L’exposition « Nouvel Élan » de l’artiste peintre Marco Perna se tient actuellement à la Médiathèque-Bibliothèque de Laxou, dans la région Grand Est, jusqu’au 21 février 2026. À cette occasion, nous avons rencontré l’artiste pour évoquer son parcours, son œuvre et cette nouvelle exposition. Cet entretien a donné lieu à une conversation empreinte de sincérité, de richesse et de générosité. On y découvre un artiste profondément engagé, qui souhaite redonner au public le plaisir d’entrer dans une galerie. Pour lui, la beauté constitue un besoin naturel de l’être humain, et les artistes ont pour mission de la rechercher, de la révéler, et de la partager. Avec « Nouvel Elan » l’artiste peintre nous invite à renouer avec l’essentiel : la liberté, les droits, l’engagement, et la solidarité.
Qui est Marco Perna ? On commence déjà avec une question philosophique ? (rires) C’est une personne et un artiste qui continue de se chercher. Il s’était perdu en Italie où il avait renoncé à ses rêves pour devenir ingénieur et il s’est retrouvé en France quand il a décidé de se dédier finalement à sa première passion, l’Art.
Quel a été le moment fondateur qui vous a mis à la peinture ? Il y a eu deux moments importants dans ma vie, d’abord la rencontre avec mon Maître Manlio Sarra. Et le deuxième, quand je suis arrivé en France. C’est le moment où j’ai décidé de céder à ma passion qui ne m’avait jamais abandonnée et de faire de cela une vraie profession dans mon activité artistique.
Manlio SARRA est votre maître, que vous a-t-il apporté ? Avant tout, il m’a appris à aimer l’Art, à le respecter et à respecter le spectateur, donc à ne pas tricher, à ne pas chercher des voies plus faciles pour choquer ou scandaliser (ce qui est courant dans l’art dit contemporain). À prendre le temps pour remplir de couleurs une toile et puis, d’un point de vue plus technique, il m’a appris à utiliser les couleurs à l’huile et il m’a interdit d’acheter du noir, parce qu’il était un postimpressionniste et considérait qu’il n’y a pas de noir en nature . Le noir ce n’est même pas une couleur, c’est le manque complet de lumière. Et c’est la raison pour laquelle cela donne sur la toile une profondeur qui n’est pas réelle (son expression préférée c’était que : le noir perce la toile).
Vous revendiquez son héritage postimpressionniste ? Comment ce mouvement continue de vous traverser encore aujourd’hui ? Je ne peux pas nier que certaines choses qui ont été à la base de ma formation, sont toujours présentes dans mes toiles, comme le fait de ne pas utiliser le noir et l’amour pour les lignes pas trop définies qui, selon mon Maître, font vibrer la toile. Mais dans mes toiles, je ne me limite pas à une représentation de la réalité, (mon Maître était toujours à la recherche de la lumière dans ses toiles), je veux dire des choses, exprimer des concepts, faire réfléchir le spectateur et le pousser à s’interroger. Un critique d’art qui me suit en Italie a dit que je suis un expressionniste conceptuel, mais je ne veux pas être encadré dans un mouvement, je ne veux pas de cages, je préfère être libre d’adapter ma technique au message que je veux faire passer, utiliser du figuratif, de l’abstrait ou bien, les mélanger selon ma nécessité du moment, pour développer au mieux l’idée que j’ai dans la tête et la transférer sur la toile.
Avez-vous d’autres sources d’inspiration ? Oui, bien sûr! Bien que toutes les problématiques liées à la femme, à ses droits et à son désir de liberté et d’égalité, soient très présentes dans mon activité artistique; l’introspection, la recherche de moi, l’auto-ironie font aussi partie de mes sources d’inspiration, ainsi que l’actualité qui souvent s’impose et devient prioritaire avec son drame et sa cruauté.
J’ai lu que vous invitez le public à “voir au-delà de ce que l’œil arrive à percevoir » . Qu’entendez-vous par là ? Je veux dire que j’utilise souvent dans mes tableaux des éléments reconnaissables, par exemple des éléments figuratifs, pour donner une clé de lecture au spectateur pour rentrer dans l’œuvre. Mais une fois qu’il y est, il découvre d’autres éléments qui donnent un sens à l’œuvre qui est différent et, normalement, plus profond de celui que l’on peut apercevoir seulement au premier regard.
La couleur semble être un langage central dans vos créations, pourquoi ce choix ? Qu’est-ce que cela vous permet d’exprimer ? La couleur pour moi c’est l’espoir. Même dans les tableaux qui parlent d’arguments tristes, je mets toujours plein de couleurs. Parce que pour progresser, il faut parler aussi des choses qui nous blessent, qui nous dérangent ou qui mènent le monde vers une direction qui n’est pas celle que l’on voudrait. La couleur représente le petit espoir que les choses puissent un jour changer.
Justement, vous ne faites pas que de la peinture. Vous écrivez aussi des poèmes comme une continuité, un prolongement de ces tableaux. Comment ces deux pratiques dialoguent- elles entre elles ? Oui, j’ai commencé à écrire des poèmes pour accompagner certains tableaux, surtout quand je pensais avoir encore des choses à dire sur un argument et j’avais donc la nécessité de compléter le message avec un outil, l’écriture, qui pour moi est complémentaire et non alternative à la peinture.
Dans l’une de votre dernière interview, vous dites que « je suis vivant mais je ne suis pas contemporain ». Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que je ne me reconnais pas du tout dans l’art contemporain officiel, qui est désormais fait presque seulement d’installations et de performances et qui est devenu trop auto‑référentiel et, surtout, éloigné coupablement du peuple.
Vous aimez peindre la nuit. Que vous apporte-t-elle ? Peindre la nuit me donne la possibilité de peindre dans le calme, pendant plusieurs heures, sans interruptions, sans distractions, sans le téléphone qui sonne ou les enfants à aller chercher à l’école. Une condition idéale pour laisser l’inspiration prendre possession de mon corps et s’exprimer à travers les pinceaux ou le stylo pour le temps qui lui est nécessaire.
Votre exposition s’intitule « Nouvel Élan ». Pourquoi ce titre ? Je pense qu’on a tous tendance à se poser avec le temps, à se contenter, à penser que les choses acquises ne peuvent pas être remises en discussion, mais on se trompe, rien n’est acquis pour toujours et sans rêves, même la vie n’a plus d’intérêt. Donc je dis qu’on a tous besoin d’un nouvel élan, pour nos batailles personnelles, mais aussi pour les batailles pour protéger nos libertés, nos droits et, pour certains, la vie même.
On voit justement, dans l’affiche principale une femme qui semble prendre son envol. Que représente-t-elle? C’est mon souhait, que toutes les femmes du monde puissent prendre leur envol dans un contexte où leurs droits ne sont pas remis en question en continu et où l’égalité homme-femme n’est pas qu’un beau rêve irréalisable. Mais malheureusement, nous sommes encore très loin et le risque aujourd’hui, c’est plutôt que cet envol souhaité, puisse se transformer en une tragique chute, c’est pourquoi le tableau peut être interprété dans les deux sens et c’est à nous de nous battre pour que l’envol triomphe.

La figurine féminine revient souvent dans vos œuvres. La condition de la femme semble être un thème important pour vous. Pourquoi ? Parce que je pense qu’on ne pourra jamais vivre dans une société libre, si cette liberté n’est pas pour tous les citoyens. Une femme qui n’a pas le droit de montrer son visage, de conduire une voiture, de travailler ailleurs qu’à la maison, qui est obligée de se marier à l’aube de l’adolescence, qui peut être frappée par son mari, ou même tuée par sa propre famille, si elle refuse de renoncer à ses rêves pour accepter un mariage combiné, elle ne peut certainement pas être considérée comme une femme libre .
Quels sont les autres thèmes qu’il sera possible de voir ? Des hommages : à Hedy Lamarr, à sa beauté et à son extraordinaire intelligence ; à Nancy et à sa Place merveilleuse, mais aussi à une beauté naturelle, une cascade en plein centre historique de la ville de Isola del Liri, avec son beau château et tout ce qu’il faut pour la rendre magnifique, qui se trouve tout près de mon village en Italie et qui est sûrement le sujet que j’ai aimé peindre le plus dans ma vie. Il y a aussi un tableau qui parle de la calomnie, un autre qui parle du sens de dépaysement que l’on peut trouver dans cette époque violente où l’on a de plus en plus du mal à trouver nos repères, et d’autres que je serai bien content d’expliquer sur place aux visiteurs qui prendront le temps de venir visiter l’exposition.
Finalement, quel est le moteur de cette exposition ?Le moteur de cette exposition est la nécessité de parler de liberté, de droits, d’engagement, de solidarité et je le fais en invitant les gens à réfléchir, à se confronter, à ne pas tourner la tête de l’autre côté. Je le dis à travers mes tableaux, mais aussi avec mes poèmes.
À qui s’adresse-t-elle ? Elle s’adresse à tout le monde, aux hommes et aux femmes, mais surtout aux jeunes, qu’on doit protéger, mais aussi éduquer au respect de l’autre (en particulier de la femme).
Faut-il avoir entrepris des études d’arts pour voir Marco Perna ?Absolument pas ! Ça me rend vraiment triste quand les gens viennent me parler et comme première chose, ils se sentent obligés de dire qu’ils ne connaissent rien à l’art. Je pense que l’Art est la forme de culture, la plus démocratique qui existe, la toile interroge directement le spectateur et le spectateur donne sa réponse à travers le filtre de son vécu, de son ressenti. Un dialogue direct, pas besoin d’intermédiaires pour expliquer par exemple, pendant une demi-heure, pourquoi une toile est blanche, ou pourquoi un tas de poubelles a été placé au centre d’une salle d’un musée d’art contemporain, pour moi ça c’est de la narration, l’Art est autre chose.
Qu’aimeriez- vous que le public retienne de votre exposition ? J’aimerais que le public puisse déjà comprendre qu’il est le bienvenu dans une exposition, que personne ne lui demandera le titre d’étude pour entrer ou pour poser des questions et que l’on peut encore faire de l’Art avec des couleurs et des pinceaux. J’aimerais aussi montrer, que l’on peut faire de l’Art coloré et parler quand même d’arguments difficiles, de liberté, de droits, tout en utilisant un langage original et nouveau. Et puis, comme nouveauté, peut être d’accompagner des tableaux avec des poèmes ou même des chansons, puisque l’exposition présente aussi des chansons créées par un ami italien à partir des textes de mes poèmes.
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