If Tomorrow Doesn’t Come, de Jen St. Jude

Et si demain n’arrivait pas ? C’est sur cette question que s’ouvre If Tomorrow Doesn’t Come, roman de Jen St. Jude. Un roman qui prend un pari un peu fou : celui de mêler fin du monde imminente et quête identitaire, santé mentale et amour adolescent. Un programme ambitieux, peut-être trop parfois.

If tomorrow doesn't come Jen St. Jude

Résumé

Et si la fin du monde pouvait lui sauver la vie ?

Avery pensait qu’elle allait mourir ce jour-là. S’abandonner aux eaux glacées de la rivière. Échapper à son désespoir et à ses idées noires.

Mais c’était sans compter sur l’astéroïde qui menace de pulvériser les États-Unis !
9 jours.
C’est ce qu’il reste à la population pour se préparer…

Pour Avery, cela devient l’ultime chance de régler ses problèmes, renouer avec sa famille et avec Cass, sa meilleure amie dont elle est secrètement amoureuse depuis l’enfance.

Une émouvante romance lesbienne sur fond de fin du monde !

Entre apocalyptique et introspectif

Dans ce roman paru chez Slalom, on suit Avery, jeune fille brillante mais en grande souffrance. Elle s’apprête à passer à l’acte quand – surprise – le monde entier s’apprête à être anéanti par une comète. Bon. Timing pas top. Mais du coup, on a droit à une double urgence : celle, intime, d’une ado qui lutte pour continuer à exister, et celle, globale, d’une humanité qui compte ses derniers jours. Le tout sans tomber dans le pathos – et rien que pour ça, chapeau.

Jen St. Jude évite les pièges du cliché et construit un récit très doux, avec des personnages attachants et une belle tendresse dans les relations (mention spéciale à Aisha, sa colocataire, et à Cass, l’amoureuse du cœur brisé). On sent que l’autrice a voulu écrire une ode à l’espoir et à l’amour, même quand tout fout le camp – ce qui est très réussi.

Une urgence présente mais un fond un peu flou

Ce n’est pas que le roman manque de rythme, au contraire : on le dévore assez vite, porté·e par l’urgence que ressent Avery, par l’intensité de ses émotions et la pression constante de ce compte à rebours vers la fin du monde. Mais paradoxalement, on peine parfois à ressentir vraiment cette apocalypse annoncée. À part quelques scènes de tension, notamment liées à des violences, l’ensemble semble presque trop calme pour un monde censé s’effondrer. Les personnages prennent la route sans être perturbés au niveau de l’essence, les défilés de mode continuent à New York… on sent que le propos est ailleurs, mais cette dissonance peut faire tiquer.

Autre point qui m’a un peu laissée sur le bord de la route : la place très importante de la religion. Le roman aborde frontalement la manière dont certaines doctrines religieuses peuvent participer à la détresse mentale des personnes LGBTQ+, et sur ce plan-là, c’est fort, percutant, nécessaire. Mais c’est un sujet avec lequel j’ai plus de mal à connecter, sans doute parce qu’il est très éloigné de mes centres d’intérêt ou de mes préoccupations personnelles. Cela dit, je reconnais l’importance du message, et je pense que pour beaucoup de lecteur·rices, ce sera un vrai point de résonance.

Une belle représentation queer et mentale

Ce qui m’a vraiment plu dans If Tomorrow Doesn’t Come, c’est la sincérité avec laquelle Jen St. Jude aborde la dépression, les pensées suicidaires et l’identité queer. Avery est un personnage incroyablement humain : elle doute, elle flanche, elle se relève doucement – et c’est ce réalisme qui touche. Le roman ne cherche pas à enjoliver la santé mentale ni à faire de son héroïne une guerrière invincible. On sent la douleur, la confusion, mais aussi l’envie de continuer, malgré tout.

Et la relation entre Avery et Cass est pleine de tendresse, sans tomber dans les clichés. C’est d’autant plus fort que l’autrice ne se contente pas de glisser une romance queer dans un scénario de fin du monde, elle construit un véritable parcours autour du coming out, du rejet religieux, de l’estime de soi et de l’affirmation de son identité. Si l’intrigue apocalyptique m’a parfois laissée sur ma faim, la force du roman réside bien là : dans cette exploration bouleversante de qui on est, quand le monde s’effondre.

En résumé

If Tomorrow Doesn’t Come est un roman fort, sensible, et nécessaire, qui aborde des sujets douloureux avec beaucoup de justesse. La représentation LGBTQ+ y est touchante et sincère, et la voix d’Avery, fragile mais déterminée, nous accompagne longtemps après la dernière page. Pour autant, tout ne m’a pas totalement embarquée : certains choix narratifs m’ont un peu laissée sur le bas-côté, et la dimension apocalyptique, bien que présente, manque parfois de consistance. Une lecture touchante, mais qui ne m’a pas totalement embarquée. Ce n’est pas une mauvaise chose, juste un rendez-vous un peu manqué.

A propos Victoria MARION

Rédactrice littérature, gastronomie, mode, high tech, jeux de société et tourisme/voyage.

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