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Réservées en Tribute/Cycle: Telle est la France

Politique discriminatoire malgré tous les slogans persuadant le contraire, et l’exclusion omniprésente de plusieurs personnes qui vivent pourtant sur le territoire du pays, deviennent en France un instrument médiat du proxénétisme. Logiquement. Naturellement. Car telle est la règle.

Il y a quelques années encore personne ne pensait que le Barbès parisien avec les rayons tels comme celui du Château Rouge, pourraient devenir à l’image de la Rue Saint-Denis, ou – avant – de Pigalle, avec ses prostituées se vendant contre moins que rien, appelant les passants depuis les alvéoles des bâtiments et les attendant dans les niches.Ce quartier populaire était fameux plutôt de sa vivacité, dynamisme, sa multitude des cultures qui s’y croisaient, et des soirées bohémiennes organisées à Lavoir Moderne Parisien pour tous les habitants et pour ceux qui venaient d’ailleurs.


SEPTEMBRE 2012

« JEUNESSE SANS PAPIERS, JEUNESSE V(I?)OLÉE » (AFFICHE COLLÉE DANS LA RUE À PARIS).
Photo: BALLADYNA / Théâtre De Révolte

 

Soir. La rue dans le quartier du Barbès est comme un tapis tissé par les silhouettes des Femmes – prostituées. Belles, avec leurs peaux noires comme les déesses des pays lointains, aux longs cheveux qui coulent sur leurs épaules en vagues artificielles, comme artificielles sont leurs regards appâtant les passants. Regards. Ils les appâtent et les poursuivent. C’est la leurre. Ils s’arrêtent sur les visages. Ou : elles sont répugnantes – comme répugnante est leur vie et ce qu’elles doivent ressentir, se plaçant en saillie sur ces rues-poubelles, dans la puanteur de la putridité, de la graisse rancie et des dizaines boucheries-abattoirs depuis lesquelles l’odeur du remugle se répand loin, dans la laideur indescriptible.Je n’oublierai pas de la soirée où – arrivée dans le quartier que je connaissais il y a quelques années, encore différent – je m’ai fait une promenade, sans savoir combien elle sera géographiquement et culturellement, mais surtout socialement enrichissante : et pourtant je n’étais allée qu’au supermarché ouvert jusqu’au 23h, se trouvant à cinq minutes de l’appartement.Le chemin mène à côté d’une pharmacie, d’une boulangerie, près de quelques étals désertes de marché et à côté des arrêts – ceux-là pas du tout vides – des bus, puis passe près des quelques portes des bâtiments d’habitation et à côté d’un boutique avec les talismans africains, des figurines religieuses du kitsch et les tableautins, du savon et du bric-à-brac.

Ceux qui habitent ici, dans la plupart ne vivront jamais à une adresse des Champs-Élysées ou de la rue Saint-Antoine. – Ça va, chéri… ? – en passant, j’entends une voix presque enfantine : la voix d’une Femme dont le physique confirme la même impression de presque une enfant. La voix appartient à – probablement – une Femme du Sénégal, du Mali, ou peut-être d’Algérie – dans tous les cas à une Venue de Nulle Part, car pour telles sont considérées ici celles qui ne peuvent pas justifier du fait de leur existence – par l’existence d’un papier qui autoriserait cette dernière. Le papier : c’est lui, la richesse incomparable avec rien – richesse et privilège dont ne se rendent même pas compte ceux qui le possèdent depuis toujours, comme on possède son identité humaine, le droit à son nom ou le droit à la protection de leur dignité, simplement.
Le papier : c’est cette chose-là, dont les Venus de Nulle Part ne peuvent pas présenter devant les yeux de ceux qui décident de leur vie ou leur mort. Le papier : qui affirmerait qu’ils ont venus au monde exactement ici, en ce pays, sur la terre française. Ou… un autre papier : qui attesterait que son possesseur soit le propriétaire d’un contrat bancaire considérant la somme avec au moins cinq zéros. Parce qu’en vérité, ce n’est pas la condition de la nationalité – avec laquelle on dissimule ici la vérité, comme d’une excuse pour chiffonner le réel état de ce que sont « les droits humains » aujourd’hui – mais cet autre papier, attestant la richesse : qui décide de tout. En bref néanmoins, c’est l’un de ces deux titres – et ce qui conditionne le droit à la vie digne – et il arrive qu’aussi à la vie tout court – dans le pays de l’Égalité soi-disant et la Fraternité dévalorisée.
Septembre 2012. Ou aujourd’hui. Le monde est civilisé, n’est-ce pas?Si pas cette voix, d’une Femme à l’apparence presque si enfantine que la voix elle-même, et si pas le sens évident de la communication qui se déroulait juste devant moi, derrière moi et tout autour de moi, je ne pourrais pas croire que dans ce coin de Paris le plus populaire, mais aussi – il y n’a pas trop longtemps semblant encore résister à tout ce qui est l’exploitation, statuée par la loi, de l’humain par l’humain, et l’obligation de trouver l’argent à tout prix, doit s’exercer actuellement la marché des humains à la grande échelle – ce qui était plutôt une particularité des lieux tels comme la Bois de Vincennes, Pigalle ou la rue Saint-Denis.
Jeune Femme est âgée de maximum une vingtaine d’années, et elle est belle. Toujours et encore. Ce qui ne peut surtout pas être dit des silhouettes des hommes, passant près d’elle comme les fantômes, aux épaules molles, qui pendent tout au long de leurs corps comme dans la preuve de leur résignation et d’un accord honteux à tout. Les hommes que la beauté africaine aux longs cheveux essaie d’attirer vers elle, en les appâtant par sa voix dans laquelle les tons de la servitude et de soumission sonnent en union avec la fausse et inaliénable douceur forcé.


POURQUOI. EXPLOITATION, C’EST NORMAL

Pourquoi la découverte de cette omniprésente prostitution de rue, dans ce quartier du Barbès, me frappe tellement fort… ? Et bien, entre autres, parce qu’il y a quelques années elle n’était pas encore là. À il y a quelques années – alors que je vivais dans les mêmes lieux où je viens aujourd’hui -tout, il semble – était le même – à part de ces Femmes qui vendent leurs corps avec leurs âmes incluses, contre quelques euros dans les appartements tout aussi misérables de huit mètres carrés, car comme ça on vit à Paris – si vous avez un passeport sénégalais, marocain, ou jusqu’à récemment par exemple ukrainien ou romain. La prostitution n’a en elle rien de luxe, malgré que certains le disent. Les prostituées n’ont en elles rien de ce qui ferait d’elles le sujet du mépris – malgré que certains le disent. Par contre, ce qui mérite pas seulement le mépris, mais la stigmatisation la plus forte et la révolte sans frontière, c’est le système politique – donc aussi économique – qui pousse certaines Femmes à se vendre elles-mêmes pour… ne pas être vendues ou pour ne pas mourir dans la rue, à la bonne franquette. La prostitution n’a en elle rien de luxe, je le répète. Et, malgré ce que certains crétins aiment penser, elle n’a en elle non plus rien de choix quelconque : il n’y a que le besoin, ou nécessité même, de certaine manipulation psychologique que les prostituées qui choisissent cette façon de travailler par les raisons économiques doivent effectuer sur elles-mêmes, pour que pas seulement leurs corps puissent survivre, mais aussi leurs âmes et surtout leurs cerveaux.
Ni elles – noires ou blanches : dans tous les cas elles ayant un plus mauvais papier, un papier des Inférieurs – donc destinées par le système politique et par la législation à une utilisation publique, vendant elles-mêmes souvent contre le prix comparable avec ce qu’un blanc Français jette en pourboire dans un restaurant sur les Champs-Élysées ou avec quoi il se paie le deuxième petit déjeuner – ni eux – noirs ou blancs, les marchands des cigarettes presque défunts pour les clients à l’air ainsi trépassé que les cigarettes eux-mêmes, les chéris aux visages gris et aux bras mous des vaincus – aucun d’entre eux ne moissonne des grands avantages du procède qui s’exerce dans la rue : car ce qui s’appelle ici un procède et un crime n’est pour eux l’autre chose que la survie tout simplement. …La nuit, donc les prostituées. Et dans la journée …?

 LES MENDIANTES

– Arrêtez-vous… ! Arrêtez-vous, belle… ! – j’entends derrière moi quand je marche par la rue du quartier. Et je vois le visage d’une Femme, aussi, comme on peut le deviner, algérienne ou marocaine, vivant ici – comme la plupart d’eux et elles – depuis des années, et depuis des années, comme nous le savons tous, sans droit à acquérir les moyens pour vivre autrement que par la prostitution, le balayage des rues (au noir) ou… la mendicité. En ce moment, la main tendue confirme que la Femme que j’ai en face de moi à choisi l’option numéro trois. Et moi…? Je la regarde et je vois que c’est son visage, et elle, qui est – étonnamment si l’on se rend compte de la situation et de ses conditions de vie – belle – et je pense que cet état pourra durer encore pendant quelques années, peut-être au mieux pendant une douzaine. Certainement pas plus. Le nombre de ces années dépendra de la force intérieure, de volonté du fer, et de la résistance de la Femme elle-même – tôt ou tard réservée comme le tribut et la fourniture pour le système politique qui stipule qu’en vérité il y a deux types de discrimination: celle hypocritiquement réprouvée et critiqué par la loi, et celle établie par la loi elle-même.

 VICTIMES DU SYSTÈME…?

Naturellement, cet état de choses n’est pas clairement affirmé dans aucun codex, aucun législateur non plus n’admettrait honnêtement qu’il a lieu, mais on ne peut pas nier que telle est la réalité politique de la France moderne : le pays où avec une facilité enfantine il est aujourd’hui possible de croiser les gens qui vivent ici depuis 20 ou 25 ans restant toujours sans certains des droits fondamentaux de l’humain. Comme par exemple le droit à l’indépendance personnelle, à l’auto-persistance et à la survie grâce à ses capacités et ses talents – appelé aujourd’hui droit au travail. Personne ne sait exactement combien des personnes sans ce droit à être les individus indépendants et de vivre une vie décente – réside actuellement en France et dans les autres pays européens. Ce dont nous pouvons cependant être sûrs, est le fait que des personnes en telle situation il y a de plus en plus – et que la législation de la majorité – pour ne pas dire : de tous les pays – ne suit pas des changements qui s’effectuent dans le monde, qu’elle en a les yeux fermés et qu’elle est à la traîne derrière ces changements, conduisant ainsi à un état étourdissant et fumeux des faits, et à la situation où le mot humain a une toute autre signification si on parle d’un humain d’ici ou d’une étrange créature de là-bas. En général, dans ce dernier cas, il s’avère que le mot humain a passé par un sorte d’une singulière et biscornue dévalorisation, et a perdu son sens originel. Étrange créature de là-bas – dans tous les pays européens est aujourd’hui un excellent candidat pour faire le sujet si on parle : de l’exclusion, de récolte des bénéfices (par le discriminé lui-même, comme adorent penser les mêmes crétins que déjà mentionnés dans ce texte), et la discrimination. Et c’est ici que commence un autre thème, seulement en apparence étant distinct.

***

Toute l’oppression, que ce soit par la négation des droits nécessaires pour vivre à une personne, ou par n’importe quelle autre opération, menant à la dénaturation et la dégénérescence de ce qu’est l’humain – conduit finalement et inéluctablement à la tragédie.Pour l’instant, ce sont les tragédies des plus faibles et de ceux à qui le système arrive de prendre leurs droits à l’objection – mais l’histoire du monde jusqu’à aujourd’hui montrait toujours qu’après les morts, l’exploitation, les humiliations et les actes menant à la dégradation les plus faibles – il vient le temps pour la révolution et pour le coupage des têtes précédemment couronnées. Aujourd’hui peut-être il s’agirait plutôt de taillader les gorges décorés des cravates.

 

 

 

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