Rencontre avec Patrice Leconte

Lors du dernier Monte-Carlo film festival de la comédie qui s’est tenu en octobre dernier, Patrice Leconte a reçu un Prix d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière. Réalisateur d’une trentaine de films, parmi lesquels les incontournables Bronzés mais aussi Tandem, Ridicule, Le mari de la coiffeuse, Monsieur Hire, La fille sur le pont, devenus cultes pour de très nombreux cinéphiles. Il a fait tourner les plus grands acteurs (Jean Rochefort, Bernard Giraudeau, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Michel Blanc, Fanny Ardant…). Etrangement, il n’a pas reçu beaucoup de prix. C’est donc avec beaucoup de plaisir qu’il a accepté de venir à Monaco au Festival de la comédie. Quelques heures avant la cérémonie de gala, nous l’avions rencontré. Nous avons parlé de cinéma bien sûr mais aussi de littérature car Patrice Leconte n’est pas qu’un réalisateur, il est aussi un auteur talentueux. En effet, il vient d’écrire un livre pour la jeunesse  « Faites la tête » et une BD « Deux passantes dans la nuit ».

Patrice Leconte à Nîmes (photo Eric Fontaine)

France Net Infos : vous avez une actualité littéraire en ce moment….

Patrice Leconte : Comme j’ai toujours aimé faire plein de choses, j’ai écrit un livre pour les enfants sans ennuyer les parents. Je me souviens que quand mes filles étaient petites, je leur lisais souvent des histoires et j’étais très étonné de voir à quel point elles pouvaient être compliquées avec des mots, des tournures de phrases difficiles.  Je les leur décodais ! Les auteurs ne se mettent pas à la portée des enfants.  C’est vraiment dommage. Quand j’ai eu l’opportunité d’écrire ce livre « Faites la tête », je me suis dit que j’aimerais bien lire cela à des enfants. Quand je l’ai écrit, ma petite-fille avait quinze ans, je lui ai dit qu’un ami avait vu les dessins que j’avais faits et avait écrit des textes autour de ces têtes. Je voulais savoir ce qu’elle en pensait sans lui dire que j’étais l’auteur de ces textes et elle a aimé. Après, j’ai fini par lui dire que c’était moi et elle m’a répondu : « j’aurais dû m’en douter parce que c’était très drôle ! » C’est pour cela que sur la page de garde ; j’ai écrit « A Lucie, ma première lectrice ». Le livre lui est dédié.

France Net Infos : Vous avez écrit aussi une BD…

Patrice Leconte : oui, le premier tome est sorti. Il y en aura un deuxième.  La BD s’appelle « Deux passantes dans la nuit ». Ca aurait pu être un scénario de film mais filmer Paris la nuit au temps de l’Occupation aurait été trop compliqué. Très vite j’ai alors proposé à Jérôme Tonnerre, avec qui j’ai écrit cette histoire, de faire plutôt une BD. On était alors libres, sans contraintes. On a adoré faire ça ! Mais si un producteur tombe dessus, trouve ça formidable et me dit qu’il faut en faire un film, je signe tout de suite !

 

France Net Infos : Parmi les films que vous avez réalisés, il y a des adaptations…

Patrice Leconte : j’en ai fait peu.  J’ai notamment adapté Modiano avec Le parfum d’Yvonne, Simenon avec Monsieur Hire et Stefan Zweig avec Une promesse réalisé en anglais. Si tout va bien, je vais à nouveau adapter Simenon, en février-mars prochains. Ce sera un Maigret, avec notamment Depardieu.

France Net Infos : votre dernier film Une heure de tranquillité, date déjà de six ans, comment cela se fait-il ?

Patrice Leconte : Il y a eu quatre projets sur le point de se faire et qui sont tombés à l’eau pour une question de financement. C’est énervant ! En quarante ans, j’ai réalisé trente films et il y en a trente que je n’ai pas faits ! Mais quatre à la suite, ça ne m’était jamais arrivé…

France Net Infos :  Cette année a été très difficile pour le cinéma. Quels films avez-vous aimés en tant que spectateur ?

Patrice Leconte : Mon dernier coup de cœur a été Madre, un film espagnol que j’ai adoré. Tout m’a plu dans ce film et j’en suis sorti très ému. J’ai aussi beaucoup aimé 1917 de Sam Mendes. Il est époustouflant : je l’ai vu deux fois dans la semaine. Je vais aussi beaucoup au théâtre, je lis. Les journées ne font que vingt-quatre heures, hélas !

 

France Net Infos : votre nom est forcément associé aux Bronzés. Qu’est-ce que cela vous fait ?

Patrice Leconte : Je suis sincèrement fier d’avoir fait ces films, de savoir qu’ils sont inusables. Les gens m’en parlent toujours. Ils ont été très importants dans ma vie professionnelle. Il y a deux ans, il y a eu une projection des Bronzés font du ski en salles, je l’ai revu et c’était formidable d’entendre les gens rire dans la salle. La plupart n’étaient pas nés quand il est sorti et ne l’avaient vu qu’à la télé.  Les prix sont très plaisants mais rien ne remplace l’adhésion du public.

 

France Net Infos : Ridicule a marqué votre carrière aussi…

Patrice Leconte : C’est un scénario qu’on m’a apporté. Je l’ai lu le soir même et, le lendemain, j’ai appelé les producteurs pour leur dire de ne pas chercher quelqu’un d’autre. C’était un scénario formidable. Il a eu un parcours incroyable. A cette époque-là, j’ai tourné coup sur coup Les grands ducs et Ridicule. Je pensais vraiment que le premier aurait du succès et que l’autre serait plus élitiste, plus confidentiel. Ridicule a été présenté à Cannes. C’est comme si toutes les fées s’étaient penchées sur le berceau de ce film !L’aventure de Ridicule a été exemplaire, en terme de qualité de production, de rapports avec les acteurs, d’ambiance, l’accueil, les César, la nomination aux Oscars. C’était très chic !

France Net Infos : Vous avez fait des films très différents, des comédies, des drames. Y-a-t-il un genre que vous aimeriez aborder ?

Patrice Leconte : oui mais je ne suis pas sûr de pouvoir y arriver. Je tourne autour et je ne trouve pas encore l’étincelle. J’adorerais faire un film musical, travailler avec un chorégraphe. Mais les meilleurs films dans ce domaine ont été faits à la grande époque hollywoodienne avec Stanley Donen, Minelli… J’aimerais bien être réincarné en cinéaste à Bollywood ! Devdas par exemple est un chef-d’œuvre absolu.

France Net Infos : Vous avez tourné avec de très grands acteurs…

Patrice Leconte : J’adore les acteurs. J’ai eu de la chance car je n’ai jamais tourné avec des acteurs capricieux. Peut-être parce que je sais les éviter. Il y a une entente, quelque chose d’harmonieux qui se crée avec les acteurs, qui me plaît beaucoup. Dans un film, il faut que la confiance circule dans les deux sens. Les acteurs ne sont pas des marionnettes. Ils apportent ce qu’ils sont, leur humanité, leurs questionnements, leur manière de jouer. J’ai écrit l’adaptation d’un Maigret. Je vais filmer Depardieu cabossé et fragile à la fois. Il va amener quelque chose d’inoui.

 

France Net Infos : Pouvez-vous en dire davantage sur cette adaptation ?

Patrice Leconte : Avec Jérôme Tonnerre avec qui j’ai écrit l’adaptation, on a relu beaucoup de Maigret avant de s’arrêter sur celui-là. Il s’appelle La jeune morte. Dans celui-là, on se demande qui était cette fille dont personne ne sait rien. Comme dans un livre de Modiano, l’enquête, c’est essayer de savoir qui était cette fille. Je suis très heureux de notre adaptation car il y a matière à faire un film condensé, stylisé. Les émotions, les silences, les non-dits m’intéressent beaucoup…

En attendant le nouveau film de Patrice Leconte, nous pouvons lire « Faites la tête ! » aux éditions Flammarion Jeunesse et « Deux passantes dans la nuit » aux éditions Grand Angle/Bamboo

A propos laurence ray

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