monde, je trouve que c’est du « gâchis ».

– Serez-vous prêt à la soutenir quand sa carrière sera finie et qu’elle ne sera à vos yeux, plus qu’une fille ordinaire ?

Enfin, mon conseil pour les gymnastes en herbe, gardez à l’esprit que ce n’est qu’un sport, que cela doit rester un jeu, un amusement.

 

La Gymnastique du prestige à l’oubli  -Doriane Thobie

 

Merci à Doriane et Carole d’avoir répondu à mes questions. Si vous souhaitez en savoir plus sur la carrière de Carole Micheli, son livre est disponible sur Amazon.fr ou dans toutes les boutiques en lignes de vos magasins libraires.

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