Vendredi 03 juillet, au Théâtre du Casino Barrière d’Enghien-les-Bains, Greg Zlap a offert une véritable déclaration d’amour au rock, au blues et à Johnny Hallyday. Pendant près de deux heures, l’ancien harmoniciste du Taulier a fait vibrer une salle conquise d’avance, transformant son harmonica en une voix capable de faire sourire, frissonner et chanter tout un public.
photo@jeanchristophemary
La soirée démarre en douceur à 21h15 avec l’excellente première partie assurée par Jessie Lee et le guitariste Alexis Didier. Un duo d’une rare complicité, où la voix puissante de la chanteuse dialogue avec une guitare expressive, dans un blues-rock élégant qui installe immédiatement l’ambiance.
22h les lumières s’éteignent. Greg Zlap apparaît seul. Les premières notes de Toute la musique que j’aime suffisent à faire monter l’émotion. Avec Gabrielle, le ton est donné : le spectacle sera généreux, vivant et résolument rock.
Né à Varsovie en 1971, installé en France à la fin des années 1980, Greg Zlap est devenu l’un des harmonicistes les plus reconnus d’Europe. Après avoir accompagné Florent Pagny, Michel Jonasz, Matthieu Chedid ou Vladimir Cosma, il rejoint Johnny Hallyday en 2007. Pendant près de dix ans et 282 concerts, il partage les plus grandes scènes avec le rockeur. Une expérience qui a façonné son sens du spectacle.
photo@jeanchristophemary
Impossible également de détourner les yeux de la scène. Greg Zlap ne reste jamais immobile. Toute sa gestuelle accompagne la musique. Son corps devient une prolongation naturelle de l’instrument. Sa main gauche tient fermement l’harmonica tandis que la droite accompagne chaque phrase musicale, dessinant dans l’air les accents du blues comme le faisaient les grands maîtres américains. Il avance, recule, s’accroupit, se redresse, ferme les yeux puis les ouvre d’un large sourire en direction de ses musiciens. Il vit littéralement chaque morceau.
« Johnny m’a dit un jour : “Tu ne joues pas de l’harmonica, tu chantes avec ton harmonica…” », raconte-t-il avec un sourire. Impossible de mieux définir son univers.
photo@jeanchristophemary
Ce qui frappe ce soir, c’est sa présence scénique. Greg Zlap ne reste jamais immobile. Toute sa gestuelle accompagne la musique. Son corps devient une prolongation de l’instrument. La main gauche serre l’harmonica, tandis que la droite dessine dans l’air les courbes de ses improvisations, comme le faisaient les grands bluesmen américains. Il avance, recule, se penche vers le public, ferme les yeux lorsque l’émotion devient plus intense, puis retrouve le sourire en échangeant un regard avec ses musiciens. Greg Zlap vit chaque note. Cette esthétique profondément rock explique sans doute pourquoi Johnny Hallyday l’avait choisi pour ses tournées. Greg Zlap n’était pas un simple accompagnateur. Il participait pleinement au spectacle.
photo@jeanchristophemary
Le concert alterne les climats avec finesse et intelligence. Mon Cœur qui bat devient rapidement un moment de communion. « Écoutez mon cœur qui bat ! », lance-t-il en invitant le public à reprendre le refrain. Les voix se mêlent naturellement à l’harmonica. Même énergie sur Fou d’amour, porté par un harmonica d’une rare expressivité.
Le passage acoustique apporte une respiration. « Avec Johnny, on faisait toujours un set acoustique. Ce soir, on va vous faire ça… » annonce-t-il avant de revisiter Souvenirs, souvenirs puis Blue Suede Shoes dans une ambiance plus intimiste. Les musiciens prennent ensuite la lumière avec des solos de guitare et de batterie chaleureusement applaudis.
photo@jeanchristophemary
La seconde partie retrouve toute sa puissance avec Joue pas de rock’n’roll pour moi, Je te promets puis Ma chérie, c’est moi, portée par la voix enregistrée de Marka. Greg Zlap chante également. Sans posséder la puissance brute de Johnny Hallyday, il séduit par un timbre chaleureux, sincère et juste.
Son rapport au public est aussi l’autre clé de cette réussite. Greg Zlap privilégie le partage à la démonstration. Il s’approche du bord de scène, regarde les spectateurs droit dans les yeux et construit chacun de ses solos comme une conversation. « Je vais compter jusqu’à quatre et je voudrais que cette salle se transforme en stade ! » Quelques secondes plus tard, il descend dans les travées. L’ambiance explose. Sur L’Envie, il saute, danse, sourit, joue au milieu des rangées. Le Théâtre du Casino Barrière ressemble soudain à une immense arène rock.
photo@jeanchristophemary
Les rappels constituent le sommet émotionnel de la soirée. « On va faire une très, très vieille mélodie qui date du XVIIᵉ siècle… », glisse-t-il avant de livrer une version brûlante des Portes du pénitencier, où son harmonica rugit autant qu’il murmure. Puis vient un instant suspendu. Seul sur scène, il attaque Que je t’aime à l’harmonica. Le public reprend chaque parole, tandis que lui remplace la voix par un souffle d’une infinie délicatesse. Pour finir, Allumez le feu transforme définitivement Enghien-les-Bains en immense chœur populaire. Greg Zlap se contente de lancer les premières notes avant de laisser la salle chanter. Le pari est gagné : le public devient le dernier musicien de la soirée.
photo@jeanchristophemary
Plus qu’un simple hommage à Johnny Hallyday, Greg Zlap signe un spectacle profondément personnel. Son harmonica est devenu une voix, son corps un prolongement de la musique, sa scène un lieu de partage. Musicalement comme dans sa mise en scène, il fait vivre l’héritage du Taulier sans jamais tomber dans la copie. C’est sans doute la plus belle réussite de cette soirée : célébrer une légende tout en affirmant pleinement sa propre identité d’artiste.
Jean-Christophe Mary
L'info gratuite en Live Continu 7/7






