
Dans ce nouveau livre de 560 pages très précis et richement illustré, Richard Médioni nous dévoile l’histoire de cette bande dessinée de gauche aux racines révolutionnaires. L’ouvrage fait néanmoins la part belle à la période contemporaine en retraçant plus précisément l’histoire de Pif-gadget qui représente un moment de créativité exceptionnel de 1969 à la fin des années 70. De nombreux dessinateurs devenus célèbres font leurs premières armes dans la revue. Tout ceci est retracé en détail jusqu’à la description de la disparition tragique des éditions Vaillant en 1994.
Bref résumé et morceaux choisis:
De 1901 à 1929 : les premiers journaux pour enfants issus de la gauche révolutionnaire:
Tout commence en 1901, bien avant la révolution d’octobre de Russie! En France , face à la déferlante des illustrés 
Dans les années 20, « le jeune camarade », éditée par la fédération nationale des jeunesses communistes, s’adresse au 8-14 ans, le ton est sans ambiguïté pour ce nouveau périodique: » Il ne te racontera pas d’histoires de princes, de rois, de contes de fées qui sont des fantômes, mais au contraire il te parlera de choses que tu connais, de choses que tu as vues: de la vie à la maison, à l’école, de la vie de tes camarades de classe et celles de tes parents… »
De 1933 à 1939 : « Mon camarade »: une vraie revue de bande dessinée destinée aux enfants!

1945 à 1969 : de Vaillant au journal de Pif:
Au moment de sa création, Vaillant est un bi-mensuel, un grand format ( de 29X39 cm) de 8pages dont 4 en couleurs. La moitié de l’espace est consacré à des textes, l’autre à la BD! ! Très rapidement « Vaillant » se fait une réputation et de jeunes auteurs commencent à affluer: Paul Gillon , Jean Claude Forest font leur entrée au journal! En 
Pif le chien apparaît d’abord dans « l’Huma » en 1948 en remplacement de Felix le chat ( l’américain). En 1954 arrive le célèbre « Arthur le fantôme » de Jean Cézard, Jean Tabary, connu pour être le père de « Corinne et Jeannot » mais aussi d' »Iznogoud », fait lui aussi son entrée dans vaillant en 1956 avec « Richard et Charlie ». Suivent Godard, et René Goscinny ( le père d’Astérix le gaulois)…
La fin de Vaillant, la naissance de Pif gadget:
Au début des années 60, la situation financière de Vaillant est loin d’être brillante. Le journal change de main, de gestion, essaie de s’adapter aux nouvelles demandes des lecteurs, mais rien n’y fait. La dernière année du journal va être en grande partie consacrée à la naissance de la relève: Pif Gadget
L’idée formelle du gadget vient d’André Limansky en 1968 » il faudrait qu’on mette dans le journal quelque chose de magique… Comme de la poudre…Comme un cachet… On l »arrose et alors , paf! …Il pousse des fleurs« . Le concept du gadget est né! Deux conceptions du gadget s’opposent à la rédaction. D’un coté les partisans du cadeau « bonus », de l’autre les partisans du gadget éducatif, leçon de chose, rubrique à part entière. C’est le mélange de ces deux conceptions qui donnera au journal Pif sa singularité!

Pour être rentable, Pif doit être vendu à 200 000 exemplaires. La rédaction ne se doute pas que dans quelques mois les ventes atteindront le million d’exemplaires, c’est la razzia sur les kiosques, le succès est immense!
De nombreux et excellents dessinateurs vont se succéder dans la revue: Jacques Kamb, le dessinateur de « Couik », Nicolaou qui reprendra « Placid et Muzo » et qui connaitra un succès colossal, Roger Mas sur « Pifou » puis « Léo…bête à part », Henri Crespi avec « Nestor » ( le prisonnier), Gotlib avec « Gai-Luron », Jen Tabary avec « Corinne et Jeannot », sans oublier « Corto Maltese » une série spécialement inventée par Hugo Prat pour la revue…
Peu à peu, dés la fin des années 60 la bande dessinée commence à être enfin reconnue. Le mépris laisse peu à peu place à un intérêt croissant envers ce mode d’expression. Pif avec Spirou, Pilote, tintin, Charlie Hebdo, a contribué indéniablement à ce changement de regard…
Ce que j’en pense:
Au delà de la ré-découverte des séries et des auteurs incroyables qui ont contribué à Vaillant et à Pif, ce livre de Richard Médioni nous permet de prendre conscience de l’existence et de la cohérence d’un véritable mouvement d’éducation populaire à travers la bande dessinée de gauche. Toujours analysée en parallèle à la grande Histoire, cette bande dessinée s’épanouit et évolue avec le contexte socio-culturel du 20ème siècle : la démonstration de Richard Médioni est éclairante et passionnante! Lire son livre, c’est un peu comprendre d’où on vient, comment tout cela commence!
Ce livre raconte enfin une formidable aventure éditoriale sur prés d’un siècle : 72 chapitres illustrés par 1150 documents sur 557 pages dont pas une seule n’est superflue! Procurez-vous le rapidement!
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