Cédric Klapisch est l’un des réalisateurs préférés des Français. Pourtant, aucun de ses films n’a été présenté à Cannes. Cette 78e édition vient de réparer cette injustice en lui offrant sa première montée des marches en sélection officielle avec son dernier film La venue de l’avenir. Entouré de son casting prestigieux (Cécile de France, Julia Piaton, Suzanne Lindon, Sara Giraudeau, Vincent Macaigne, Zinedine Soualem, Paul Kircher, Vassili Schneider et bien d’autres), Cédric Klapisch a évidemment savouré ce moment.
Avec son quinzième film, il nous embarque dans un voyage dans le temps, entremêlant notre époque, le XXIème siècle et ses nouvelles technologies et la fin du XIXème, l’époque des Impressionnistes et des grands écrivains. Le point de départ de ce va-et-vient dans le temps, c’est une maison en Normandie, délabrée et abandonnée depuis près de quatre-vingts ans. Elle appartenait à Adèle (Suzanne Lindon), une paysanne montée à Paris pour retrouver sa mère (Sara Giraudeau). Ses lointains héritiers sont convoqués par un promoteur immobilier pour décider du sort de cette maison. A cette occasion, une trentaine de personnes se découvrent cousins et quatre d’entre eux (Julia Piaton, Vincent Macaigne, Abraham Wapler et Zinedine Soualem) se rendent sur place et découvrent peu à peu l’histoire de leur aïeule.
Un projet audacieux et ambitieux qui tient la route du début à la fin. Il faut bien reconnaître que La venue de l’avenir a été l’un des films les plus enthousiasmants présentés lors de ce Festival de Cannes.
Nous avons pu rencontrer Cédric Klapisch ainsi que Cécile de France, Vincent Macaigne et Zinedine Soualem qui incarnent des personnages du XXIème siècle au dernier étage de l’hôtel Marriott, sur la terrasse By Albane.

France Net Infos : La notion de voyage est importante dans vos films. Là, vous nous conviez à un voyage dans le Temps…
Cédric Klapisch : J’aime bien l’idée qu’une séance de cinéma soit un départ dans un autre pays. Là, effectivement, il y a à la fois cette jeune fille qui part de Normandie et qui va à Paris et un vrai voyage dans une autre époque, en 1895. C’était un vrai voyage pour une jeune fille, et puis à la fois pour nous, un voyage dans le temps.
France Net Infos : Le point de départ de ce voyage, c’est cette maison en Normandie, qui contient une sorte de trésor caché….
Cédric Klapisch : C’était un rêve de gamin. J’ai l’impression qu’on a tous ce fantasme-là dans la tête. Je me souviens d’avoir été dans des maisons de personnes de ma famille un peu éloignées. Il y avait des costumes dans des vieilles malles et on aimait se déguiser. C’est vrai que j’avais en moi ce côté enfantin de la maison hantée avec des secrets cachés dans le grenier. J’ai l’impression qu’il y a ça aussi quand on regarde de vieilles photos. On éprouve un plaisir enfantin à essayer d’imaginer ce qu’était la vie à l’époque. J’aimerais beaucoup un jour me pencher sur mes ancêtres. La préhistoire me passionne. C’est toujours tellement enrichissant de comprendre ce que l’humain a vécu pendant des centaines de milliers d’années.
France Net Infos : Vous avez fait le choix de mêler deux époques, la nôtre et la fin du XIXe siècle. Vous aviez cette volonté de faire un film en costumes ?
Cédric Klapisch : C’est une idée que j’avais dès le départ. J’avais envie de faire un film en costumes et de faire un film d’époque. Mais assez rapidement avec mon scénariste on a voulu qu’il y ait la présence de la période d’aujourd’hui. J’aime beaucoup dans Titanic le fait qu’on voie le personnage de Kate Winslet avoir 100 ans. Et on fait des allers-retours entre ce qu’on connait du Titanic aujourd’hui et la plongée dans le drame du Titanic. Avec mon scénariste, on a eu envie de développer ce dispositif, en consacrant 50% à aujourd’hui et 50% à l’époque.
France Net Infos : Vincent Macaigne, vous incarnez Guy, l’un des personnages de l’époque contemporaine. Il est apiculteur et il est aussi le plus convivial de tous les cousins, celui qui cherche le plus à nouer des contacts avec les autres…
Vincent Macaigne : En effet, mon personnage, Guy, est très convivial. En fait ce qui est très beau dans les films de Cédric, c’est que ce sont des films sur des groupes, sur des familles. Mais ce sont aussi des films sur la vision que Cédric a de l’être humain. Peu importe l’époque, on veut toujours être dans la vie : c’est cela que racontent ses films. Nos personnages découvrent ce tableau de Monet puis cherchent à savoir comment il a été peint, d’où il vient et qui sont les personnes qui y sont représentées. Tout cela apporte de l’humain à ce chef d’oeuvre. J’ai l’impression que mon personnage est dans cette idée de Cédric de réunir les gens. Mais au-delà de cette humanité et cette envie du collectif, il y a aussi cette idée de brosser une histoire de la France. Quand je vois le film, il me réconcilie avec le passé et le présent. Il réécrit notre histoire en disant que le XXème siècle a été un siècle ultra violent. Mais ça a été aussi un siècle où il y a eu des jeunes gens modernes, des jeunes gens qui se sont aimés et où il y a eu aussi Claude Monet. Et finalement, ce qui reste, c’est cette œuvre d’art. On sort du film avec une envie de vivre, une envie de s’aimer, une envie de créer. Donc c’est un film qui est immense, l’air de rien. Je suis vraiment fier d’avoir joué dans ce film !
France Net Infos : Il a fallu reconstituer le Paris de la Belle Epoque pour le film. Cela n’a pas été trop compliqué ?
Cédric Klapisch : Ca a été super compliqué à faire. D’abord, il y a un travail de documentation qui prend beaucoup de temps. Il faut beaucoup se renseigner, aller dans les musées, lire des livres. Avant même d’écrire une ligne sur le scénario, il y avait vraiment un travail de documentation énorme. Puis, il y a la fabrication du film avec tout ce que cela implique, les costumes, les décors, les trucages numériques. Paradoxalement, pour faire des images anciennes réussies, il faut utiliser beaucoup de techniques très modernes. Donc c’était très compliqué au niveau cinématographique, au niveau fabrication.
France Net Infos : Le film critique d’une certaine façon notre époque avec l’omniprésence des réseaux sociaux, de l’instant…
Cédric Klapisch : J’essaie de montrer à quel point il y a une dictature de l’instant dans notre époque parce que les réseaux sociaux, le marketing, la publicité nous poussent à voir que ce qui a été fait dans la journée ou avant-hier. Il y a vraiment un oubli des choses qui se sont passées il y a un an, dix ans ou cent ans. J’essaie de faire la publicité des choses qui se sont passées il y a 150 ans. C’est bien de ne pas l’oublier, de continuer à avoir un regard là-dessus. Les albums de photos de votre grand-père, peut-être que ça ne vous intéresse pas, mais si vous y jetez un coup d’œil, peut-être que ça va vous intéresser. J’ai voulu faire un portrait de la jeunesse à deux époques différentes. En plus, c’était drôle que le personnage d’Adèle, une jeune fille de 20 ans soit l’arrière-grand-mère de ces personnages-là. C’était drôle de dire que vos arrière-grands-parents ont été jeunes aussi. En fait, la jeunesse n’a pas d’âge, et elle traverse vraiment les époques.
France Net Infos : C’est un jour important pour vous. Vous êtes pour la première fois sélectionné à Cannes…
Cédric Klapisch : C’est mon 15ème long métrage et c’est le premier qui passe à Cannes. Forcément, il y a quelque chose d’un peu intense. Je ne pensais pas que je savourerais à ce point-là. Je suis très heureux de vivre ça. En plus, il y a vraiment une notion collective et collégiale qui est super attachante. Ce film n’est pas très différent de mes autres films mais il a plus d’ampleur parce que c’est un film d’époque.
France Net Infos : Zinedine Soualem, vous avez joué dans plusieurs films de Cédric Klapisch. Dans celui-là, vous interprétez un professeur qui va prendre sa retraite…
Zinedine Soualem : Mon personnage se demande ce qu’il a apporté à ses élèves. Il a été prof pendant quarante ans et à la fin du film, il a la réponse à sa question. Tout est dit dans la scène où ses élèves lui font une haie d’honneur pour son départ à la retraite. La transmission se fait par l’enseignement, par l’art.
France Net Infos : Cécile de France, vous incarnez une historienne de l’art qui a été une ancienne élève de ce professeur…
Cécile de France : Avec Vincent, on a joué dans Bonnard, Pierre et Marthe et j’avais déjà commencé à me documenter sur l’Impressionnisme. Cédric m’a dit qu’il fallait que je joue mon personnage de tout mon cœur et que je sois vraiment sincère. Donc, je me suis dit qu’il fallait que je me passionne pour les Impressionnistes. Et alors, après, ce qui est assez incroyable, c’est qu’en me documentant, j’ai trouvé des points communs entre les Impressionnistes et le cinéma et le travail de Cédric. Monet adorait peindre la modernité. Par exemple, il peignait des trains. A l’époque, c’était complètement fou de faire ça. C’était nouveau de peindre sa sœur, son grand-père, sa voisine, la boulangère. Et ça, on le reconnaît aussi dans le cinéma de Cédric. Ils ont tous les deux une réflexion sur le temps aussi. Les Impressionnistes aimaient capturer un instant fugace avec leur impression, l’émotion qu’ils ressentaient. Ils le figeaient sur la toile mais sans lui enlever la vie. On retrouve cette réflexion sur le temps, ce tissage entre ces deux époques dans le cinéma de Cédric avec sa manière très particulière de monter les films. Les Impressionnistes absorbaient ce qu’ils voyaient, la réalité et ils la retranscrivaient sur la toile. Cédric, il absorbe. Il ressent. Il est très sensible. Il absorbe les humains, notamment. Les gens qu’il voit, qu’il observe, qu’il perçoit. Et il le retranscrit à travers nos personnages, à travers son choix d’acteur et à travers sa manière de nous diriger. Lui aussi, à sa manière, il retransmet son humanisme, cette tendresse pour l’être humain.
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