Festival de Cannes J8 : Ali Abbasi et David Cronenberg en compétition

A mi parcours de la compétition, “Emilia Perez” de Jacques Audiard fait toujours figure de favori pour la Palme d’Or mais il se pourrait bien que l’on ait trouvé le lauréat du prix d’interprétation masculine avec Sebastian Stan qui incarne brillamment Donald Trump jeune dans “The apprentice”, le dernier film du réalisateur danois d’origine iranienne Ali Abbasi. Comme a souligné ce dernier lors de la conférence de presse, il ne s’agit pas d’un film sur Trump mais plutôt d’un film sur le système américain des années 70-80, gangréné par la corruption. Il a fait le choix de s’intéresser à la période où Donald Trump, fils à papa, fait la connaissance de Roy (formidable Jeremy Strong), un avocat influent qui connaît tous les hommes politiques. Cyniques, arrogants, les deux hommes se ressemblent et très vite Donald Trump va faire de cet avocat son mentor. De lui, il va apprendre qu’il faut attaquer, nier la vérité : des principes à appliquer si l’on veut réussir. Car dans la vie, il n’y a que deux catégories de personnes : les losers et les killers. C’est ce que répète régulièrement à ses fils Trump père, un homme intransigeant et sévère. En voyant le film, on découvre que Donald Trump avait un frère fragile, pilote, qu’il a négligé. D’autres travers du futur président des Etats-Unis sont montrés sans ménagement : il est raciste, sans pitié, colérique, ambitieux au point d’écraser les autres. Un autre personnage occupe une place centrale dans la vie de Trump. Il s’agit d’Ivana, une mannequin qu’il drague lourdement, qu’il finit par épouser et qu’il rejette avec mépris. Le film est intéressant parce qu’il fait non seulement le portrait de Trump à travers notamment la relation qu’il noue avec son avocat mais aussi parce qu’il montre la société américaine des années 70-80.

Autre film en compétition : “The shrouds” de David Cronenberg. Grand habitué du Festival, le réalisateur canadien est venu présenter son film le plus personnel. Porté par le duo Vincent Cassel-Diane Kruger, “The shrouds” que l’on traduit en français par “Les linceuls” aborde le thème de la mort et du deuil impossible à faire pour les proches. Lorsqu’on sait que David Cronenberg a perdu sa femme d’un cancer il y a quelques mois, le film prend une dimension encore plus tragique. Dans “The shrouds”, Vincent Cassel est un homme en deuil, inconsolable. Il a fondé une société qui crée des tombes dotées d’un système avec une caméra permettant aux proches connectés de voir le corps de l’être aimé se décomposer en direct. Idée certes saugrenue mais qui montre la difficulté à surmonter sa douleur. Les scènes où Vincent Cassel dialogue avec Diane Kruger, son épouse morte d’un cancer sont les plus troublantes et les plus réussies. Après, Cronenberg perd quelque peu le spectateur quand le film bascule dans une histoire de paranoïa et d’espionnage mêlant les Russes et les Chinois. D’autres personnages gravitent alors autour de Vincent Cassel : la soeur de sa femme (Diane Kruger interprète les deux rôles), son beau-frère jaloux au rôle trouble et une femme atteinte de cécité. Une autre forme d’amour est-elle possible après le deuil ? C’est aussi la question que pose le film et à laquelle il semble répondre dans la scène finale.

crédit photos : Shochiku Co., Ltd. – Rhapsodie en août d’Akira Kurosawa (1991) / création graphique. Hartland Villa

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