Avec LE COMPLEXE D’OBELIX, Nicolas Rouvière signe son troisième ouvrage consacré à la célébrissime série crée en 1959 par Albert Uderzo et René Goscinny pour le lancement du journal PILOTE. Maître de conférence à Grenoble et critique de bandes dessinées, il a soutenu en 2004 sa thèse sur Asterix publiée en 2006 aux Presses Universitaires de France : ASTERIX OU LES LUMIÈRES DE LA CIVILISATION. Avec LE COMPLEXE D’OBELIX, c’est le compagnon, le sidekick du héros gaulois qui devient le centre de l’analyse de Nicolas Rouvière et comme le titre de l’ouvrage le suggère c’est à travers les outils de la psychanalyse que va se faire cette radiographie du personnage d’Obélix au travers de ses relations aux autres personnages de la série et du fonctionnement du village en général. En effet, paraphrasant les propos de son créateur, Réné Goscinny, Nicolas Rouvière explique à quel point Obélix au fur et à mesure que son personnage se construit et évolue dans les premiers tomes de la série apparait peu à peu comme le personnage le plus riche et le plus complexe.

Comparable à la liturgie du baptême, la plongée dans la marmite de potion magique est un épisode fondateur faisant de Panoramix un figure paternelle qui apparait comme la première étape vers la sortie du narcissisme infantile. Ainsi, c’est toute une filiation symbolique qu’analyse et reconstitue Nicolas Rouvière en décortiquant ainsi les rôles que joue les différents personnages (le druide, le barde, le chef) et les institutions qui régissent la vie du village. Le portrait du personnage d’Obélix et sa lecture psychanalytique ne sont du coup jamais détachées d’une vision sociale et anthropologique de l’univers de la série, ouvrant dans un dernier temps l’ouvrage vers une perspective de mise en crise de l’individu au sein de la société, qui, par le biais de l’humour et de la caricature fait passer une critique de l’individualisme, du capitalisme, des utopies politiques ou encore de la psychanalyse elle-même. On peut rester hermétique à ce genre de grilles de lecture appliquées à des œuvres de la culture populaire mais ce serait passer à côté d’analyses souvent éclairantes qui savent éviter les écueils de la prétention et de la condescendance pour nous amener à relire une œuvre largement entrée dans le patrimoine culturel et notre imaginaire collectif avec un œil neuf et c’est précieux car qui pourrait nier que la relecture et la redécouverte au fil de notre vie de lecteur constitue l’un des plaisirs les plus fondamentaux distillés par cet art merveilleux qu’est la bande dessinée.
LE COMPLEXE D’OBELIX – Préface d’Anne Goscinny – PUF – Parution le 14 mai 2014
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