Loin des eucalyptus – Éditions Pictavita

Loin des eucalyptus raconte l’histoire de la première équipe de cricket aborigène, mais surtout la mémoire de celles et ceux qui ont marqué l’Histoire sans jamais y trouver leur place. Une histoire de déracinement, d’effacement, de perte d’identité et de besoins ignorés, transmise avec une profonde affection par l’une des descendantes de deux de ces joueurs.

Disponible depuis le 7 janvier 2026 aux Éditions Pictavita, cet album s’inscrit dans cette ligne éditoriale intime et historique que La Boîte à Bulles, à travers Pictavita, cultive avec une sincérité rare, et que l’on apprécie tout particulièrement ! (+13)

Loin des Eucalyptus © 2025, Éditions Pictavita /La boîte à bulles

Le décor

Un dispensaire religieux…

Dans une chambre presque vide, Jungunjinanuke, un Aborigène contemple depuis son lit de mort la figure vers laquelle il s’est tourné des années plus tôt : Jésus, qu’il admire pour son sacrifice. Lui-même s’est égaré avec le temps, sans jamais oublier son nom ni sa culture. Pourtant, même la vieille femme qui lui apporte un peu de soupe l’appelle « mon fils ». Personne, jamais, n’a vraiment pris la peine de l’appeler par son « vrai nom » peut-être jugé trop compliqué. Sentant sa fin proche, Jungunjinanuke ressent le besoin de se remémorer son histoire.

Août 1964.

On le surnomme Dick-a-Dick dans cette ferme d’élevage où il travaille sans relâche. Lorsqu’il s’allonge sous un arbre pour se reposer, son regard se perd dans ces paysages arides, vastes et libres, dominés par les eucalyptus du sud-est australien. La région est depuis longtemps sous domination britannique, et les colons s’adonnent parfois au cricket sous l’œil curieux des Aborigènes.

Un jour, ces derniers sont invités à participer à un match. Ils le remportent haut la main. Impressionnés par leurs capacités physiques, les colons décident de former une équipe totalement aborigène, encadrée par un coach, destinée, après maints entrainements, à une tournée anglaise. Dick-a-Dick et ses compagnons en feront partie …

Le point sur la BD

Laurent-Frédéric Bollée et Paul Gros livrent ici une reconstitution aussi élégante que douloureuse. Loin des eucalyptus est un hommage, retraçant le déracinement forcé de ces hommes, leur exploitation, mais aussi les liens qui les unissent face à l’indifférence et au mépris colonial.

Le récit, publié aux Éditions Pictavita/La boîte à bulles, adopte le point de vue de Jungunjinanuke, alias Dick-a-Dick. Puis, s’installe dans une narration douce, contemplative, mais émotionnellement cruelle. Ces hommes perdent leurs noms, leurs familles, leur libre arbitre. Devenant des « objets de fascination » pour une société qui les considère comme une « sous-race ». Leur douleur ne s’exprime pas par la révolte, mais par un silence lourd, un ressentiment diffus, omniprésent … et par leurs victoires !

La force du récit réside dans cette absence de pathos appuyé. La solidarité naît de leur culture, persistante même au-delà des mers, seule bouée psychologique face à l’effacement. Le dessin, expressif sans surcharge, capte parfaitement le flegme des personnages face aux drames. Et l’émotion brute lors des victoires. Les teintes bois et beige installent une atmosphère à la fois intime et rugueuse, profondément humaine.

L’avant-propos de Fiona Clarke, écrit avec le cœur, agit comme une clé d’entrée précieuse dans ce récit familial et mémoriel.

Conclusion

Loin des eucalyptus, publié aux Éditions Pictavita/ La boîte à bulles, est une œuvre bouleversante, où se mêlent force et fragilité dans un hommage sincère à la culture, à la famille et au peuple aborigène. Chaque page résonne d’une authenticité rare, touchant au plus profond. Un immense coup de cœur pour l’histoire de Jungunjinanuke et de cette équipe d’hommes brisés. On la quitte avec une émotion durable, longtemps après la dernière page !

Si vous avez aimé ce récit je vous conseille également Catmask Boy et les autres titres de cet éditeur.

A propos stef emma

Rat de laboratoire, BDphile, bibliothrope !

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