Amoureux des voyages depuis son exil américain en 2008, Virgile Ganne a choisi de mettre à profit ses deux années de Masters pour réaliser un projet fou : rejoindre la Chine à vélo tout en observant les différents systèmes éducatifs employés par les pays qui jalonneront son parcours. Bien décidé à aller au bout de son audacieux périple, l’étudiant de 25 ans espère ainsi se former humainement et professionnellement tout en démontrant qu’une autre éducation est possible.
L’homme est par essence une personnalité d’une complexité sans commune mesure. Capable des plus grands actes de générosité tout comme des plus hideux gestes de cupidité, l’être humain n’en reste pas moins attiré par les challenges en tout genre. Si certains s’estiment trop peu téméraires pour se lancer dans un défi d’envergure, d’autres, au contraire, n’hésitent pas à braver de nombreux obstacles pour vivre une expérience enrichissante et exaltante. Virgile Ganne s’inscrit dans cette deuxième catégorie.
Affable et souriant, le jeune homme de 25 ans se démarque très vite dans un paysage universitaire généralement peu adepte des projets philanthropiques. Si son ouverture d’esprit et sa faculté d’analyse font de lui un étudiant brillant, il concède volontiers une certaine réticence envers le système éducatif français. Son parcours en est la preuve la plus cinglante. Contraint de s’orienter vers un bac ES en 2007 en raison de l’absence de filière L dans son lycée catholique de Saint-Mandé, le lycéen décroche malgré tout son diplôme en dépit d’un manque d’attrait évident pour l’Économie. Plus attiré par les mondes littéraires et artistiques, Virgile se dirige ensuite logiquement vers une école d’Art, mais abandonne sa formation au bout de deux petits mois, lassé par un climat ultra compétitif et froid.
Exil salutaire
« Je n’ai pas du tout aimé l’ambiance qui y régnait, relate le natif de Paris. Les gens ne sont vraiment pas sympas avec les autres. J’ai alors choisi de travailler dans la restauration un an plutôt que de ne rester à rien faire chez moi. » Rapidement, ses envies d’ailleurs se renforcent et le poussent à quitter le territoire français en 2008. Direction les États-Unis et Nashville où il assiste au concert de son groupe de rock préféré, King Crimson. Séduit par la convivialité des Américains et par la douceur de la capitale du Tennessee, Virgile demeure trois ans en Amérique, bien que son séjour soit interrompu six mois par un retour dans son pays natal où il travaille afin de participer aux dépenses consenties par ses parents, avant de retrouver la France fort d’un Anglais perfectionné et d’un « Associate of Arts » (équivalent du DUG en France).
Marqué par la lecture de plusieurs œuvres philosophiques lors de son passage aux États-Unis, le jeune homme, encore indécis sur le choix de sa futur carrière professionnelle, décide de rejoindre la Sorbonne à Paris et s’inscrit en Licence de Philosophie, lui qui n’a pourtant jamais été un grand partisan de cette discipline au Lycée. « Plus jeune, je n’appréciais absolument pas la philo enseignée en classe, affirme le grand blond au regard azur. J’étais vraiment mauvais dans ce cours et je ne comptais pas me diriger vers cette voie. Je me suis lancé là-dedans en me disant que cela me mènerait à une chose pour laquelle je suis fait. » Bien que satisfait de son choix, l’étudiant de 25 ans ne s’accommode plus de la grisaille et de la froideur parisienne.
Voyageur dans l’âme

Financé grâce à l’utilisation d’une partie de son PEL (Plan d’Épargne Logement) et l’emploi d’un financement participatif (à hauteur de 4 000 euros), son voyage s’articule autour de la visite de nombreuses écoles à travers les 13 destinations reliant l’Hexagone à la campagne chinoise. De l’Italie à la Croatie en passant par le Monténégro, la Grèce, l’Arménie, le Caucase Russe ou encore la Mongolie, cet admirateur de Platon accumulera près de 20 000 kilomètres au guidon de son vélo de randonné spécialement acquis pour l’occasion. « J’ai préféré le vélo, car il me permet d’être d’avantage connecté à mes sens et plus proche des personnes croisées sur la route, confie le baroudeur à la carrure frêle. Une arrivée en vélo marque beaucoup plus les gens et c’est aussi un moyen de transport nettement plus économique que la voiture. »
Audacieux et enthousiaste
Parti le 25 octobre de son Paris natal, l’ancien résident de Nashville a d’ores et déjà visité et tissé des liens avec plusieurs établissements français. Mieux, sa pause programmée au marché de Noël de Monaco (vendeur de cd de Jazz), lui a permis de définitivement boucler un budget qui lui aura causé bien des tracas, en témoigne sa violente chute sur le tarmac humide de Nice le 4 décembre dernier. « J’étais obnubilé par cette quête de fond et je l’ai payé cash, confesse Virgile. J’ai un peu douté de la faisabilité de mon projet après l’accident, mais je me suis vite remis dedans. » Un menton légèrement amoché et un cadre de vélo entièrement à changer n’auront pourtant pas raison de la motivation du jeune homme. Signe d’une force de caractère pas banale.

Éternel optimiste, Virgile Ganne aborde la troisième partie de son voyage avec un appétit certain et une envie de découvrir décuplée. S’il peut paraître fou de prime abord, le projet de ce rêveur insouciant, mais courageux a au moins le mérite de mettre en lumière l’existence d’une autre forme d’éducation. Déjà une victoire en soi pour celui qui n’aura jamais vraiment trouvé sa place au sein de l’enseignement traditionnel.
Andrea Noviello
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