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Le rôle de ma vie

Le role de sa vie

Un spectacle qui ouvre l’esprit sur l’apport de la culture Gay ! qui se joue au théâtre Clavel, 3 rue Clavel, Paris 19eme.C’est le genre de spectacle qui chamboule nos a priori et qui permet de ne pas s’endormir sur les idées fausses et culpabilisantes des religions sectaires.

L’histoire :

Yan et Jeff sont deux comédiens qui attendent la chance de leur vie. Pour patienter, Yan passe d’un mec à l’autre, fantasme sur sa gloire prochaine, idolâtre Mylène Farmer et arpente sans conviction la scène du Cours Florent ; quant à Jeff, il rêve d’incarner sur grand écran Tarzan, essaie différentes couleurs de cheveux, joue les allumeurs dans le Marais et couche avec Martine, une attachée de presse hystérique, tout en lorgnant sur son carnet d’adresses. Tout change quand Yan rencontre sa nouvelle voisine dont il tombe fou amoureux. Elle lui annonce le projet d’une adaptation de la pièce d’Antigone et le persuade d’auditionner. D’abord intéressé par le rôle de Hémon, Yan décide qu’il est fait pour incarner la pauvre et fragile Antigone. Et contre toute attente, c’est lui qui décroche le rôle : une carrière glorieuse s’ouvre alors pour lui. Mais le conte de fées est peut-être trop beau et trop simple pour être vrai…

Mon Avis :

Je me souviens avoir étudié le théâtre dans l’antiquité grec : Les hommes jouaient tous les personnages… Et aujourd’hui encore dans certaines cultures qui perpétuent la tradition comme au Japon, et certains styles de théâtres comme le Kyogen (le pendant comique du Nô). Non pas que les femmes n’ont de place puisque  elles font toute l’intendance, l’habillage, la régie, la production…Mais pour une histoire de traditions à conserver, seuls jouent les hommes sur scène.

Ce spectacle de Erwan Chuberre Saunier, tiré de son roman paru en 2004, nous offre une remise en question sur la place de « qui est qui » et « qui fait quoi » dans notre société d’aujourd’hui. La culture gay, n’en déplaise à certains, fait partie de notre tradition. Cette pièce remet en place certaines idées reçues.

Derrière l’apparente légèreté de l’histoire se cache en fait une réflexion profonde sur la place des sentiments chez ces êtres en recherche d’amour et en quête de reconnaissance. Pourquoi Yann, homo assumé, (Olivier Schmidt, investi et troublant dans un jeu nuancé) ne pourrait-il pas tomber amoureux de sa voisine ? Pourquoi Jeff (Cedric Portella) ne pourrait il pas user de ces charmes hétéros et de sa plastique pour parvenir à ses fins avec Martine Superstar ? (fabuleuse reine travesti des folles nuits parisiennes… qui est-il-elle pour de vrai ? Mystère et clown de scène…). D’ailleurs Jeff n’est-il pas ce beau gosse qui ignore sa sexualité, sait-il qui est réellement Martine ? Et Yann ne serait-il pas le mieux placé, avec sa sensibilité, pour finalement jouer Antigone ? Et cette magnifique voisine (Mériem Sarolie, onirique Mylène aux fraises) ne peut-elle être attirée par un gay, lassée de ces hommes machos et misogynes qui ne voit en elle que l’objet sexuel ? Et Vanessa (Sabrina Perquis) peut-elle trouver une autre place que celle de meilleure amie confidente dans cet univers là, alors qu’elle est femme plus fragile qu’il n’y parait ?

Autant de questions qui m’ont traversé l’esprit, et qui m’ont montré à quel point nous sommes tous des êtres complexes cherchant la vie dans des réponses improbables. Autant de gaieté (!) cache souvent une profonde recherche personnel et une culture à fleur de peau qui a besoin de s’exprimer. L’iconographie gay est riche d’Histoire, et le travail de cette « troupe » est énorme. Le décor semble kitsch et gay à souhait, mais soigné  avec goût dans ses moindres détails; on entre littéralement dans l’appartement de ces deux colocataires (grâce aussi à la proximité du public avec la scène). La bande son réinvente un univers théâtral qu’on entend peu souvent, et qui fait mouche. La mise en scène reste légère quand on en perçoit le message. Un défi pas si simple à gérer… (Magnifique image qui restera d’Olivier Schmidt en costume d’Antigone transcendé par sa fragilité à ce moment là : Je me suis rappelé une pièce d’Atoll Fugard ‘The Island’ où deux prisonniers sud africains jouent des morceaux d’Antigone pour oublier leur calvaire, et contester la politique de l’apartheid).

Je pense que c’est un spectacle qui peut ne pas plaire à tous, mais qui ne cherche pas ici l’unanimité. C’est un spectacle ciblé, non pas pour la communauté gay, mais pour les curieux d’esprit et de découverte, ouvert à tous ceux qui sont sensibles aux univers parallèles de nos petites vies bien rangées, aux questions qui fondent notre existence. Ça s’appelle une comédie dramatique, et en ce sens c’est un pari réussi.

Découvrir ces êtres drôles et profonds c’est vivre un peu un spectacle extra-ordinaire.

Et je dis : Vivez votre vie, faites vous un avis…

…en allant voir par vous même !

Laurent Sao.

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