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Le mariage qui divise les français

Un réel pas en avant selon certains, une vraie menace selon d’autres. Le mariage pour tous est vivement débattu. Les partisans et les opposants continuent de faire entendre leur voix.

Le mariage pour tous, un sujet de grand désaccord en France.

Mariage homo, une “supercherie”

Pour François Hollande, ce projet de loi ne serait pas un progrès seulement pour quelques uns mais pour toute la société. Au contraire, pour le cardinal André Vingt-Trois, ce ne serait pas le mariage pour tous mais le mariage de quelques uns imposé à tous. Le 3 novembre, lors de l’Assemblée des évêques français à Lourdes, André Vingt-Trois a nettement récusé le projet de loi du gouvernement. Et il n’a pas mâché ses mots. Selon lui, le mariage homosexuel est une “supercherie” qui ne reconnait pas “la différence sexuelle”. Il a aussi précisé que cette position contre le mariage pour tous n’était pas seulement basée sur un dogme religieux mais sur une préoccupation sociale. La loi toucherait “très profondément les équilibres de notre société”. Il a de ce fait appelé les chrétiens à s’exprimer directement en écrivant à leurs élus.
Cette position contre le mariage pour tous est aussi prise par les communautés juive, protestante, orthodoxe, bouddhiste et musulmane. La position de l’Union des Organisations Islamiques de France est d’ailleurs claire: “Si le mariage entre deux personnes de même sexe devient une norme, alors toutes les revendications, même les plus incongrues, peuvent un jour devenir une norme.”
Mais pour le cardinal André Vingt-Trois, un des problèmes majeurs de ce projet de loi est l’avenir des enfants adoptés par des couples homosexuels. Il dénonce une “discriminations entre les enfants” et souligne que chaque enfant a le droit à un père et une mère. Les enfants d’un couple homosexuel seraient alors inégaux par rapport aux autres.

“Un papa, une maman, pour tous les enfants”

L’inégalité des enfants, c’est aussi ce que dénoncent les associations contre le mariage homosexuel telle que Civitas. D’ailleurs, un des événements majeurs autour du projet de loi est la manifestation menée par ce mouvement proche des catholiques intégristes, le 18 novembre à Paris. Civitas a pour doctrine “la restauration de la royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ”.

Manifestation de Civitas, contre le mariage pour tous, le 18 novembre à Paris.

Selon Alain Escada, responsable de Civitas, l’objectif du groupe est “de mener une véritable bataille pour la sauvegarde de la famille et de l’enfant”. Il aime aussi à souligner que “le mariage homosexuel, c’est la boîte de Pandore qui va permettre que d’autres revendiquent le mariage polygame ou le mariage incestueux”. Cette manifestation a réuni plusieurs milliers de personnes de partis d’extrême droite, tels que l’Action Française, le Mouvement National Républicain, l’Alliance Royaliste ou encore quelques militants du Groupe Union Défense. Ces manifestants aux profils divers; retraités, jeunes, familles, portaient tous le slogan “un papa, une maman, pour tous les enfants”.
Mais ces manifestants n’étaient pas les seuls. Les membres de l’association de féministes ukrainiennes, Femen, sont venues déguisées en none et seins nus pour faire une contre manifestation, en faveur, donc, du mariage homosexuel. La manifestation a alors dégénéré et des heurts ont éclaté entre les deux mouvements. Suite à ces événements, six députés PS ont demandé la dissolution de Civitas.

Voir vidéo des heurts du 18 novembre
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=eHztGk77bHc&w=560&h=315]

Une militante de Femen ainsi que la journaliste Caroline Fourest, présente sur les lieux, ont toutes les deux déposé une plainte contre Civitas pour “coups et blessures” après avoir été prise à partie et aggressé par des membres du groupe. Cinq hommes ont été mis en examen pour “violences volontaires en réunion”. De son côté, l’organisation proche des catholiques intégristes a porté plainte contre le groupe féministe pour “exhibitions sexuelles”, “injures” et “violences en réunion et avec armes”.

A chacun sa “liberté de conscience”

Autre polémique récente, la déclaration de François Hollande sur “la liberté de conscience” des maires. Le 20 novembre, devant l’Association des maires, le président de la république a déclaré que les élus hostiles au mariage pour tous pourraient déléguer leur signature à des adjoints.
Choc et désarroi pour les associations qui défendent les droits des homosexuels, telle que l’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bi et trans), qui ont considéré cela comme une trahison de la part du président.

Cependant, le lendemain, François Hollande a tenté d’éteindre la controverse au cours d’un entretien avec Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT. Il a assuré que le projet de loi ne mentionnerait pas la “liberté de conscience” des élus. Il a aussi rappelé que les élus sont des représentants de l’Etat et qu’ils auront donc à faire appliquer la loi, si votée, en ne refusant aucune célébration de mariage homosexuel.
Les associations rassemblées au sein de l’Inter-LGBT n’entendent pas s’arrêter là. Elles organisent une nouvelle action en faveur du droit au mariage pour tous, le 15 décembre prochain à Paris. En attendant, L’Inter-LGBT a demandé à ses partisans d’écrire à leurs élus pour soutenir le mariage gay.
De leur côté, les français sont en majorité en faveur du mariage pour tous même si les chiffres sont en baisse (58% en 2012 contre 63 en 2011 selon l’Insee).

En Europe, certains pays ont déjà ouvert le mariage civil aux couple homosexuels: la Belgique, le Danemark, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Suède, la Norvège et l’Islande. De l’autre côté de l’atlantique, le Canada et certains états des Etats-Unis comme le Maine ou le Vermont ont aussi franchi le pas. Nos voisins du Royaume-Uni ont eux opté pour un autre système: un partenariat civil ressemblant au mariage dans les aspects administratifs.

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Quelques questions à Véronique Margron, théologienne spécialiste des questions de morale sexuelle

« Le mariage, c’est pas une mince histoire! »

Pourquoi une mobilisation aussi importante des partisans et des opposants, comme l’Eglise?

« Il me semble que c’est parce que cela s’accroche avec la vision du sens de la famille. Pour l’Eglise, et pas que pour elle d’ailleurs, c’est une question primordiale simplement parce que la transmission de la foi se fait par la famille mais aussi parce que la famille c’est la cellule sociale de base.
L’Eglise ne condamne pas les homosexuels, simplement elle dit son désaccord, ce qui est son droit, avec le fait qu’on puisse considérer qu’un couple de deux personnes de même sexe, puisse avoir exactement les mêmes droits qu’un couple de personnes de sexe opposé. La réalité de l’humanité, c’est que l’on nait d’un homme et d’une femme. Et l’histoire sociale, pas religieuse, s’est construite en faisant de cet homme et de cette femme non seulement des conjoints mais un père et une mère avec des engagements affectifs, éducatifs et juridiques. Ce n’est pas rien.

Et pour vous, le coeur du débat, c’est l’adoption par deux personnes de même sexe.

Je trouve que c’est un peu simpliste comme mode de réponse de la part de l’Eglise de parler de l’inégalité des enfants (certains auraient un père et une mère, d’autres deux pères ou deux mères). Ce n’est pas une question d’inégalité si un enfant a un père et une mère ou deux pères ou deux mères, mais c’est de se demander si au nom de la non-discrimination envers les couples de même sexe, on a le droit de discriminer les enfants de demain. Mais il y a plusieurs vraies questions posées par l’Eglise, mais aussi par d’autres communautés religieuses, par les juristes et les psychanalystes. De penser que tous ces gens seraient absolument ringard et contre le camp des modernes, c’est faux. Il faut arrêter de jouer à l’autruche. Par rapport à l’enfant, il y a la question de la filiation. On ne peut pas faire croire à des enfant qu’ils peuvent naître de deux personnes de même sexe. Qu’est ce qu’il se passe lorsque l’Etat, à travers l’adoption, remet en jeu la question la filiation biologique. Qu’est ce que ça veut dire qu’on puisse couper un enfant de toute racine biologique, c’est à dire d’un père et d’une mère. Cependant ne pas confondre cela, en disant qu’un enfant ne puisse être bien élevé par deux personnes du même sexe, et ne pas remettre en cause leur capacité éducative.
L’autre question qui me parait juste aussi, c’est celle des actes de cette génération. Qui sommes-nous pour décider de l’avenir de personnes qui ne peuvent s’exprimer, à savoir les enfants. Il y a une
sorte de toute puissance de cette génération, qui au nom de nos libertés, se permet de décider de l’avenir.

Qu’est ce qui bloque concrètement aujourd’hui?

C’est de comprendre pourquoi le gouvernement tient autant à ce projet de loi, et de cette façon. Il faut aussi se demander quelles questions philosophiques et éthiques se posent. Si ce projet de loi est voté, à
quoi ça engage la société? Pas à la fin du monde bien sûr, mais il faut essayer de comprendre les enjeux. L’argument de la non-discrimination des couples homosexuels ne me parait pas être un argument suffisant pour répondre à ces questions là. Et je pense qu’utiliser le mot de discrimination envers les homosexuels n’est pas vraiment justifié, si on compare avec la discrimination envers les personnes de couleur ou les personne handicapées. Jusqu’à preuve du contraire, l’orientation sexuelle n’est pas marquée sur le visage des gens. C’est pourquoi l’usage de la catégorie de discrimination, à outrance et comme seul argument, me parait inapproprié. Je pense que pour les associations partisanes, il y a une vraie légitimité de se sentir discriminer, mais ce n’est pas un argument politique suffisant.

Comment s’impose le gouvernement avec ce projet de loi?

Je pense que le gouvernement s’y prend comme un manche sur ce dossier. Autant sur d’autres sujet graves, telle que l’euthanasie, le gouvernement a été capable de nommer quelqu’un pour faire une longue étude, d’écouter les gens, et de rendre un rapport pour voir si la loi devait ou non être modifiée. On peut donc voir que le gouvernement est capable de prendre son temps, de nommer des gens compétents, et là, il ne consulte personne, il n’organise pas lui même de débat publique. Ce débat là il se fait en ce moment dans la rue. En revanche je pense qu’un référendum serait inutile. Il faudrait simplement que l’Etat soit capable d’organiser ce qui ressemblerait à des états généraux du sens de la famille avec des questions liés au mariage, au divorce et à une modification de l’article du code civil.
Plutôt que de crier au loup, d’un côté comme de l’autre prenons le temps de réfléchir a ce que c’est le mariage aujourd’hui en France.

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