Le dernier jour de la compétition réserve souvent de belles surprises. Les trois films présentés vendredi ont fait une forte impression auprès des festivaliers et de la presse.
« Résurrection » du jeune cinéaste chinois Bi Gan a été annoncé quelques jours avant l’ouverture du Festival. C’est donc avec une certaine curiosité que nous attendions de voir ce film présenté comme un film de science-fiction relatant l’histoire de la Chine. Il en résulte une œuvre vertigineuse de 2h40 construite en six tableaux plus spectaculaires les uns que les autres. Le propos est parfois confus et on ne comprend pas toujours tout mais on ne peut qu’être ébloui par tant de beauté visuelle.
En 2022, le réalisateur iranien Saeed Roustaee s’était fait remarquer à Cannes avec son très beau film «Leila et ses frères ». Dans « Woman and child », en lice pour la Palme d’Or, il suit une femme courageuse et déterminée, veuve et mère de deux enfants. Son fils, l’aîné, est un élève turbulent et il est renvoyé de son collège alors qu’il devait partir en voyage scolaire. Lorsqu’elle reçoit les parents de son futur mari à qui elle veut cacher l’existence de ses enfants, elle le fait alors garder par son beau-père. C’est là qu’un drame se produit. Saeed Roustaee filme avec beaucoup d’humanité cette femme courageuse qui se bat pour son fils et contre les injustices. Comme dans «Leila et ses frères », ce sont les femmes qui font preuve de ténacité et qui portent à bout de bras leur famille tandis que les hommes se montrent le plus souvent lâches. Ce beau portrait de femme, servi par une mise en scène au cordeau, a impressionné le public du Grand Théâtre Lumière qui a réservé une belle ovation à son réalisateur.
A Cannes, les frères Dardenne n’ont plus rien à prouver. Lauréats de deux Palme d’Or, ils ont également été récompensés de plusieurs autres prix dont le Prix du Jury et celui du scénario pour leurs précédents films. Avec « Jeunes mères », ils réalisent pour la première fois un film choral puisqu’ils s’intéressent à cinq jeunes filles, enceintes ou devenues jeunes mères, hébergées dans des maisons maternelles. Chacune a une histoire compliquée avec sa propre mère. Dans cet établissement, elles sont accueillies chaleureusement et sont accompagnées par des éducatrices dans ce chemin vers la maternité. Les frères Dardenne ont déjà fait tourner des enfants dans leurs précédents films. Cette fois, ce sont des bébés qu’ils filment aux côtés de leurs jeunes actrices. Ce qui fait la force de leur cinéma, c’est cette humanité et cet amour qu’ils portent à leurs personnages. Dans ce film, cela se ressent encore plus que jamais. Si le début peut paraître un peu long et proche du documentaire, la dernière partie fait peu à peu monter l’émotion jusqu’à une scène finale qui a fait pleurer plus d’un festivalier. « Jeunes mères » est un film lumineux, plein d’espoir. Dans le discours qu’ils ont tenu à la fin de la projection, les réalisateurs ont rendu hommage à Emilie Dequenne, rappelant que comme « Jeunes mères », « Rosetta » avait été présenté le dernier jour du Festival. C’était en 1999 et la comédienne, alors débutante, avait obtenu le Prix d’Interprétation féminine.
Cannes Classics permet souvent de voir ou de revoir d’anciens films et de rendre hommage à des personnalités du cinéma. Le Festival a fait le choix de présenter « Moi qui t’aimais » dans cette sélection, et non pas à Cannes Première par exemple. Avec ce film que l’on n’attendait pas, Diane Kurys s’intéresse à un couple mythique du cinéma français : Simone Signoret et Yves Montand. Mais il ne s’agit pas d’un réel biopic. Le film se concentre sur une période restreinte : la dernière année de la vie de l’actrice. Après l’avoir trompée avec Marilyn Monroe, Montand enchaîne les liaisons avec d’autres femmes mais revient toujours au domicile conjugal, à Paris, ou à la campagne où Simone Signoret aimait se reposer. Manipulateur, menteur, c’est lui qui a le mauvais rôle dans le film et le spectateur ne peut qu’être du côté de Simone Signoret, femme blessée mais toujours aussi amoureuse. Pour interpréter ces deux légendes du cinéma, Diane Kurys a fait appel à Marina Foïs et à Roschdy Zem. Des choix inattendus et plutôt surprenants. Ils ont le mérite de ne pas avoir cherché à singer Montand et Signoret. Si Marina Foïs est stupéfiante dans le rôle de Simone Signoret, Roschdy Zem, lui, peine davantage à s’emparer du personnage de Montand. Pour autant, le film se voit avec beaucoup de plaisir, même si, sans doute, il fait quelques entorses à la réalité.
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