5e édition du FIFES : rencontre avec Camille de Casabianca, la marraine du festival

La 5e édition du FIFES, Festival International du Film Ecologique et Social vient de démarrer à Cannes. Jusqu’au 1er juin, le public peut assister à des projections, participer à des débats, des tables rondes, découvrir le marché des créateurs et même danser ! Un programme bien rempli qui a séduit la cinéaste, actrice et romancière Camille de Casabianca. L’année dernière, elle était membre du jury du festival. Elle est de retour cette année à Cannes en tant que marraine de cette cinquième édition. Nous l’avons rencontrée.

France Net Infos : Ce n’est pas la première fois que vous venez au FIFES. Cette année, vous êtes là en tant que marraine. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce festival ?

Camille de Casabianca : L’an dernier, j’étais membre du jury. Déjà, ce qui me plaisait, c’est qu’on était cinq membres et il y avait un membre par continent de la planète. Moi, je représentais l’Europe. Ce qui est bien dans le FIFES, c’est que c’est un festival qui n’est ni partisan, ni militant. Il rassemble. Et moi, rassembler les gens, ça a toujours été ce qui m’a motivée dans les films que j’ai faits. J’ai fait deux films sur des partis politiques qui n’avaient rien à voir et qui n’étaient pas partisans. Mais on voyait des gens essayer de se parler. L’an dernier, au FIFES, j’ai vu un film qui s’appelait Into the Ice, un documentaire, ressemblant vraiment à un film de fiction. On voit des scientifiques qui vont au Pôle Nord. Il fait très froid, il y a des ours blancs. Ils creusent, ils descendent sous le pôle et on voit que là l’eau est très chaude.. Quand on raconte cela, c’est abstrait et théorique tandis qu’au cinéma, ça touche vraiment les gens. L’an dernier, dans le jury, il y avait aussi Gilles De Maistre qui a fait des histoires pour les enfants sur les pandas, qui parlaient aussi d’écologie. Je pense aussi au court-métrage d’un Marocain venu en banlieue parisienne. Un jour, il a repéré un renard dans la rue et il a commencé à le filmer. Petit à petit, il a fait un court-métrage de 4 minutes qui a été repéré. On lui a demandé de faire 10 minutes. En se documentant, il s’est aperçu que s’il n’y avait plus de vie sauvage dans les villes, c’était très dangereux pour les humains. Le Festival de Cannes rassemble les cinéastes et des cinématographies du monde entier et je pense que le FIFES fait la même chose sur un thème précis. C’est l’occasion de rencontrer des gens intéressants !

France Net Infos : Le FIFES est le Festival International du Film Ecologique et Social. Vous-même en tant que réalisatrice, vous avez abordé un sujet de société dans le documentaire L’heure du départ…

Camille de Casabianca : Je fais surtout des fictions mais aussi des documentaires. Enfin, je ne fais pas trop de différence entre les deux. Ce film, L’heure du départ, est né d’une chose assez personnelle. J’avais envie de filmer mon grand-père mais il est décédé très tôt. Donc, après, j’ai commencé à filmer la dame qui m’a élevée, parce que j’ai été élevée par une dame espagnole. Et elle aussi, elle était décédée. Puis, je me suis mise à filmer ma grand-mère, qui, elle, est décédée à 102 ans. J’avais pas mal d’ images. J’en profite pour dire que les dix premières minutes du film se passent au Festival de Cannes. On voit ma grand-mère, âgée de 86 ans, arriver en train. Dans le Palais, on la reconnaissait. Il n’y avait pas des quantités de gens avec des cannes et qui avaient plus de 80 ans. On la laissait passer. Ce film est sorti en 2022. Il pourrait paraître prétentieux de dire que c’est l’ un des premiers à aborder la façon dont on gère sa fin de vie. Depuis, il y  en a eu énormément. Récemment, j’ai beaucoup aimé le film de Costa-Gavras, Le dernier souffle. Le mien passe à travers des choses assez personnelles. J’ai une petite société de production, ce qui me permet aussi d’engager un film et de pouvoir le faire sur la durée. Ca, c’est intéressant. Dans une fiction, on peut faire vieillir ses acteurs, raconter une histoire qui se passe sur une longue durée mais on n’a pas ces documents sur la même personne qui évolue. Là, on revient encore à l’humanité, à la planète. Ce sont des thèmes qui sont liés. Il y a une telle intimité dans ce film que je ne pense pas que j’aurais pu filmer quelqu’un de si près qui me confie des choses jusqu’à sa fin. Là, je n’ai pas reculé. On voit ma grand-mère à 102 ans. Elle a bien vécu. Elle a eu une mort naturelle. Le film pose cette question-là. Il n’y a rien d’horrible dans le film. Au contraire, elle dit qu’elle veut mourir en riant, et c’est ce qu’elle fait.

France Net Infos : Cette année, le Festival de Cannes a sélectionné de nombreux films parlant des relations familiales…

Camille de Casabianca : Ce sont des sujets qui touchent. Je pense que c’est peut-être lié, justement, à l’évolution de la planète. Tout à coup, les gens se demandent d’où ils viennent. Ils sont plus sur l’aspect, je dirais, animal de l’être humain. Il y a un retour à certaines valeurs aussi. J’ai vu le film des frères Dardenne. Ce n’est pas parce qu’on est parent qu’on se comporte bien. Je n’ai pas grandi avec mes parents. Mon père s’est séparé de ma mère lorsqu’elle était enceinte. Je l’ai retrouvée après. Tout ça est très fluide. C’est une expérience personnelle qui échappe à la théorie. Le cinéma échappe à la théorie.

France Net Infos : Vous écrivez, vous réalisez. Quels sont vos projets ?

Camille de Casbianca : J’ai un gros projet qui est à moitié financé. J’espère pouvoir le mener jusqu’au bout. Je m’intéresse à beaucoup de sujets. Je pense que mon ton est toujours un peu le même :c’est de m’intéresser aux autres. Il y a toujours une note d’humour. Pour la rétrospective qui m’a été consacrée à la Cinémathèque Française, j’étais très fière qu’on dise de moi que je suis inclassable. C’est vrai que j’ai eu beaucoup de projets. Nous, les cinéastes, avant d’avoir un film qui se fait, on en écrit plusieurs. J’ai travaillé comme actrice avec Samuel Füller. Il a publié les cent scénarios qu’il n’a pas pu tourner. Il faut être un peu obsessionnel quand on est cinéaste. Je pense que pour défendre la planète, il faut l’être aussi. Il y a beaucoup de gens, beaucoup de jeunes. Je travaille beaucoup avec des jeunes. Le FIFES est un festival qui parle de la planète mais aussi de l’avenir, de ce qu’on va laisser à nos enfants, à nos petits-enfants. C’est une préoccupation qui fait le lien entre les générations.

France Net Infos : Vous êtes souvent venue au Festival de Cannes en tant qu’actrice. Vous devez avoir plein de souvenirs…

Camille de Casabianca : A vingt ans, j’ai fait un film de Bob Rafelson avec Jack Nicholson. Ils étaient très marrants tous les deux. Le film a été présenté à Cannes. Le premier jour, tout le monde était massé devant le Majestic pour apercevoir Jack Nicholson. Il est resté à Cannes pendant tout le Festival. Il sortait dans la rue en short et tout le monde l’avait oublié. Avec Bob Rafelson, ils étaient très détendus. Je me souviens de ma première projection. J’étais assise entre eux deux. Après, plus rien ne m’impressionnait !

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